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La PAC : une politique malade d'archaïsmes

Alors que la Politique Agricole Commune devrait réussir à allier sécurité alimentaire, qualité environnementale et développement de l'agriculture paysanne, les réajustements démarrés en 2003 et qui se poursuivront dans les jours à venir avec le débat prévu l'Assemblée semblent bien loin de pourvoir corriger les distorsions absurdes inhérentes au fonctionnement même de cette politique européenne.

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La PAC : une politique malade d'archaïsmes
Yves Cochet
   
Le bilan de santé de la PAC débattue le 26 mars à l'Assemblée, n'est en réalité qu'une évaluation à mi-parcours du processus de réforme de la PAC démarré depuis 2003. On peut déplorer que cet exercice intermédiaire ait laissé passer une occasion importante de se saisir d'enjeux de plus en plus prégnants. Nous sommes face à un simple toilettage technique, à un réajustement qui ne vient pas corriger les distorsions absurdes inhérentes au fonctionnement même de cette politique européenne.

La Politique Agricole Commune reçoit énormément de critiques. On parle souvent de disproportion entre les sommes allouées et le nombre de personnes subventionnées. C'est vrai, mais là n'est pas l'essentiel. La PAC peut offrir un cadre de régulation favorable à l'environnement, à la qualité des produits et au maintien de la ruralité. Dans l'idéal, il s'agirait de l'instrument institutionnel de la souveraineté alimentaire du continent. A condition que la PAC demeure une politique de cohésion européenne, c'est-à-dire de solidarité entre les états et les régions. Le défi de cette grande politique européenne est de réussir à allier sécurité alimentaire, qualité environnementale et développement de l'agriculture paysanne. Aux vues des dispositions engagées, nous sommes loin du tournant nécessaire.

Nous aurions préféré une PAC plus axée sur la préservation des ressources naturelles, une agriculture de proximité qui valorise les milieux ruraux sur tout le territoire. La future PAC devrait accorder plus de place à l'alimentation de proximité, en soutenant par exemple les initiatives locales telles que les associations de maintien de l'agriculture paysanne (AMAP), qui permettent aux consommateurs de choisir le type d'agriculture qu'ils souhaitent pour leur fournir une alimentaire saine et sûre. La priorité environnementale affichée autrefois par ce gouvernement semble en perte de vitesse. On ne sait toujours pas quand aura lieu la 2ème lecture à l'Assemblée du Grenelle de l'environnement, initialisé durant l'été 2007. Encore moins du Grenelle 2, renvoyé en octobre au mieux et qui était sensé définir toutes les mesures techniques…

On constate les moyens dérisoires de ce bilan de santé. Sur le papier, on retrouve les mots magiques d'une communication ministérielle proche du marketing : « développement durable », « agriculture durable », « productions durables ». On peut relever les mots « biodiversité », « gestion de l'eau », « performance énergétique ». Il est bon que ces questions soient abordées. J'apprécie que le ministre ait eu le souci de les intégrer dans son fascicule de présentation. Néanmoins, il est très dommage de voir que les montants destinés à l'agriculture biologique demeurent insuffisants face aux enjeux et aussi face aux objectifs du Grenelle.
Notre engagement écologiste nous conduit à vouloir une PAC « agro-écolo », c'est-à-dire avec un esprit différent, qui transcende la logique libérale de cette politique européenne. Après un demi-siècle de course au productivisme agricole, les conséquences négatives sont nombreuses : monoculture céréalière dopée aux engrais chimiques, sols fragilisés, surconsommation d'eau pour une irrigation massive, effets sanitaires négatifs des pesticides.

Le 17 mars dernier, la Commission européenne a annoncé vouloir envoyer ses fonctionnaires en charge des questions agricoles faire des stages obligatoires à la campagne pour se faire une meilleure idée des réalités de terrain. Ce programme de stage dans les champs est intitulé « Expérience de la moisson » a pour but d'acquérir une meilleure compréhension des défis auquel le secteur agricole est confronté. Il serait bon que le cabinet ministériel de Monsieur Barnier s'inscrive à ce programme de formation. Car il nous faut changer de modèle agricole. Ce bilan de santé de la PAC porte bien mal son nom dans la mesure où il ne permet pas une réelle mutation des pratiques. L'agriculture industrielle n'est compétitive économiquement que parce qu'elle est sous perfusion des subventions publiques. La PAC devrait tourner la page du productivisme agricole et commencer à écrire celle de la durabilité et de la diversité.

Yves COCHET
Mathématicien, ancien Ministre de l'Environnement, Député de la 11e circonscription de Paris.

Les Chroniques de Corinne Lepage et Yves Cochet sont publiées tous les mois et en alternance, sur Actu-Environnement.

Réactions7 réactions à cet article

 
UNE EXCELLENTE IDEE !

Bonjour,
Enfin un peu de bon sens et de sagesse. Il était temps!
je suis entièrement d'accord. Que les fonctionnaires, et surtout les grands commis des états viennent faire un stage (mini 12 mois) aux culs des vaches, qu'ils puissent constater les abberations qu'ils provoquent et bien souvent le gaspillage. Je suis aussi volontaire pour en prendre un, voire deux si le cumul d'intellectuel n'est pas dangeureux.

1789-1793 | 26 mars 2009 à 07h44
 
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THEATRE AUX CHAMPS

Un peu de crotin sur les souliers vernis de ces messieurs les technocrates de salon pourquoi pas ?Mais cela ne changera pas grand chose

Vertaco | 26 mars 2009 à 08h03
 
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L'AGRICULTURE, L'ETERNEL PARENT PAUVRE

Un secteur agricole de plus en plus menez par le bout du nez,orienté par une technocratie déconnectée des réalités; un retard inquiétant dans la gestion de l'entreprise (production, finances, administratifs, sols, structures parcellaires par rapport à la mécanisation, rotations absentes ) une PAC qui maintient les paysans ligotés dans l'archaïsme, la routine dans des concepts d'un autre âge. MAIS LA PAC EST MAINTENUE NON PAS POUR LES PAYSANS MAIS POUR TOUS CEUX QUI TOURNENT AUTOUR ET QUI ENCAISSENT LA MOITIE DU BUDGET...

bertrand | 26 mars 2009 à 15h15
 
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Re:L'AGRICULTURE, L'ETERNEL PARENT PAUVRE

MOI, j'aimerais bien quelques explications supplémentaires sur tous ceux qui profitent de la PAC actuelle, QUIT Y TOURNENT AUTOUR ET QUI ENCAISSENT LA MOITIE DU BUDGET....
Merci

enmanquedeconnaissances.com | 26 mars 2009 à 16h44
 
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Oui à une PAC "agro-écolo"

Dans les nouvelles orientations de la Pac , il y a quand même quelques ingrédients d'une politique plus agro-écolo justement. Le trés fort soutien (700 miiions d'eurs quand même !)accordé aux éleveurs qui cultivent de l'harbe pour leurs animaux, plutôt que du maïs complémenté par des protéines importées type soja, avec 700 millions d'euros c'est pourtant pas une paille ! Quant à l'agriculture productiviste oui elle existe, oui elle a fait des dégats et elle en fait encore , mais moins. Et le "plan Barnier" en encourageant par exemple la production de protéines qui offrent le double avantage (surtout la luzerne) d'être sobres en engrais et en pesticides et d'éviter d'importer du soja la plupart du temps génétiquementmodifié n'est pas complètement à côté de la plaque; Et la luzerne par exemple, demandez aux agriculteurs bios, ils adorent!

lulu | 27 mars 2009 à 12h30
 
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Perfusion?

"L'agriculture industrielle n'est compétitive économiquement que parce qu'elle est sous perfusion des subventions publiques. "
Mr Cochet reproche ces subventions versées aux agriculteurs quel que soit leur mode de production (y compris "bio") en proportion de leur production, mais voudrait que la perfusion soit intensifiée pour les "bons' agriculteurs: les "bio"!

Comme le rappelle le commentaire "Oui à une PAC "agro-écolo"", les éleveurs de bétail sur prairie ou pâture, les producteurs de "bio" vont désormais, grâce à Barnier, recevoir beaucoup plus, ramené à la quantité produite, que les agriculteurs classiques!

"... la logique libérale de cette politique européenne." Qu'y a t'il de libéral à distribuer des subventions qui représentent plus que le revenu de beaucoup d'agriculteurs, à orienter une filière en fonction d'objectifs politiques arbitrairement définis à la suite d'un "Grenelle" avec des associations (ONG) qui ne représentent que quelques individus militants?

Cultilandes | 27 mars 2009 à 22h15
 
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Osons exprimer haut et fort, pour le bien de l'hu.

Les chefs d'entreprise agricole que sont les paysans, n'ont actuellement plus les moyens de financer leur outil de travail et encore moins leur travail.

Nous fuyons inévitablement vers l'insécurité et la dépendance alimentaire.

L'impératif ne doit plus être pour le moment de ce soucier de la traçabilité et de la qualité des produits agricoles fabriqués par nos paysans, car avec les citoyens, ils se sont donnés des moyens de contrôles couteux, mais efficaces et les résultats sont correcte concernant les produits sortants des fermes.

Il n'est pas non plus nécessaire de se borner à penser que notre planète ne peut et ne pourra nourrir sa population. Les avancées techniques et évolutions génétiques que nous montre la Nature et notre Environnement, nous permettront de subvenir à nos besoins alimentaires, voir même énergétique, si nous savons rester vigilant.

La pollution que l'on incombe souvent à tort à nos paysans est évidement réversible avec nos connaissances et observations actuelles.
Cette soit disant pollution qui n'est que le résultat d'une demande politique et citoyenne de mourir le pays à moindre cout depuis plus d'un demi siècle tout en gardant sous le coude les usines de productions de chimie de guerre fabriquant de l'explosif TNT et recyclée en engrais azoté pour les cultures, ou les pesticides de protection des cultures et jardins issue de la même recherche qui mis au point gaz moutarde, agent orange etc.

Jusqu' à présent, cela semble avoir permis de conserver une certaine paix sociale et sociétale.

Mais actuellement, la répartition faite entre le revenu du travail et celui du capital, ne permet plus à nos agriculteurs de vivre honorablement de leur labeur, de financer, renouveler leur outil de travail et d'innover dans leur métier.

La société doit éviter un désastre.
Elle doit faire en sorte que l'outil Agricole produisant la nourriture, un des premiers biens nécessaires à la Vie des Humains, reste entre les mains d’acteurs responsables, qui savent le faire prospérer, l'adapter à la demande des peuples par leur bon sens.
Nous devons éviter que le secteur primaire, qui est la base de toute société et sans lequel ne peuvent s'y développer les secteurs secondaire et tertiaire, ne tombe entre des mains de spéculateurs fonctionnarisés inadaptés aux problèmes humains et sociaux; avec tous le respect que je pense leurs devoir.
Il est urgent de prendre les moyens de redonner à nos Paysans la maitrise de leur profession, de leur vocation.

Ceci passe surtout par la prise de conscience des priorités de nos sociétés modernes, de la reconnaissance entre les individus et bien sur par des moyens financiers rapide et adaptés.
Etant les mieux placer pour faire pousser des cultures et élever des animaux, nos agriculteurs doivent pouvoir garder la maitrise de leur capital de production pour l'adapter efficacement, rapidement et honnêtement à leurs conditions de travail, aux aléas climatiques, aux risques de maladies, épidémies, fléaux, catastrophes naturelles et déviances humaines...

Les moyens financiers nécessaires à notre survie et indépendance alimentaire, ne sont pas à rechercher par l'augmentant les prix que les citoyens et consommateurs déboursent pour se nourrir, pour les produits vitaux ou de premières nécessités, mais bien par un glissement des marges économiques faites par les clients et fournisseurs directs de nos agriculteurs vers ces derniers, pour qu'ils puissent financer, pérenniser et développer durablement leurs entreprises agricoles.
C'est au prix de cette contribution indispensable, que les secteurs secondaire et tertiaire pourront espérer eux aussi ce projeter dans l'avenir, de façon durable et efficace.

N'oublions jamais que toutes les crises financières ne sont du qu'à un déséquilibre de fonctionnement de nos sociétés.
Qu'à cause de déséquilibres, dans le passé, des peuples en crise et leur civilisation, ont disparue de la planète en ne laissant pour certains des vestiges de pierres aujourd'hui dormant sous une flore luxuriante ou sous des millions de tonnes de sable.
Tout n'est qu'une question d'équilibre perpétuel et par la force des choses, notre monde retrouvera son équilibre.
Reste à savoir, si nous saurons prendre les moyens de faire parti de ce Nouvel Equilibre Mondial en évolution permanente. Si nos expériences passées et notre vigilance à venir, nous permettrons d'atténuer sur l'humanité, le poids et les impacts de cette perpétuelle recherche d'équilibre à laquelle nous tous sommes conviés...


Bien à vous
CG agriculteur-consultant

cguyonsc | 30 mars 2009 à 10h25
 
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