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Actu-Environnement

Rapport Sukhdev : donner un juste prix à la biodiversité

Dans la lignée du rapport Stern qui chiffrait le coût du changement climatique, l'équipe de Pavan Sukhdev projette d'estimer les bénéfices économiques globaux liés à la biodiversité et les coûts engendrés par son érosion. Bilan à mi-parcours.

Biodiversité  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Ce qui est utile n'a pas toujours une grande valeur, comme l'eau par exemple, et ce qui a une grande valeur n'est pas toujours utile, comme les diamants. (…) Nous avons du mal à établir la valeur de la nature, elle échappe au monde. C'est l'une des causes sous-jacentes de sa dégradation. C'est par ces mots que le banquier Pavan Sukhdev introduit l'objet de son travail actuel. Missionné par le commissaire à l'environnement de la Commission européenne Stavros Dimas, et par le ministre de l'environnement allemand Sigmar Gabriel à la suite d'une rencontre des ministres de l'environnement du G8+5 à Potsdam en mai 2007, le banquier indien dirige actuellement une étude mondiale sur l'économie des écosystèmes et de la biodiversité. Il s'agit de fournir une évaluation complète et convaincante afin de défendre la biodiversité. Un vaste programme quand on connaît l'état actuel des connaissances dans ce domaine - moins mûres que sur le changement climatique - et lorsqu'il s'agit de réintégrer la valeur de la nature au sein de notre système économique actuel qui l'a longtemps ignoré. Il faut revoir la notion de capital en intégrant le capital humain, social et naturel si nous voulons prendre la route de la durabilité.
Directement inspirée du rapport de Nicholas Stern sur le coût du changement climatique, l'étude ambitionne de redonner à la nature un prix et à notre société une nouvelle boussole, car celle que nous utilisons aujourd'hui est ancienne et défectueuse, elle affecte notre capacité à bâtir une économie durable en harmonie avec la nature. Ou comment sortir du court termisme imposé par le système économique actuel… Les conclusions finales du rapport sont attendues pour 2010.

Un état des lieux préoccupant

L'étude s'attache d'abord à rappeler que la nature apporte à nos sociétés de nombreux bienfaits : nourriture, eau propre, fibres, sols sains, protection contre les inondations, médicaments, stockage du carbone… Les pressions de nos modes de vie actuels altèrent les écosystèmes et nous en subissons, ou subiront, en retour, les conséquences.
Si nous continuons business as usual, les prévisions sont inquiétantes. Au terme de la première phase des travaux qu'il dirige, les conclusions de Pavan Sukhdev sont sans appel : Si nous n'adaptons pas les politiques appropriées, le déclin actuel de la biodiversité et la perte de services rendus par les écosystèmes vont se poursuivre et dans certains cas vont même s'accélérer. Certains écosystèmes sont susceptibles de souffrir de dommages irréparables.
Et les premières victimes seraient les populations pauvres : les bénéficiaires immédiats de la majeure partie des services rendus par les écosystèmes et la biodiversité sont principalement les pauvres. Ceux qui retirent la grande majorité de leurs moyens de subsistance de la nature : agriculture vivrière, élevage, pêche… A l'heure de la crise sur les matières premières alimentaires, ce rapport sonne à nouveau le signal d'alarme : la dégradation des ressources naturelles pèsera encore plus fort sur les plus démunis.
Dans un scénario inchangé, d'ici 2050, une diminution de 11 % des zones naturelles restantes en 2000 est à craindre, principalement en raison de la conversion de ces terres à l'agriculture, du développement des infrastructures et du changement climatique. Près de 40 % des terres actuellement exploitées pour des formes d'agriculture peu intensive pourraient être converties en terres d'agriculture intensive, ce qui entraînerait des pertes supplémentaires de biodiversité. Enfin, 60 % des récifs coralliens risquent de disparaître d'ici 2030 du fait de la pêche, des maladies, des espèces allogènes envahissantes et du blanchissement des coraux lié au changement climatique. Ce qui causerait un appauvrissement de la vie sous-marine. Ce phénomène coûterait 100 milliards de dollars, 27 millions d'emplois mais aussi des pertes en apport de protéines à une population de près d'un milliard de personnes, selon l'économiste indien.

Phase 2 : identifier la boussole qui mène vers la durabilité

Le banquier applique à la nature les leçons tirées du monde des affaires : vous ne pouvez pas gérer ce que vous ne pouvez pas mesurer, explique-t-il. Le rapport ambitionne donc d'évaluer à grande échelle les coûts associés aux pertes des principaux types d'écosystèmes de la planète : nous devons trouver les moyens de mesurer la biodiversité. La boussole que nous utilisons aujourd'hui a besoin d'être améliorée, voire remplacée… Nous avons besoin d'une nouvelle boussole, c'est urgent !
Le principal indicateur de richesse utilisé aujourd'hui, le PIB, ne tient pas compte de la valeur de la nature et des pertes engendrées par son érosion. C'est pourquoi la phase 2 de l'étude s'attachera à mesurer le coût économique de la biodiversité et des services rendus par les écosystèmes. La tâche est ardue : une partie seulement de l'ensemble des bienfaits issus de la biodiversité et des écosystèmes peut être évaluée, en raison des limites actuelles à notre compréhension des fonctionnements écologiques ainsi que des limites de nos outils économiques, précise le rapport d'étape. A la différence du changement climatique, qui est un phénomène global, la crise de la biodiversité, générale, se traduit par une multitude d'événements locaux, difficiles à mesurer dans leur globalité. Le rapport dressera donc, d'ici 2010, une estimation prudente.
La phase 2 de l'étude s'appliquera à mettre en place des outils de mesure économique afin d'aider les responsables politiques à prendre des mesures mieux fondées et à mettre en place des mécanismes de financement appropriés pour la conservation de notre capital naturel.
Il y a urgence à mettre au point des outils de mesure économique qui reflètent mieux que le PIB la performance des économies entendue au sens large.

Réactions11 réactions à cet article

 
Oui, très bien, mais

ne peut-on se contenter d'une approche intuitive ? Quand on voit l'état de délabrement de la planète, faut-il encore attendre de telles études pour faire quelque chose ?
Cette étude, très importante par ailleurs, ne doit pas devenir un argument pour retarder à plus tard ce qu'on peut faire aujourd'hui.

Ce qui révolte aujourd'hui, c'est de voir comment les grands de ce monde, les administrations, mais d'autres aussi, refusent l'intuition et le bon sens.

René-Pierre | 17 juillet 2008 à 11h41
 
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Des dollars toujours des dollars

Bonjour,

Comment peut-on dire que 60 % de disparition de récifs coraliens va coûter 100 G$? est-ce que 80 % de disparition coûteront 133 G$? et 100% ? 100 x 100/60?
Ah mais faut bien compter. Oui, mais je ne suis pas sûr que l'unité de compte soit le $ (ou l'euro). Pourquoi ne pas inventer une nouvelle unité? Reconnaitre enfin que la nature n'est pas gouvernée par des phénomènes linéaires (la règle de trois!).
Qui peut me dire combien coûte le morcellement d'un territoire par quelques autoroutes, de nouvelles routes pour aller au lotissement des Cerisiers (là où Avant! il y avait des cerisiers).
D'après un sondage, 100 % des gens savent où l'on va: dans le mur!
Seuls ceux qui mourront avant sont d'accord pour continuer à cette vitesse, mais on ne connait pas bien leur nombre.
Gugu

gugu | 17 juillet 2008 à 12h36
 
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Re:Oui, très bien, mais

On peut répondre par une autre question :
Quels sont les outils de maîtrise du changement climatique mis en oeuvre avant la publication du rapport Stern ?

Seulement, dans le cas présent, il s'agit de juger de la performance d'une économie vis-à-vis du développement durable, pas du coût de l'inaction. Je pense que 18 mois pour faire germer les graines d'une révolution économique où le coût sera représentatif des ressources et non des bénéfices boursiers n'est pas un délai si long.

Concernant l'approche intuitive, elle ne tient pas la route face au marché concurrentiel. Regardez le choc pétrolier au milieu des années 70 où, plein de bonne volonté et avec une véritable intuition de la nécessité d'atteindre une certaine forme d'indépendance énergétique, nous nous sommes lancés dans les économies de pétrole (heure d'hiver, réglementation thermique, industrialisation du nucléaire, énergie solaire, pompe à chaleur, éoliennes, etc.) juste avant que les cours redescendent.

Résultat, c'est 30 ans plus tard qu'on réagit...
Alors avec cette expérience, j'estime que l'intuition n'est ni rapide, ni efficace puisque les mesures sont désordonnées et sans visibilité.

Brice | 17 juillet 2008 à 14h45
 
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Re:Des dollars toujours des dollars

L'euro (ou le dollar) est, à l'heure actuelle, la seule unité qui permette de lier la productivité (donc la richesse d'une personne, d'une entreprise, d'un pays) à la ressource (donc la richesse d'un territoire).

L'objet de l'étude est justement de trouver d'autres unités.
Si vous voulez vraiment avoir froid dans le dos, demandez à un assureur le prix d'une vie, je vous assure que la vie d'un Homme a une valeur (ce qu'il rapporte - ce qu'il coûte). Il est de même pour le reste des espèces : ce que le corail rapporte, ce que le corail coûte. Et la règle régissant l'équilibre est tout sauf une règle de trois, c'est plutôt une règle de deux : l'offre et la demande (même si l'offre ne correspond pas toujours à quelque chose de raisonnable mais le débat n'est pas là).

Par exemple : si on consomme x, qu'il y a x' de pertes, on produit au moins x+x'. A cette quantitié, correspond des emplois directs, ceux des prestataires, des fournisseurs, etc. Donc une diminution de la ressource peu entraîner une diminution de la production donc une diminution d'emplois donc une hausse de coût du produit (même demande, moins d'offre) et une hausse du coût social (des chômeurs). Le plus ironique, c'est que le coût n'est pas supporté par l'Etat mais par nous (impôts, achat du produit)!
Quant au coût environnemental, il correspond aux productions à venir : difficultés pour pérenniser la production de part la diminution des ressources (matières premières, combustibles transport, etc.) et l'impact de l'activité sur l'environnement (coût de dépollution, de traitement, etc.)

Il y a donc un coût à chaque chose et c'est une charge colossale que de tout ramener à une unité. Celle-ci ne servira d'ailleurs qu'à faire un diagnostic pour établir les nouveaux indicateurs qui aideront à la prise de décision en fonction de l'efficacité économique (qui dépendra, on l'espère, de la durabilité d'une activité).

Brice | 17 juillet 2008 à 15h10
 
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Re:Re:Des dollars toujours des dollars

Merci de votre réponse.
C'est bien ce que je pensais on va droit dans le mur.

gugu | 17 juillet 2008 à 17h55
 
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Re:Re:Re:Des dollars toujours des dollars

Mesurer en $ les pertes et les gains sera toujours très limité. L'économie écologique propose une nouvelle facon de voir les choses, beaucoup plus intégratrice, où l'économie humaine est en fait un sous-système de la nature et où l'unité de mesure est l'énergie.
Lisez Georgescu-Roegen, Joan Martinez Alier, Naredo.

Il y a des penseurs qui se demandent comment ne pas aller dans le mur, la question est si nous allons les écouter.

lectrice du Sud | 17 juillet 2008 à 20h14
 
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Re:Des dollars toujours des dollars

Bien d'accord avec vous, l'économie actuelle a le nez dans le guidon: l'argent et le sacro-saint PIB étant nos seuls indicateurs de "croissance", nous imaginons que tout peut se chiffrer en $ et qu'il suffira d'y mettre "le prix" pour réparer les dommages que nous causons à l'environnement. C'est faire abstraction de processus irréversibles et de la complexité du monde vivant dont il est bien présomptueux de penser que nous en avons des connaissances suffisantes pour nous permettre de pallier à tout incident grave. Par exemple : la concentration de gaz à effet de serre, la biodiversité, les stocks de ressources naturelles...

Pouvons d'autre part supputer des prix dans une économie qui serait complètement déstabilisée par les conséquences de nos modes de vie actuels? Cela semble aussi bien hasardeux...

L'économie a donc intérêt a revoir au plus vite ses indicateurs de croissance, sans doute verrons que nous sommes dans le rouge depuis bien longtemps.

kirlian | 18 juillet 2008 à 18h13
 
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sauvons donc la biodiversité!!!!!!!!!!!!

malgré que la quantification des pertes économiques causées par le déclin que vit le monde en ce qui concerne la biodiversité me parait complexe, mais je jure que ces valeurs citées par ce monsieur reflètent réellement ce que l'humanité est en train de perdre sans prise de conscience , les bases de calculs économiques doivent donc intéger la nature dans leurs listes afin de diminuer ces dégats désastreux pour les écosystèmes causés par l'action antropique sinon tout le monde va souffrir ultérieurement de cette négligence pour la nature, plus précieuse bien évidament que la dimond!

Sana Tunisia | 20 juillet 2008 à 13h41
 
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biodiversité et "coût environnemental"

cet article contribue à démontrer que les choses n'évolueront de façon significative qu'à compter du moment ou le coût financier sera associé au "coût environnemental" de toute activité, de tout produit.Cela suppose que "le politique" reprend la main sur "l'économique-financier", que les règles du commerce ne sont pas dictées par le marché mais par les principes du développement durable. Ainsi tout produit , toute activité doit être valorisée en cout global incluant le cout environnemental (impact chiffré du à la contribution au réchauffement climatique, à la perte de biodiversité )pour autant qu'on se donne les moyens "indépendants" d'en définir les règles ...

Anonyme | 22 juillet 2008 à 12h27
 
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Re:sauvons donc la biodiversité!!!!!!!!!!!!

Je suis d'accord avec toi il est temps de changer la biodiversité.
J'estime qu'on a pas le temps d'attendre 2010 pour savoir le cout de la vie, ou en tout cas contrairement aux assureurs, pour moi ce cout est inestimable que se soit ma vie ou celle de l'ensemble des bébètes
Je pense que chacun de nous qui commes sensibiliser devrai dans nos jardins ou par nos actions s'impliquer à la préservation de la biodiversité.
Par exemple en laissant des pelouses haute pour que les insectes (base de la chaine alimentaire puisse s'époanouir"
Planter dans son jardin des espèces indigène afin d'éviter les espèces invasives
Creuser des mares afin d'abreuver le monde vivant et surtout s'informer sur les plantes à choisir afin de ne choisir que de splantes indigènes, et ne pas y introduire de poisson.
Planter des haies économiser l'eau, toute ces bonnes pratiques sont des mesures simples que chacun devrait réaliser pour répondre aux gros pollueurs ...

titeuf | 22 juillet 2008 à 15h12
 
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Re:Re:sauvons donc la biodiversité!!!!!!!!!!!!

ce que vous avez proposé à propos de la préservation de la biodiversité est magnifique, très pratiques et facile à réaliser il ne demande qu'un minimum de conscience, ceci necessite des efforts à fin de sensibilser les gentd vis à vis de telles pratiques ceci en leur explicant la notion de biodiversité,les itérinaires de sa préservtion et sa valeur et statut économique pour toute l'humanité

Anonyme | 28 juillet 2008 à 13h39
 
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