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Plus de 40% des espèces de requins et raies menacées d'extinction en Méditerranée

Selon un rapport de l'UICN, 42% des espèces de requins et de raies de Méditerranée sont menacées d'extinction, principalement en raison de la surpêche mais aussi des prises accidentelles, de la dégradation de l'habitat et de la pollution.

Biodiversité  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
Selon un rapport de l'Union Mondiale pour la Nature (UICN) sur le ''statut de conservation des poissons cartilagineux (Chondrichtyens*) en mer Méditerranée'' publié le 16 novembre, 42 % des espèces de requins et de raies de Méditerranée sont menacées d'extinction.

Ce rapport, évaluant 71 espèces méditerranéennes dont les poissons chimères, montre que la région détient le taux de requins et de raies menacés ''le plus élevé au monde'' et ceci principalement en raison de la surpêche. Nos analyses révèlent que la mer Méditerranée est l'un des endroits les plus dangereux au monde pour les requins et les raies. Les espèces benthiques sont exposées à un risque plus élevé dans cette région, principalement dû à une pratique intense de la pêche au niveau du fond marin, a expliqué Claudine Gibson, responsable du Groupe de Spécialistes des Requins (GSR) de l'UICN et co-auteur du rapport. En effet, l'augmentation de l'intensité de la pêche et les progrès technologiques des engins de pêche auraient provoqué depuis ces cinquante dernières années, le déclin de plusieurs espèces de Chondrichtyens, capturées par les filets des chaluts pêchant dans la zone nord-ouest de la Méditerranée. L'UICN indique que la plupart des requins et des raies sont vulnérables à la surpêche à cause de leur croissance lente, leur maturité tardive et leur faible capacité de gestation. Rappelons que les principaux pays pêchant les Chondrichtyens en mer Méditerranée sont la Turquie, la Tunisie, la Grèce, l'Italie et l'Espagne.

Les prises d'espèces accidentelles constituent également une menace. La pêche à la palangre, ciblant les espadons et les thons (qui a augmenté au cours de ces trois dernières décennies), constitue une menace réelle pour les Chondrichtyens susceptibles de faire partie des captures accidentelles de cette pêche, souligne le rapport. La pêche au filet dérivant, largement pratiquée en mer Méditerranée, continue d'en capturer un nombre important même si elle est désormais interdite.

Parmi les autres menaces ''importantes'' relevées par l'UICN, la dégradation de l'habitat, la pollution notamment due au mercure (>0.50mmg/kg) observée chez certains requins vivant en Méditerranée (l'aiguillat commun); la pêche sportive et ''autres nuisances humaines''.

D'après les experts de l'UICN, 30 espèces seraient ainsi menacées de disparaître, dont 13 sont considérées ''en danger critique d'extinction'', 8 sont ''en danger'' et 9 sont ''vulnérables''.

En danger critique d'extinction figurent notamment la Raie de Malte, qui ne se trouve qu'en Méditerranée et dont la population a décliné de 80% en raison du chalutage de grand fond mais aussi deux espèces de poissons-scie de Méditerranée. La centrine commune ou cochon de mer s'est également raréfiée et est même éteinte localement ainsi que trois espèces d'anges de mer, victimes d'un sévère déclin et de sérieuses réductions de leurs aires de répartition, alors qu'elles étaient historiquement abondantes.

Recherchés pour leur chair et leurs ailerons, le requin-taupe bleu et le requin-taupe commun sont victimes d'une pêche qui va bien au-delà de leurs capacités de reproduction et sont eux-aussi en danger critique d'extinction, souligne l'UICN. Nous sommes particulièrement inquiets pour les requins bleu et taupe de la Méditerranée, a averti Dr Alen Soldo de l'Université de Split en Croatie. Nos études révèlent des pressions de pêches persistantes bien en-dessus de la capacité de reproduction des espèces, a-t-il précisé.

La mante géante qui évolue principalement en Méditerranée, est par ailleurs jugée ''en danger''. La grande taille des femelles (5 m) et la faible capacité reproductive (un jeune à la fois) rendent cette espèce particulièrement vulnérable, notamment aux filets dérivants illégaux.

Pour l'UICN, un embargo sur la pêche en eau profonde, l'interdiction des filets dérivants et de l'enlèvement des nageoires de requins peuvent contribuer à réduire les menaces sur ces espèces en Méditerranée. L'organisation demande également une amélioration de l'application des lois où il n'existe aucune limite de prise de pêche sur les requins et les raies de la Méditerranée. Par ailleurs, si huit espèces de requins et de raies ont été listées sur les quatre conventions internationales qui se rapportent à la conservation de la faune sauvage méditerranéenne, seules trois espèces ont été protégées suite à cela. Les requins blanc et pèlerin sont protégés en Croatie et dans les Eaux de la Communauté Européenne, tandis que Malte et la Croatie protègent la mante géante.

La plupart des requins jouent un rôle clé en tant que plus grands prédateurs dans la chaîne alimentaire marine, souligne l'Union. En se nourrissant de proies faibles et blessées, les requins aident à maintenir la fonction de l'écosystème de l'océan. Nous observons de graves changements qui auront des conséquences majeures dans le temps sur toute la vie animale et finalement, sur les moyens de subsistance des populations autour de la Méditerranée, a averti Annabelle Cuttelod de l'UICN. L'Union a par ailleurs appelé la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique (CICTA), réunie du 12 au 19 novembre en Turquie, à fixer des limites de pêche pour les requins taupe et bleu.

D'après Shark Alliance, coalition d'une quarantaine d'ONG internationales, des dizaines de millions de requins et de raies sont pêchés chaque année dans le monde, en particulier pour leurs ailerons. Pour Sonja Fordham, présidente du GSR et directrice de la politique de Shark Alliance, les gouvernements devraient considérer davantage les avertissements de ce rapport et agir en conséquent pour protéger les requins et les raies menacées au moyens d'accords régionaux de pêche, de conventions internationales sur la faune sauvage et de législation nationale.


* Les chondrichtyens (environ 2.000 espèces) se distinguent par leur squelette entièrement cartilagineux, parfois calcifié. On trouve dans cette classe les différentes espèces de requins, de raies et de chimères.

Réactions1 réaction à cet article

 
appel aux boycott de ces espèces menacées

en attendant que les gouvernements s'entendent pour légiférer, ce qui risque de prendre un certain temps, puis trouvent les fonds à affecter pour le contrôle de l'application de ces mesures, ce qui en rend l'efficacité trés aléatoire, la solution immédiatec c'est de que chacun se responsabilise et refuse d'acheter thons rouges, requins et raies. Je le fais déjà, ça réduit fortement le choix chez le poissonnier, mais il en reste suffisament ! Et puis si ça porte ses fruits et que les populations concernées s'accroissent, on pourra y revenir plus tard.

jm | 22 novembre 2007 à 06h53
 
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