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Les régies de l'eau entendent conforter la résilience de la ressource face à la crise climatique

Les opérateurs publics de l'eau comptent bien renforcer leur action pour une approche "holistique" de la ressource : réduire la consommation, récupérer l'énergie, restaurer l'environnement des captages et bassins versants… Les pistes ne manquent pas.

Eau  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Si le changement climatique accentue le stress hydrique, la mauvaise gestion de la ressource en eau accentue en retour les effets du réchauffement : urbanisation, agriculture intensive, déforestation doivent être repensées et enrayées afin de stabiliser et de ménager la ressource à long terme. A l'occasion d'un séminaire co-organisé par Aqua publica europea et Eau de Paris, les opérateurs publics de l'eau en ont appelé à "constituer un cadre clair et cohérent de gouvernance de l'eau avec comme objectifs prioritaires de garantir l'avenir de la ressource sur un plan quantitatif comme qualitatif". Cet objectif passe par une réorientation des politiques agricoles vers un modèle plus sobre et moins polluant, ainsi qu'une meilleure prise en compte des coûts environnementaux par l'application plus stricte du principe pollueur/payeur.

Les intervenants ont plaidé pour une approche "holistique" de la gestion de l'eau, mettant en valeur les services régénératifs de l'eau en cinq "R" : réduire la consommation, réutiliser et utiliser l'eau de manière qualitative ciblée, récupérer l'énergie, recycler nutriments et matières, restaurer l'environnement des captages et bassins versants. La dimension participative de la gouvernance de l'eau a été mise en avant à travers cinq "I" : impliquer les citoyens, identifier les co-bénéfices, investir dans des équipes transdisciplinaires, instituer des politiques favorables, instaurer une gouvernance adaptée pour fonctionner à plusieurs échelles à travers le concept de WaterWise communities (communautés hydrologiquement responsables).

L'Ecosse, première nation "hydrologique"

Le gouvernement écossais s'engage résolument en faveur de sa vision stratégique de l'Écosse comme première "nation hydrologique" du monde, une nation qui "gère son environnement hydrologique au mieux en exploitant ses connaissances et son expérience avec efficacité sur son territoire comme à l'international". La loi écossaise sur les ressources en eau impose aux ministres écossais de prendre des mesures pour développer la valeur marchande et non marchande des ressources en eau de l'Écosse, devoir qui incombe aussi à l'unique service public de l'eau, Scottish Water.

En raison du coût élevé des mesures exigées pour protéger les sources d'eau potable, un programme d'incitations a été mis en place pour aider les gestionnaires des terres à financer la protection des sources dans la zone de captage et renforcer cette protection quand ces mesures sont plus draconiennes que la réglementation habituelle. Le programme écossais d'incitations en matière de gestion durable des terres vise des sites précis des zones de captage en Écosse. Pour Scottish Water, le service public de l'eau écossais, ces sites sont ceux où la pollution diffuse affecte la qualité des sources et où l'opérateur considère qu'un partenariat avec les gestionnaires des terres est susceptible de déboucher sur des avantages importants.

Une eau pure en Bavière

"Le changement climatique et en particulier des précipitations plus abondantes, ont une incidence sur la capacité du sol à filtrer l'eau. Par conséquent, il faut pomper l'eau dans des aquifères plus profonds, ce qui entraîne des investissements. Ceux-ci sont cependant nécessaires pour maintenir la qualité de l'eau potable d'Augsbourg, privilège que nous voulons continuer à offrir à nos usagers", a exposé Eva Sailer, de la direction de la protection de la ressource d'Augsburg Wasser, opérateur public des services d'eau de la ville allemande. Cela fait 130 ans que la ville d'Augsbourg a fait le choix politique d'alimenter les consommateurs en eau potable naturelle, c'est-à-dire non traitée. Dans les années 1980, en raison d'une agriculture plus intensive, la teneur en nitrates a augmenté et des pesticides ont été décelés pour la première fois dans les eaux souterraines. Pour lutter contre ce qui menaçait la qualité de l'eau, la compagnie des eaux de la ville d'Augsbourg a lancé un programme complet de protection des eaux souterraines. Celui-ci comporte la délimitation et le contrôle des périmètres de protection de captage d'eau potable, l'achat de terres agricoles et industrielles, des conseils aux agriculteurs et la mise en place avec eux de contrats obligatoires et incitatifs. Les agriculteurs dont l'exploitation se trouve dans les zones sous gestion ou à proximité de celles-ci sont tenus de signer un accord avec SWA Wasser GmbH.

Gouvernance multi-échelles en Alsace

L'Alsace dispose d'un patrimoine en eau particulièrement riche, avec une nappe phréatique rhénane de 2.800 km2 (35 à 50 milliards de m3), de nombreuses autres ressources en eau souterraine de moindre volume et un linéaire de 6.200 km de fleuves, rivières, ruisseaux et canaux. Toutefois, l'état de ces ressources s'est dégradé globalement, du fait d'une intense activité humaine, d'une absence de protection naturelle par les sols et d'échanges permanents avec les cours d'eau. Les deux principales pollutions sont les nitrates et les pesticides. Pour le Syndicat des Eaux et de l'Assainissement de l'Alsace-Moselle (SDEA), la préservation de la ressource passe par deux niveaux d'action : des actions immédiates de protection des captages d'eau et des actions de moyen/long terme. Le SDEA mise aussi sur une gouvernance au plus près des territoires. Dans cette structure, les collectivités ne sont pas dépossédées de leurs responsabilités : elles décident de la politique tarifaire, des investissements locaux et attribuent les marchés de travaux locaux.

L'implication des élus locaux dans les décisions a été saluée par la Chambre régionale des comptes d'Alsace, qui souligne qu'elle contribue à "renforcer le rôle des élus par rapport à la gestion locale et à développer l'esprit de responsabilité et de solidarité à tous les niveaux". Une réflexion est en cours sur l'inscription du syndicat dans le grand cycle de l'eau, dans une approche à l'échelle du bassin hydrographique. Pour Joseph Hermal, directeur général du SDEA, les valeurs sont essentielles, ce sont elles qui différencient public et privé. "Comment rendre tangible l'intérêt du public auprès des usagers ? Nous avons à montrer en quoi nous nous situons sur un autre terrain. Cela renvoie à la gouvernance : plus le projet sera partagé et entraînera l'adhésion, plus le service comptera d'ambassadeurs qui en assureront la promotion".

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