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Réacteurs nucléaires de faible puissance : l'IRSN refuse un abaissement des règles de sûreté

Plébiscités dans le plan France 2030, les réacteurs nucléaires modulaires ont la côte au point que leurs concepteurs plaident pour un abaissement des exigences de sûreté pour limiter les coûts. Pas question, estime l'IRSN.

Risques  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Réacteurs nucléaires de faible puissance : l'IRSN refuse un abaissement des règles de sûreté

Comment encadrer la sûreté des futurs réacteurs nucléaires modulaires de faible puissance (SMR, pour Small Modular Reactors) mis en avant par Emmanuel Macron lors de la présentation du plan France 2030, ce mardi 12 octobre ? L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) vient de prendre position par le biais d'une note d'information consacrée au sujet : les standards de sûreté actuellement en vigueur ne doivent pas être abaissés au motif que les SMR seraient plus sûrs que les réacteurs de puissance plus importante. Au contraire, leurs avantages présumés doivent être mis à profit pour améliorer la sûreté nucléaire.

Cette note est publiée alors que, dans le cadre du plan France 2030, Emmanuel Macron a annoncé un soutien au développement de ces réacteurs de moins de 300 mégawatts.

Profiter des SMR pour renforcer la sûreté

D'emblée, l'IRSN pose l'enjeu. Les SMR se distinguent des réacteurs classiques par une simplification de la conception, une durée de construction réduite, la standardisation des composants et l'effet de série. Ces éléments doivent assurer la rentabilité économique des futurs réacteurs. Pour que la standardisation joue à plein, les concepteurs de SMR demandent donc une harmonisation des exigences de sûreté des pays intéressés. Surtout, « certains d'entre eux estiment que les exigences de sûreté devraient être adaptées ». Comprendre entre les lignes : ces réacteurs, présentés comme intrinsèquement plus sûrs, devraient bénéficier de règles de sûreté moins strictes que celles appliquées aux réacteurs « classiques ».

Hors de question, explique l'Institut : « L'IRSN estime au contraire qu'il n'y a pas lieu de revoir à la baisse les exigences de sûreté pour les SMR. » L'institut considère qu'au contraire « la simplification et les caractéristiques de sûreté inhérentes [doivent] bénéficier à la sûreté et à la démonstration de celle-ci au travers du respect de ces exigences ». Dans l'esprit de l'Institut, les avantages attendus des SMR en termes de sûreté devraient leur permettre de « pouvoir respecter des objectifs de sûreté plus exigeants que les réacteurs de forte puissance ». Le renforcement des exigences défendu par l'IRSN concerne les rejets en situation normale et accidentelle, y compris en cas d'accident grave, ainsi que la fréquence des accidents de fusion du cœur (accidents les plus graves).

 
Les caractéristiques du projet français L'IRSN rappelle qu'EDF travaille sur le projet Nuward, un réacteur à eau pressurisée de plus forte puissance (540 MW thermique), destiné à l'export. Ce réacteur bénéficie de la bonne connaissance des accidents associés à cette technologie (en particulier s'agissant de la rétention du corium) et de la combinaison d'éléments de sûreté passifs et actifs.
L'Institut met aussi en avant le fait que l'enceinte de confinement sera en métal (le taux de fuite est limité par rapport aux enceintes en béton) et sera plongée dans un bassin rempli d'eau (l'eau constituant une quatrième barrière de confinement).
 
Pourquoi cette prise de position ? Tout d'abord, l'IRSN ne semble pas favorable à une réduction a priori des attentes en matière de sûreté. L'Institut note que, pour l'instant, « la plupart des concepts [de SMR] font appel à des solutions techniques innovantes dont la faisabilité et l'efficacité restent à démontrer ». Actuellement, 70 concepts sont en développement : un est en fonctionnement, quelques autres sont à des stades avancés et l'essentiel des projets est encore en développement.

De même, l'Institut ne tient pas pour acquis le fait que la réduction de la taille des réacteurs soit synonyme d'un renforcement de leur sûreté. La démonstration devra faire l'objet d'« un examen détaillé ».

L'IRSN attend des preuves

Pour autant, au-delà de cette mise en garde, l'Institut note plusieurs éléments qui pourraient jouer en faveur d'une sûreté accrue. Le premier concerne la petite taille des réacteurs qui limite la quantité de matières radioactives en jeu et réduit la puissance résiduelle à évacuer en cas d'accident.

Deuxième aspect positif, la plupart des concepteurs travaillent sur des dispositifs passifs permettant d'évacuer en sept jours la puissance résiduelle en cas d'accident. L'IRSN tient à vérifier que ce délai s'applique bien à tous les accidents susceptibles d'intervenir. En outre, « la démonstration de sûreté [des systèmes de sûreté passifs] nécessitera la réalisation d'expérimentation sur des maquettes représentatives », ainsi qu'« une compréhension fine des phénomènes physiques en jeu ».

 
La démonstration de sûreté [des systèmes de sûreté passifs] nécessitera la réalisation d'expérimentation sur des maquettes représentatives, [ainsi qu'] une compréhension fine des phénomènes physiques en jeu  
IRSN
 

Trois autres aspects plaident pour une sûreté accrue. « Des choix de conception judicieux et le respect de règles de construction et d'exploitation rigoureuses » doivent permettre de réduire le risque de fusion du cœur. Quant à la taille réduite des composants critiques, elle plaide pour une bonne maîtrise de la qualité de fabrication et du contrôle en fabrication et en exploitation. Mais cette simplification a aussi un revers. L'IRSN craint « une utilisation potentiellement accrue d'équipements disponibles "sur étagère" qui pourraient ne pas avoir été conçus selon les règles et normes en vigueur dans le domaine nucléaire ».

Enfin, la petite taille permet d'envisager des réacteurs enterrés, ce qui les protégerait de certaines agressions (l'IRSN évoque les séismes, les chutes d'avion et les conditions climatiques extrêmes).

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