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Grenelle II : les moyens nécessaires pour atteindre l'objectif de réduction des pesticides restent à définir

Si le Grenelle a acté une réduction de 50 % de l'utilisation des pesticides d'ici 2018, les moyens techniques et financiers pour parvenir à cet objectif n'ont pas été défini. Une étude publiée récemment souligne pourtant l'urgence de la situation.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
Depuis plusieurs dizaines d'années, l'agriculture française est sous assistance chimique, avec de lourdes conséquences pour l'environnement, la santé mais aussi le budget des agriculteurs… Ce cercle vicieux mène en effet les agriculteurs à une course permanente aux armements. Les produits chimiques ont une durée de vie limitée : ils sont rapidement contournés par la nature. De son côté, la société s'oppose de plus en plus à l'usage des produits phytosanitaires, en raison de leur dangerosité avérée pour la santé et l'environnement. Selon un sondage Ifop / MDGRF (mouvement pour le droit et le respect des générations futures) paru en octobre 2008, 95% des personnes interrogées jugent très important (70%) ou important (25%) que les agriculteurs diminuent de moitié la fréquence des traitements des cultures par des pesticides dans les 10 ans à venir. Ce sondage a été réalisé à l'issue des travaux du Grenelle de l'environnement qui soulignaient l'importance de réduire de 50 % l'utilisation de produits chimiques dans l'agriculture d'ici 2018. Un objectif voté lors de l'adoption du texte de loi Grenelle 1 à l'automne 2008 et précisé dans le texte Grenelle 2 qui devrait être soumis aux parlementaires au mois de mars. Si cette mesure a été largement applaudie par l'ensemble des associations de protection de l'environnement, de nombreux points techniques et financiers restent à définir selon elles. Une étude publiée le 5 janvier dernier par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) souligne l'urgence de la situation : en 2007, la quantité de fruits et légumes consommés en France non conformes aux niveaux autorisés en termes de résidus de pesticides serait en hausse.

Une contamination en hausse des fruits et légumes

Selon cette étude portant sur l'année 2007, les limites maximales en résidus (LMR) ont été dépassées dans 7,6 % des cas. Ce chiffre était de 6% pour l'année précédente d'après l'association MDRGF. Il y a toujours des variations interannuelles, constate François Veillerette, président du MDRGF. Mais pour 2007, la hausse importante de quasiment tous les indicateurs montre que nous ne sommes pas dans une dynamique de diminution de l'utilisation des pesticides. Il y a beaucoup à faire si l'on veut atteindre l'objectif de diminution de moitié d'ici dix ans.
52,1 % des fruits et légumes (contre 45 % en 2006) contiennent des résidus de pesticides avec 7,6 % de dépassement des limites maximales en résidus de pesticides en 2007 contre 6 % l'année précédente. Les fruits apparaissent très touchés : 70,3 % des fruits contiennent des résidus de pesticides (contre 65 % en 2006), 8,5 % sont non conformes (contre 5,5 % en 2006). Pour les céréales et les produits céréaliers, le taux de non conformité est de 8,2 % en 2007 contre 0,4 % en 2006.
2007 a été une année difficile pour les maladies. Mais cette étude prouve que globalement l'agriculture est très dépendante des pesticides. Nous n'avons pas changé la conception des cultures et des systèmes agricoles. Il va pourtant y avoir des évolutions à mettre en œuvre, note François Veillerette.

L'enjeu : redéfinir les modes de production et les systèmes de culture

Des évolutions que le Grenelle de l'environnement a bien cernées. Après avoir décidé de retirer du marché en 2008, 30 produits phytopharmaceutiques parmi « les plus préoccupants », le gouvernement précise dans le texte de loi Grenelle 2 ses orientations sur cette question. Deux axes sont privilégiés : la formation et l'encadrement. Toutes les personnes utilisant des pesticides dans le cadre de leur activité professionnelle devront être titulaires d'un certificat attribué par les pouvoirs publics. Ceci vise à attester d'une bonne connaissance des produits par les utilisateurs. Les jardiniers amateurs sont aussi concernés par le texte : la publicité en direction du grand public sera désormais interdite pour l'ensemble des produits phytosanitaires.
Si les associations saluent ces mesures, elles déplorent néanmoins un manque d'ambition. Le Grenelle de l'environnement fixe un cadre général mais n'est pas contraignant. Il s'agit pourtant de convaincre les agriculteurs sur le terrain. Pour cela, il faut mettre la recherche au travail. Il faut détailler culture par culture les zones de progression possibles et développer des nouveaux systèmes de production. Cela a marché pour le blé : aujourd'hui il est possible de produire autant de blé avec moitié moins de pesticides. On peut obtenir ces résultats pour d'autres cultures. Le problème est que le financement est insuffisant. Le plan Ecophyto* présenté par Michel Barnier amène un certain nombre de crédits. Mais les besoins sont supérieurs, analyse François Veillerette.
Réduire l'usage des pesticides suppose en effet de proposer aux agriculteurs des alternatives au tout-chimique. C'est l'ensemble des modes de cultures qui sont à redéfinir.
Les objectifs sont ambitieux, notait Nathalie Kosciusko-Morizet devant le collège des chambres d'agriculture en décembre dernier. Il faut développer de nouveaux itinéraires techniques, repérer, diffuser et former afin de sécuriser la production et les écosystèmes.
Un long chemin reste encore à parcourir afin que la France cesse d'être le mauvais élève de l'Europe en matière de consommation de pesticides…


* Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche a présenté en septembre dernier un plan d'action pour parvenir à l'objectif fixé par le Grenelle en matière de réduction des pesticides.

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