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Deepwater Horizon : la commission d'enquête critique l'industrie pétrolière et le gouvernement américain

La Commission nationale sur Deepwater Horizon a rendu un rapport accablant pour l'industrie pétrolière et les autorités publiques et qui préconise des réformes de fond. Le rapport est plutôt satisfaisant pour BP qui voit sa responsabilité diluée.

Energie  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
   
Deepwater Horizon : la commission d'enquête critique l'industrie pétrolière et le gouvernement américain
   

Mardi 11 janvier 2011, la Commission nationale chargée de déterminer les causes de l'explosion survenue sur Deepwater Horizon a rendu public son rapport final sur la catastrophe de Deepwater Horizon qui analyse, à la demande de l'exécutif américain, les causes de l'explosion intervenue le 20 avril 2010 sur la plateforme pétrolière et de la marée noire dans le Golfe du Mexique. Le rapport propose par ailleurs de réformer l'activité pour améliorer la sécurité.

"La principale leçon à tirer de la catastrophe est que la situation requière rien de moins qu'une remise à plat aussi bien des pratiques actuelles de l'industrie que de la supervision gouvernementale", jugent les sept auteurs du rapport de prés de 400 pages. "Le forage en eaux profondes ne doit pas être abandonné", estiment-ils néanmoins, précisant que l'activité "peut être conduite en toute sécurité." Il s'agit là "des messages au cœur du rapport", précisent-ils.

Une culture du risque inadéquate

S'agissant des conclusions d'ordre technique, les membres de la commission jugent que l'explosion du puits Macondo aurait pu être évitée. "Les causes immédiates de l'explosion peuvent être expliquées par une série d'erreurs successives, commises par BP, Halliburton, et Transocean, qui traduisent des failles systématiques dans la gestion des risques." Ces manquements "remettent en cause la culture du risque de l'ensemble de l'industrie."

Le rapport enfonce le clou et explique que "l'exploration et la production d'énergie en eaux profondes, en particulier à la limite de l'expérience acquise, implique des risques pour lesquels ni l'industrie ni le gouvernement n'ont été préparés de façon adéquate, mais pour lesquels ils peuvent et doivent être préparés." Pour améliorer la réponse des opérateurs publics et privé, la commission préconise une révision complète de la réglementation encadrant la location de plateforme, l'exploration pétrolière et la production d'hydrocarbure. Cette révision doit "aller au-delà des réformes significatives déjà entreprises depuis le désastre de Deeepwater Horizon."

Évoquant l'accident nucléaire intervenu en 1979 sur un réacteur de la centrale nucléaire de Three Miles Island, la commission estime que "la méthode utilisée par l'industrie nucléaire pour transformer ses pratiques routinières offre une analogie utile au moment où l'industrie pétrolière et gazière cherche à faire de même plus de 30 ans après." La mise en place d'une organisation traitant des problèmes de sécurité et rassemblant les opérateurs pétroliers est l'une des voies proposées pour améliorer la sécurité. Un tel organisme serait l'équivalent de l'Institute of Nuclear Power Operations créé à la suite de l'accident de Three Miles Island.

Un partage des responsabilités satisfaisant pour BP

D'autre part, selon des analystes financiers interrogés par l'AFP, les conclusions du rapport seraient plutôt favorables à BP. En effet, il valide la défense du groupe pétrolier britannique qui réclame à ses sous-traitants des sommes importantes du fait de leur responsabilité dans la catastrophe. L'agence de presse cite Tamas Varga, du cabinet PVM Oil, qui explique que "quand la catastrophe a eu lieu, la seule compagnie montrée du doigt était BP, mais il apparaît maintenant qu'il y a d'autres responsables […] concrètement, cela veut dire qu'au moment du règlement financier final, BP ne sera pas la seule à payer les amendes et les dédommagements."

En septembre 2010, BP avait publié un rapport concluant que "des acteurs multiples, y compris BP, Halliburton et Transocean", sont impliqués dans la catastrophe. Dans la foulée, BP aurait réclamé 1,9 milliard de dollars à son partenaire japonais Mitsui and Co afin qu'il participe aux frais engendrés par la marée noire. Le groupe japonais possède, via des filiales, 10% des parts du puits à l'origine de la pollution. Dans le même temps, BP a dû provisionner 32 milliards de dollars à la demande des autorités américaines, pour assurer les dédommagements liés à la catastrophe.

Ce partage des responsabilités est par ailleurs en partie validé par le ministère de la justice qui mi-décembre a poursuivi au civil et au pénal BP, le spécialiste des plateformes pétrolières Transocean et certaines de ses filiales, les exploitants Anadarko Petroleum et Moex Offshore, et l'assureur QBE Underwriting, une filiale de Lloyds. Les poursuites judiciaires visent à présenter la facture de la marée noire à ces entreprises en fonction de leur responsabilité. Pour l'instant, l'entreprise Halliburton, qui avait effectué le cimentage du puits Macondo n'est pas citée par le département de la Justice.

Les ONG plaident pour de profondes réformes

Pour Peter Lehner , le directeur exécutif du Natural Resources Defense Council (NRDC), "l'industrie a sacrifié la sécurité pour essayer d'économiser de l'argent et du temps et les organismes de contrôle, sur lesquels nous comptions pour assurer notre sécurité, n'ont pas les moyens de faire leur travail."Il juge par ailleurs que le rapport "est un bon point de départ" pour réformer la réglementation des forages en mer. "L'industrie doit mettre fin à sa culture de complaisance et doit faire de la sécurité une priorité, le Congrès doit renforcer les protections pour assurer la sécurité des travailleurs, des eaux et de la vie sauvage, et l'exécutif doit s'assurer que les moyens nécessaires au respect des gardes fous sont appropriés", explique le représentant du NRDC.

Greenpeace considère, elle aussi, que la commission "a lancé un signal d'alarme [en pointant] ce qui ne fonctionne pas dans l'industrie des forages pétroliers et la bureaucratie qui régule cette activité." Par ailleurs, l'association juge que "l'industrie pétrolière n'a pas corrigé les problèmes "systémiques" identifiés par le rapport et qu'elle n'est toujours pas préparée à prévenir une telle catastrophe." Quant aux agences gouvernementales, elles "restent sous financées et pâtissent toujours d'un manque de personnel." Enfin, Greenpeace se montre pessimiste sur l'application des recommandations du rapport car "l'industrie pétrolière résistera."

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