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Revoir notre rapport aux déchets pour augmenter le réemploi et le tri

La notion de déchet est issue d'une construction sociale, expliquent les sociologues de Unknowns. Pour améliorer le réemploi et le tri, il faut revoir les valeurs sociales sous-jacentes au niveau individuel et "outiller" les consommateurs.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Comment améliorer le geste de tri des consommateurs ? C'est à cette question que s'est intéressé Unknowns. Pour y répondre le cabinet de conseil en stratégie a recherché, en s'appuyant sur les sciences sociales, les dynamiques qui influencent les comportements et les représentations des individus dans leur organisation personnelle de la gestion des déchets ménagers. "C'est d'abord le rapport aux déchets qui se joue dans le geste de tri", justifie Henri Jeantet, cofondateur d'Unknowns.

Au-delà des raisons invoquées par les consommateurs pour décrire leur pratique (ou l'absence de pratique) du tri des déchets, les sociologues expliquent que le geste de tri est construit. "Le tri est devenu une obligation sociale", rappelle Marc-Antoine Morier, le sociologue qui a piloté l'étude.

Passer du collectif à l'individuel

Selon l'étude, c'est justement cette construction sociale qui pose problème et freine le déploiement des habitudes de tri chez une partie des consommateurs. "Aujourd'hui, la question du recyclage est une question collective et politique", explique Henri Jeantet. Jusqu'à maintenant, explique-t-il, le message porté par les pouvoirs publics et les acteurs est trop global. Ce message peut être résumé par : "si on s'y met tous, ça marche". "On a fait du tri un objet collectif", regrette Marc-Antoine Morier.

Selon Unknowns, l'enjeu n'est pas la mobilisation collective, mais plutôt la mobilisation de chaque consommateur. Pour y parvenir, estime l'étude, il faut remettre de la proximité et redonner de la valeur au geste individuel. Cela passe notamment par la requalification des déchets mis dans les ordures résiduelles en objets réutilisables ou recyclables. La consigne des bouteilles en verre, aujourd'hui disparue en France, est un bon exemple puisqu'on ne jette généralement pas un objet qui a une valeur affichée et directement récupérable.

Il faut aussi redonner une valeur au geste de tri en lui même. Pour cela, Unknowns suggère de s'inspirer de certains dispositifs de collecte des déchets recyclables en entreprise, telles que les colonnes qui matérialisent et valorisent le geste de tri. Dans le même esprit, il faut "outiller" les personnes, c'est-à-dire faire entrer le tri à la maison en aménageant l'espace dédié aux poubelles. C'est une vraie question pour les vendeurs de mobilier d'intérieur, estime Henri Jeantet.

Enfin, il faut aussi faire évoluer certaines normes d'hygiène. Le rapport au "sale" est fondamental, explique Henri Jeantet en s'appuyant sur un exemple tiré de l'étude. Il s'agit d'une personne qui trie consciencieusement le verre, sauf lorsqu'au cours d'une fête certains convives utilisent les bouteilles vides comme cendrier. Si une bouteille contient un mégot, elle est sale, explique cette personne pour justifier qu'elle ne la trie pas. En revanche une bouteille vide sans mégot n'est pas sale, selon cette même personne.

Revisiter le passage de l'"objet" au "déchet"

Ces pistes de réflexion s'appuient sur l'analyse sociologique du passage d'un bien du statut d'"objet" à celui de "déchet" (au sens non recyclable). En réalité, très peu de déchets n'ont aucun usage possible, la plupart pouvant être réemployés ou recyclés.

Trois grandes raisons expliquent ce changement de statut des biens. Tout d'abord, certains objets appartiennent au passé et plus rien ne justifie leur présence. C'est le cas des restes alimentaires, des cartons d'emballage, ou encore des objets qui ne correspondent plus à nos goûts ou à l'image que l'on a de soi. Une autre raison est l'absence de place dans un espace donné. "Un objet devient un déchet quand il sème le désordre dans nos habitudes d'imaginer à quoi doivent « normalement » ressembler les espaces", explique l'étude, prenant pour exemple une canette qui n'est pas un déchet dans un frigo, mais le devient si elle est sur une plage. Enfin, un objet devient un déchet lorsque nous le jugeons sale. Concernant cette dernière raison, Henri Jeantet insiste sur le fait que la saleté "est très relative" et qu'elle dépend en partie des valeurs sociales de chaque personne. D'où la révision de certaines valeurs liées à l'hygiéne proposée par l'étude.

Partant de cette analyse, Unknowns estime qu'il n'y a pas de fatalité pour un objet à devenir un déchet. Pour redonner une nouvelle vie aux objets sur le point de basculer dans la catégorie "déchet", les sociologues estiment qu'il faut agir sur les trois causes du changement de statut. Mais pour que ce changement de perspective soit facile, il faut réintroduire de la proximité. Par exemple, il est plus simple de faire progresser le réemploi des bocaux, qui doivent simplement être remplis pour retrouver une utilité, que le geste de tri des bouteilles plastique, qui devront être transformées pour revivre sous forme de laine polaire.

Réactions4 réactions à cet article

 

Voici une excellente idée, remettre en place la consigne en France!
Elle est en vigueur au Québec, et j'aime autant vous dire que tu ne verras presque jamais une bouteille vide ou une canette trainer dans un parc ou dans les rues. soit les gens les ramènent pour récupérer leur consigne (5cents la petite canette de 33cl, 10cents pour les bouteilles de bière et 20 pour les grandes canettes), soit les sans abris les récupèrent en demandant aux gens si ils ont des bouteilles a jeter. Tout le monde est content, ça coute pas plus cher au consommateur (si il ramène ses contenants), et les taux de recyclage sont énormes ! en plus ça crée des emplois "verts"...

Ça demande pas d'effort particulier, quand tut finis ton pack tu le ramène et t'en achète un autre... quand il y a un party chez toi, tu fais un voyage avec des sacs remplis et tu "gagne" 4 ou 5$....

Qu'est ce qu'on attends ????

pulsar | 16 novembre 2017 à 15h17
 
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Bonjour,
- requalification des déchets mis dans les ordures résiduelles en objets réutilisables ou recyclables.
- Faire entrer le tri à la maison en aménageant l'espace dédié aux poubelles. C'est une vraie question pour les vendeurs de mobilier d'intérieur
- rapport au "sale". la saleté "est très relative" et qu'elle dépend en partie des valeurs sociales de chaque personne. D'où la révision de certaines valeurs liées à l'hygiéne proposée par l'étude.
Pour reprendre l'exemple de la bouteille avec desmegots à l'interieur. je pense qu'il est toujours bon de la recycler. le fondeur de verre gere sans trop de proabeme les restes de déchets organiques qui brulent dans son four, n'est ce pas ?

Et surtout, je serai tres interessé à lire cette étude. Dommage que vous ne mentionnez pas comment se la procurer ? Pouvez vous me l'indiquer svp?

Merci pour l'article,

Cordialement,

Guillaume

Transitionneur | 18 novembre 2017 à 11h58
 
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Cela fait plusieurs décennies que nos voisins d'Europe du Nord savent organiser un service public des déchets. Si le service public des déchets ne fonctionne pas en France c'est qu'il est mal organisé, cela est totalement de la responsabilité des collectivités compétentes en la matière. D'ailleurs certaines savent maintenant bien le faire (Comcom Porte d'Alsace, SMICTOM des Pays de Vilaine ...) mais ils sont encore rares. Les français n'ont pas peur d'être sales, il faut voir ce que vivent les riverains des décharges et des incinérateurs, mais tant que cela ne les touchent pas directement, ils s'en fichent. Et la plupart des élus se débarrasse du service en le donnant au privé qui lui est payé à la tonne. Comment dans ce cas attendre une diminution des déchets ?
Il n'y a pas 36 manières de procéder : responsabiliser l'usager en lui en donnant les moyens : collecte en porte à porte pour pouvoir contrôler le contenu des bacs, tarification incitative pour gratifier les usagers produisant peu de déchets, et tri à la source dont les biodéchets. Le plus important pour atteindre cet objectif est d'associer les usagers à l'organisation du service. Mais là aussi la France a un énorme retard.
Pour ma part je produis 6kg/personne et par an de déchets ultimes, sans mal et sans me casser la tête. Oui, qu'est-ce qu'on attend ? Cela finit par être désespérant !

Gigi | 19 novembre 2017 à 19h00
 
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Bonjour,

L'étude a été réalisée par Unknowns pour son compte. Ils n'ont pas rendu public l'intégralité du document. Vous devriez les contacter pour plus de détails.

Cordialement,

Philippe Collet Philippe Collet
20 novembre 2017 à 09h50
 
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