En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Pro et anti gaz de schiste préparent un débat passionné

En prévision du débat sur les gaz de schiste, les différentes parties préparent leurs arguments. La Région Ile-de-France a adopté une position alors que certains écologistes s'interrogent sur le sens même d'un tel débat.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Pro et anti gaz de schiste préparent un débat passionné

Le 24 juillet, à l'occasion d'une réunion avec les ONG environnementales, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, avait refusé de prendre position sur les gaz de schiste invoquant le débat sur l'énergie prévu à l'automne. De leur côté, les ministres concernés esquissent une position : s'ils ne plaident pas en faveur de la fracturation hydraulique, tout au moins dans sa forme actuelle, ils ne rejettent pas l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels.

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, s'est prononcé à plusieurs reprises en faveur d'une réflexion sur les gaz de schiste, notamment lors de son audition par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale le 19 juillet dernier. Evoquant "des évolutions technologiques possibles", le ministre en charge des mines d'hydrocarbures conjointement avec l'Ecologie a estimé qu'"il faut mettre [la question de l'exploitation des gaz de schistes] sur la table et en débattre très tranquillement". Quant à Delphine Batho, la ministre de l'Ecologie, elle assurait le lendemain sur BFM TV que "rien dans l'agenda du gouvernement aujourd'hui n'envisage de revenir sur l'interdiction de la fracture hydraulique", se cantonnant à la loi de juin 2011 qui interdit la technique sans fermer la porte à une exploitation des gaz et huiles de schistes.

Des positions qui plaident en faveur du programme d'exploration dans le Bassin parisien proposé par la mission interministérielle lancée par le précédent gouvernement. En attendant, les défenseurs comme les opposants aux gaz de schiste s'activent.

Qualité de l'eau francilienne

En première ligne depuis le rapport interministériel, le conseil régional d'Ile-de-France a adopté une position officielle en juillet après lecture du rapport Risques potentiels de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels en Ile‐de‐France rédigé par son Conseil scientifique régional.

En premier lieu, la Région avance "des incertitudes très grandes" concernant divers aspects environnementaux et, estimant que des études indépendantes supplémentaires doivent être réalisées, elle "considère que l'amélioration des connaissances doit [s'appuyer sur les expériences] faites à l'étranger". Un projet de recherches dans le bassin parisien "n'est pas nécessaire" et la Région juge qu'"il n'est pas opportun" de mettre en œuvre les expérimentations scientifiques sous contrôle public, prévues par la loi du 13 juillet 2011.

De même, l'Ile-de-France insiste sur les "dangers avérés" pour l'eau, les infrastructures et le climat. S'agissant de l'eau, le conseil général replace la question dans le cadre des problématiques franciliennes et pointe le traitement de l'eau utilisée pour la fracturation hydraulique. Rappelant qu'il existe "déjà des tensions sur l'approvisionnement en eau", le conseil général souligne que "la part de l'assainissement a déjà dépassé la part de la production d'eau potable" dans le prix de l'eau francilienne. En conséquence, il "estime déraisonnable" d'investir dans la voirie et le réseau d'eau pour "ajouter la contrainte supplémentaire" à la gestion de l'eau et l'amélioration de sa qualité.

Enfin, les impacts positifs sont jugés incertains. "Le potentiel d'huile de schiste estimé comme exploitable en Ile-de-France (…) se situerait entre 80 et 800 millions de tonnes, soit l'équivalent d'environ 1 à 10 années de consommation de pétrole en France actuellement (85 millions de tonnes)", avance le conseil régional, estimant que "quand bien même l'exploitation était décidée, cela ne ferait que repousser de peu la nécessité du développement de la vraie solution: la transition énergétique".

Des arguments qui font recette

Côté pro-gaz de schiste, un rapport rédigé sous l'égide de l'AEGA il y a un an et mis en ligne sur un site de partage de fichier a attiré récemment l'attention. Relayé via Twitter, notamment par Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie - Les Verts (EELV), le document titré L'intérêt du gaz de schiste pour la France serait un "rapport de mission [confidentiel destiné à Total] pour une action de contre-information afin de faire basculer l'opinion française au sujet des gaz de schiste et de leur exploitation".

L'AEGE, un réseau d'experts en intelligence économique composé d'anciens élèves de l'école de guerre économique, explique pour sa part qu'il s'agit d'"un exercice d'étudiants". Quant au groupe Total, il confirme ne pas avoir commandé un tel rapport et indique lui aussi qu'il s'agit d'un travail d'étudiant.

Reste que le document pousse le réalisme jusqu'à explicitement évoquer une commande du groupe pétrolier français. L'objet du rapport est de présenter les principaux arguments des opposants avant de proposer une stratégie pour les contrer. En l'occurance, il recommande d'engager un débat apaisé tenant compte de la nécessaire protection de l'environnement et en refusant les décisions idéologiques ou partisanes.

Si cette proposition n'est pas d'une grande originalité, force est de constater qu'elle est aujourd'hui reprise. "N'enterrons pas le débat sur les gaz de schiste", titrait l'éditorial - non signé - du Monde du 25 juillet, déplorant par ailleurs que "la France [ait] une position de principe". Cet éditorial, ainsi que d'autres articles publiés par Le Monde, ont engendré une polémique à laquelle Noël Mamère, député EELV de Gironde, a pris part dans les colonnes du quotidien du soir. "Que serait un "débat" sur l'exploitation des gaz de schiste, si ce n'est une occasion de plus de cautionner une logique infernale inscrivant le destin de nos sociétés dans la dépendance à l'or noir ?", demande l'élu en réponse à l'éditorial du Monde.

Réactions15 réactions à cet article

 

Suite : Sur 278 produits utilisés étudiés, 93% affectent la santé et 43% sont également des perturbateurs endocriniens durables (impacts sur la différenciation sexuelle, la stérilité, régulation hormonale, facteurs de diabète, cancers etc).

L’exploitation de gaz de schistes peut entraîner la remontée de contaminants des sols, à court, moyen ou long terme (large diffusion de métaux lourds, arsenic, mercure, matériaux radioactifs etc) (Pr Theo Colborn Université de Floride)

de même que la pollution de l’air (complexes BTEX « benzène, toluène, éthylbenzène, xylène » + oxydes nitreux, méthane, métaux lourds etc.).

Une étude publiée par le professeur Robert W. Howarth de l’Université Cornell en 2010 constate qu’une fois calculé l’impact des émissions fugitives de méthane dans le cycle de vie, les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les gaz de schiste sont plus élevées que celles du charbon et du mazout.

Energie+ | 11 août 2012 à 14h40
 
Signaler un contenu inapproprié
 

C'est absurde d'utiliser les gaz de schistes sous forme "combustible" alors qu'il y a des valorisations à "meilleure valeur ajoutée" et "recyclables". Sans compter que le bilan global est très mauvais : pollution de l’air (complexes BTEX etc), risques de pollutions des eaux à court comme à LT (produits utilisés + diffusion de contaminants types métaux lourds, mercure, arsenic etc), bilan énergétique faible : entre 1 et 2 unités d’énergie obtenue pour 1 unité d’énergie nécessaire, obligations d’infrastructures dont stockage, multiples forages au km2, noria de camions (800 mouvements en moyenne par forage), nuisances d’exploitations et visuelles, brevets et technologie américaine donc retombées locales atténuées, multiples sociétés d’exploitation dont la responsabilité à long terme sera nulle en cas de dégâts à l’environnement etc.

Selon la couche de schiste, un puits peut donner accès à des quantités de gaz très variables pour être sûr de rentabiliser un champ il faut donc une forte densité de forages, des milliers de déplacements de camions, auxquels s’ajoutent la pollution du raffinage.

Suivant les endroits où les produits très toxiques utilisés pénètrent (quelle que soit la méthode utilisée, y compris celle de Gasfrac), par exemple une nappe phréatique, leur vitesse de propagation peut aller de 1 à 1000. Dans certains cas, ils peuvent ainsi parcourir des centaines de mètres par jour dans les sous-sols. (suite ci-dessous)

Energie+ | 11 août 2012 à 14h41
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Le rapport de l'AEGE serait donc un faux... un document faussement commandé par Total que des élèves de l'école de guerre économique auraient faussement écrit, juste pour rire... ben voyons... On nous prend pour des c.... ! Ceci dit, le document est tellement truffé de fautes d'ortographe et autres tournures impropres qu'il faut espérer qu'il n'a pas été lus par ses faux commanditaires.

S'agissant du Bassin Parisien, il faut quand même savoir que la nappe phréatique superficielle, celle qui se renouvelle avec les précipitations est déjà impropre à a consommation dans bien des endroits. En particulier en Seine et Marne. Elle est en effet polluée aux nitrates.
Il faut donc pomper à plusieurs centaines de mètres de profondeur pour trouver une nappe alimentée par un bassin beaucoup plus faible en surface (bordures du bassin parisien) et dont il faut refroidir et déferritiser l'eau.
Même si les hydrocarbures non conventionnels sont à bien plus grande profondeur, qu'adviendra-t-il si la nappe se trouve polluée par un "incident" d'exploitation ?

6beryeti | 14 août 2012 à 09h05
 
Signaler un contenu inapproprié
 

NORMALE TRANSITION ÉNRGTIC OUI ! anormale folie foSSile/nuc NON !

01010101 | 16 août 2012 à 01h39
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Bonjour,
Bel article qui présente les enjeux avec l'exemple de l'Île de France.
Et de la discussion devrait jaillir la lumière pour peu que les débats soient bien menés sur l'exploitation des gaz de schiste!
In fine, avec le moindre doute, il nous faudra s'abstenir!
Cordialement,
Gilbert de Pertuis, Porte du Luberon

Gilbert SOULET | 16 août 2012 à 08h30
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Non! pas d'extraction de gaz de schistes, la planète est déjà invivable devons nous continuer la destruction de notre planète qui est aussi notre maison? Que laisserons-nous à nos enfants: une planète devenue une poubelle ?

rené 03 | 16 août 2012 à 11h00
 
Signaler un contenu inapproprié
 

NON ! A l'exploitation comme aussi à l'exploration à l'essai ! Que du poison sur tartines de mensonges venant de ceux à qui profiteraient ces désastres ! Oui à la vie de notre terre !

TOTALZERO | 16 août 2012 à 13h20
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Haaaa Machiavel, quand tu nous tiens ! ; }

Que le rapport soit un vrai ou un exercice d'entrainement (assez classique dans la plupart des écoles de commerce et de management...personnellement, je dirais : une vrai commande mais découverte par le public avant achèvement et livraison confidentielle donc fortement reniée pour garder la face), cela montre bien que c'est comme ça que les personnes de "l'intelligence économique" (terme à la fois hors-sujet et camouflant des pratiques de temps en temps assez ignobles en termes d'éthique) travaillent pour le compte des grands groupes : parcourrez le rapport et vous pourrez par exemple voir page 34 (schéma) et pages 35 à 41 par quels moyens ils comptent manipuler l'opinion des diverses parties prenantes importantes (public local et national et politiques locaux, nationaux et internationaux) : ça tient un peu du plan/stratégie de com de n'import quel groupe (selon les cas, peut faire croire des choses presque toutes vraies autant que presque toutes fausses...) mais c'est plus incisif et personnalisé à chaque type de partie prenante. En résumé, ça dit peut-être certaines choses vraies mais ça n'hésitera vraiment pas à affirmer des choses destinées à être mensongère ou même déjà fausses car issues d'un résultat scientifique "économiquement manipulé"...

Pour en revenir au conseil général d'IDF, leur position semble neutre et sage à moins que ce soit de la com ... ?

Lionel | 17 août 2012 à 12h58
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Enfin, il serrait presque marrant (j'ai bien dit "presque") qu'en conclusion du débat, le conseil régional d'IDF accepte les forages d'explorations MAIS :

à des conditions techniques très strictes

+ à condition que le groupe bloque d'immenses provisions financières destinée à la réparation des dégâts environnementaux

+ à condition de s’acquitter d'une taxe particulièrement élevée et réellement bénéfique pour les caisse de l'état (et donc théoriquement aussi pour le public en période de coupes budgétaires)

... amenant ainsi les exploitant du schiste à ne plus s'attaquer au sous-sol français de si tôt.

Lionel | 17 août 2012 à 13h07
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Bonjour,

Effectivement l'exploitation de gaz de schiste serait une catastrophe écologique. La fracturation hydraulique ne peut être totalement maîtrisée et on ne peut prévoir ou vont aboutir la multitude de fissures provoquées et ou vont se disperser les miultiples composants liquide et le méthane.
De toute façon c'est un procédé qui agit sur le cour terme avec une énergie fossile qui va produire un supplément de GES.
Il ya a d'autre façons plus écologique pour produire du méthane en réduisant les émissions actuelles de GES.
La méthanisation et la gazéification de déchets ménagers, agricoles, d'algues ainsi que l'exploitation des gaz issus des Stations d'épuration pourraient également produire ce combustible stockable permettant de compléter les autres énergies renouvelables intermittentes.

D'après mois il faut clore définitivement ce dossier gaz de schiste et se lancer dans ces autres alternatives.

René

René | 17 août 2012 à 21h52
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Bien dit René !
Ce serait un beau geste du gouvernement vers un développement plus durable car plus intelligent.

Lionel | 20 août 2012 à 12h29
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@Lionel
Je cite : "personnellement, je dirais : une vrai commande mais découverte par le public avant achèvement et livraison confidentielle donc fortement reniée pour garder la face"

Avez-vous lu le rapport ? Il date de juillet 2011 et a été rendu public il y a plus d'un an...... Votre hypothèse complotiste de document rendu public par inattention ne tient pas la route une seconde !

Prenez un peu de recul concernant ce document qui n'est que ce qu'il est : un exercice d'étudiant.

Ce qui ne remet pas en cause pour autant les positions de chacun sur le gaz de schiste. Mais par pitié, évitez les amalgames bon marchés qui nuisent au combat pour l'environnement.

Yoyo | 25 août 2012 à 21h36
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@Yoyo :
Hé bien, je n'ai peut-être pas étudié le document assez en détails et peut-être que mon hypothèse sur ce document est fausse mais en tout cas, ce ne sont pas "amalgames bon marchés" : l'exercice de "l'intelligence économique" existe réellement dans les multinationales (j'ai moi-même déjà assisté à quelques heures de cours "d'intelligence économique" dans une école de commerce durant mon cursus étudiant) et je peux vous assurer que c'est bien le format de pensée : ce qui les obnubile, c'est [comment conquérir la plus grande part du marché possible et avec le meilleur rendement financier possible] et rien d'autre : je peux vous assurer que, dans l'exercice de leur métier, ces gens - vrais héritiers des business boy de Chicago (la seule responsabilité d'une entreprise est de rémunérer ses actionnaires le plus possible ) - se moquent éperdument des conséquences sociales et environnementales et parfois même de l'éthique des pratiques économiques, ce qui les intéresse c'est gagner et c'est tout (comme les traders d'ailleurs), et peu importe si ça doit passer par la manipulation de l'opinion publique. Après, il est très possible que certains remarquent et déplorent ces conséquences mais ça ne dois pas interférer dans leur travail. Et OUI, ces métiers existent, et OUI, ils sont au service (salarié ou consultant, je penses un peu les deux) des grandes multinationales !

Lionel | 27 août 2012 à 12h16
 
Signaler un contenu inapproprié
 

C'est simple, vu la faiblesse du document on peut être presque sûr qu'il n'a pas été commandé par Total !

nklhw | 28 août 2012 à 16h46
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@Lionel + @ Yoyo,

Beaucoup de bruits et de polémiques autour de ce document, et de son soi-disant parti pris.
Je vous invite à lire ce document, également publié sur la BDC AEGE, intitulé : "L'enjeu stratégique du schiste"
http://bdc.aege.fr/public/Enjeu_strategique_du_schiste.pdf

Publié en avril 2011 (soit 3 mois avant l'autre étude), ce document ne prend pas parti pour Total, bien au contraire (p. 7)... Mais là curieusement, personne ne relève...
Donc arrêtez avec vos hypothèses de document confidentiel commandité qui aurait fuité par erreur. Un peu de recherche, d'analyse et de jugeote !

Personne (journalistes, militants...) n'a pris le temps sur cette polémique dont le timing (1 mois avant la réunion de mi-septembre) tombe bien... Je ne crois pas aux coïncidences.

Jolan | 30 août 2012 à 11h36
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager