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Recyclage : les déchets plastique attisent les convoitises

La réforme de la reprise des déchets d'emballages en plastique et la multiplication des annonces d'implantations d'usines de recyclage chimique exacerbent la course pour sécuriser les gisements.

Décryptage  |  Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Recyclage : les déchets plastique attisent les convoitises

En mars, les pouvoirs publics entérinaient une réforme de la collecte des emballages ménagers qui a soulevé de vives critiques de la part des collectivités territoriales et des acteurs de la reprise et du recyclage des plastiques. Parmi ces reproches figure la crainte que le nouveau dispositif ait pour vocation de détourner une partie du gisement des usines de recyclage mécanique vers les futures usines de recyclage chimique. Et cela, à moindre coût, faute de concurrence entre acteurs. La concomitance de l'adoption de la réforme et des annonces de création d'unités de recyclage chimique a renforcé les craintes.

Aptitude au contact alimentaire

Pour les promoteurs de la réforme, l'objectif est clair. L'extension des consignes de tri et la reprise par Citeo des plastiques mal ou non recyclables permettent de massifier des flux pour que s'engagent les investissements dans des solutions de recyclage innovantes. Lors d'un colloque organisé en février par Amorce, Citeo a confirmé que les metteurs en marché veulent accélérer l'intégration de plastique recyclé dans les emballages. Pour ce secteur, qui concentre environ 40 % de la demande européenne en plastique, le sujet devient urgent puisqu'il n'emploie que 5 % de résines recyclées (selon les chiffres de Plastics Europe).

 
Le recyclage chimique est le seul moyen de recycler de grands volumes d'emballages en plastique souple et autres mélanges de polyéthylène (PE) et polypropylène (PP) en plastique recyclé de qualité alimentaire  
CGF
 
Et pour obtenir certains plastiques recyclés aptes au contact alimentaire, les industriels comptent sur le recyclage chimique, a expliqué Antoine Robichon. Mi-avril, seize multinationales ont confirmé les propos du directeur général adjoint de Citeo chargé de l'innovation. Elles estiment que « le recyclage chimique est le seul moyen de recycler de grands volumes d'emballages en plastique souple et autres mélanges de polyéthylène (PE) et polypropylène (PP) en plastique recyclé de qualité alimentaire ».

En l'occurrence, la réforme de la gestion des emballages plastique intervient justement au moment où les pouvoirs publics entendent accélérer le développement du recyclage chimique. Un appel à projets, financé à hauteur de 300 millions d'euros, propose un volet consacré à ces technologies innovantes.

Les annonces se multiplient

Parallèlement, les annonces s'emballent. Trois acteurs ont annoncé l'implantation d'usines de recyclage chimique de polyéthylène téréphtalate (PET) : l'américain Eastman compte investir un milliard de dollars dans une usine géante de 160 000 tonnes par an (t/an) ; le canadien Loop Industries et Suez vont en construire une de 70 000 t/an ; et Carbios en propose une de 50 000 t/an. Les deux premières unités devraient être implantées à Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime) et la troisième à Longlaville (Meurthe-et-Moselle).

Des projets, plus petits, sont aussi envisagés pour recycler du PE et du PP : ExxonMobil et Plastic Energy en portent un de 25 000 t/an à Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime), quand TotalEnergies et Plastic Energy travaillent à un autre de 15 000 t/an à Grandpuits (Seine-et-Marne). Quant au polystyrène (PS), les acteurs concernés ont annoncé, en janvier, vouloir développer la filière. Deux projets pourraient aboutir : celui de Pyrowave et de Michelin (une unité de 15 000 à 20 000 t/an à Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme) et celui d'Ineos Styrolution (une unité de 15 000 t/an à Wingles, dans le Pas-de-Calais).

Si, tous ces projets aboutissent, quelque 350 000 t/an de capacité de recyclage chimique devraient sortir de terre. À titre de comparaison, les membres du Syndicat des régénérateurs de matières plastiques (SRP), qui réunit 80 % des capacités de recyclage mécanique, ont annoncé avoir recyclé 535 000 tonnes en 2021. C'est donc une hausse d'environ 50 % des capacités françaises de recyclage qui se prépare. Et en amont de la réforme de la reprise des emballages plastique, les recycleurs n'ont eu de cesse de demander aux pouvoirs publics de garantir que ces nouvelles capacités ne se substituent pas aux leurs.

Sécuriser les approvisionnements

Avec la réforme, Citeo aura accès à une partie des déchets d'emballage dès la sortie des centres de tri. Indirectement, les metteurs en marché, représentés par l'éco-organisme, accèderont à la matière en amont du recyclage. Et cela, sans que les collectivités puissent négocier la reprise des résines puisqu'elles seront cédées en mélange et sans mise en concurrence.

Pour l'instant, explique un représentant de collectivités, la réforme ne change pas grand-chose puisque le flux concerné, dit « en développement », contient des plastiques sans grande valeur : les films en PE et PP, les emballages en PET foncé ou opaque, les barquettes en PET clair, les pots en PS et les emballages rigides complexes. Ce flux prend même une valeur négative puisqu'il doit passer par une étape de surtri. Mais, si les solutions de recyclage chimique tiennent leurs promesses, les collectivités ne pourront pas faire jouer la concurrence pour valoriser ces résines.

Un spécialiste du recyclage chimique confirme d'ailleurs que « sourcer la matière première sera le nerf de la guerre dans les années à venir ». D'une part, les volumes nécessaires sont importants et, d'autre part, les installations sont sensibles à la qualité des déchets en entrée. Et ce qui vaut pour les recycleurs, vaut aussi pour les utilisateurs de matière recyclée en aval. Les projets d'Eastman et de Loop industries ont déjà noué des partenariats pluriannuels pour fournir du plastique recyclé à d'importants producteurs d'emballages : Procter & Gambel, Danone, L'Oréal ou encore LVMH.

Le Cercle national du recyclage (CNR) estime même que la situation fait naitre « un potentiel conflit d'intérêts » : L'Oréal est à la fois au capital de Carbios et au conseil d'administration de Citeo, pointe l'association.

Le PET prend de l'avance

Les projets liés au PET cristallisent ces inquiétudes. Amorce explique que Citeo accédera directement à quelque 55 000 tonnes de PET coloré et 65 000 tonnes de barquettes en PET (si la collecte capte tout le gisement). La crainte concerne aussi (surtout ?) les bouteilles en PET clair qui se recyclent mécaniquement. Portés par l'obligation d'incorporer 25 % de recyclé en 2025, la demande des recycleurs et les prix de reprise sont au plus haut. La réforme n'empêche pas les collectivités de valoriser ces bouteilles comme elles le souhaitent, mais la consigne (ou le développement de robots de collecte) pourrait capter ce flux en amont du bac jaune. Près de 250 000 tonnes sont en jeu.

Certains observateurs estiment d'ailleurs que cette recherche de matière recyclée alimente un engouement pour le PET. « La question est dans la tête des metteurs au marché », estime Antoine Robichon, de Citeo, expliquant que, sans solution rapide, les producteurs vont devoir abandonner les résines non recyclables. Ils arbitrent donc entre le coût de développement du recyclage et les investissements à réaliser pour changer de résine. Comme l'a déjà anticipé Danone, en mai 2020, en annonçant l'abandon, d'ici à 2025, des pots de yaourts en PS au profit de pots en PET.

Et dans cette course à la recyclabilité et au recyclage, cette résine a pris de l'avance. Une étude du cabinet Xerfi, publiée en janvier, notait que son utilisation progresse. Elle rappelle aussi, qu'en 2025, les bouteilles en PET devront incorporer 25 % de résine recyclée pour se conformer à la directive européenne SUP (pour Single-Use Plastics). Et Xerfi confirme bien que les acteurs du recyclage mécanique font face à une double menace : le recyclage chimique et les manœuvres des utilisateurs finaux pour remonter la chaîne de valeur. Pour beaucoup, il ne fait pas de doute que la réforme de la reprise des flux « en développement » vient illustrer ces menaces.

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