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“Le vin bio était jusque-là le passager clandestin de l'agriculture bio !”

L'Union européenne a adopté le 8 février de nouvelles règles pour le vin biologique. Dominique Marion, président de la Fnab, et Dominique Techer, vigneron bio et administrateur de la Fnab, saluent cette avancée qui marque un tournant pour les professionnels.

Interview  |  Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
“Le vin bio était jusque-là le passager clandestin de l'agriculture bio !”
Dominique Marion (gauche) et Dominique Techer (droite)
Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab)
   

Actu-Environnement : Le nouveau règlement européen sur le vin biologique représente-t-il une étape importante pour la profession ?

Dominique Marion : Jusqu'à présent, les règlements bio s'appliquaient seulement à la production de raisin. La vinification n'entrait pas dans ce cadre. En conséquence, les producteurs ne pouvaient pas apposer sur leur produit "vin bio" mais "vin obtenu à partir de raisins issus de l'agriculture biologique". Les consommateurs ne comprenaient pas pourquoi les raisins étaient bio, mais pas le vin. Nous demandions depuis des années un règlement, c'est donc une victoire pour nous. Enfin, nous pourrons vendre du "vin bio" !

Dominique Techer : Nous allons enfin pouvoir parler de vin bio sans avoir la répression des fraudes sur le dos ! Jusqu'à maintenant, nous faisions du vin bio de fait, mais pas de droit. Depuis 2005, par dérogation, nous pouvions seulement utiliser le logo AB. Le vin bio était jusque-là le passager clandestin de l'agriculture bio ! J'avais entamé une démarche de certification privée, étant donnée qu'il n'en existait pas d'officielle, mais j'étais traité comme un criminel car j'utilisais la mention "vin bio" ! Ce règlement est un grand pas en avant.

AE : Etes-vous satisfaits du cahier des charges adopté ?

DM : Ce texte est issu d'un consensus. Il a fallu trouver un compromis avec l'ensemble des vignerons européens : les Allemands, les Autrichiens, les Espagnols, les Italiens. Nous aurions aimé obtenir un texte plus ambitieux, mais nous n'allons pas faire la fine bouche : nous attendions ce texte depuis dix ans, il est très important pour nous. Ce règlement est une étape, qui nous permettra de travailler par la suite à l'élaboration d'un cahier des charges plus ambitieux.

DT : L'objectif n'était pas de faire un règlement élitiste mais un règlement qui encadre un vin significativement différent du vin conventionnel. Etant donné la diversité des régions concernées par le règlement, il était difficile d'arriver à un texte qui satisfasse tout le monde. Les cultures sont différentes, les enjeux techniques aussi. Nous sommes parvenus à un compromis raisonnable tout en évitant la proposition de zonage, qui consistait à adopter des autorisations différentes selon les régions viticoles. Cela n'aurait eu aucun sens. Un vin de table n'est pas "localisé". Pour pouvoir profiter d'une réglementation plus souple, j'aurais pu envoyer mon vin dans la région la moins stricte… Nous avons également échappé au modèle allemand ultrasulfité ! Les Allemands produisent un vin très sucré, qui nécessite l'utilisation de beaucoup de sulfites pour éviter la fermentation. Cela a été un grand point d'achoppement, mais nous sommes satisfaits des limites fixées par le texte final (100 mg par litre pour le vin rouge contre 150 mg/l pour le vin traditionnel). Autre point positif : le règlement fixe une liste positive des intrants et des procédés. On évite ainsi le biais d'une liste négative qui autorise, par défaut, de nouveaux procédés peu conformes avec l'esprit du bio. En revanche, nous aurions aimé que le règlement interdise les copeaux, ce qui n'est pas le cas. Nous aurions également souhaité qu'il restreigne l'utilisation des levures aux seules endogènes : pour nous, c'est une autre expression du terroir. Or, le règlement autorise les levures exogènes à condition qu'elles ne soient pas OGM. Cela ouvre la voie aux levures aromatiques, cela n'a pas de sens. Le bio, c'est garder l'authenticité du produit qu'on a essayé de faire le plus naturellement possible. Ce règlement est un pas, à nous désormais de définir un cahier des charges plus strict dans le cadre de BioCohérence.

 
Un marché en pleine expansion Selon l'Agence bio, fin 2010, plus de 6 % des surfaces viticoles françaises étaient bio (50.268 ha), en hausse de 28 % par rapport à 2009. Les surfaces de vignes biologiques ont plus que doublé entre 2007 et 2010 et elles pourraient encore doubler d'ici 2013 avec les surfaces actuellement en conversion.
La valeur des ventes en France de vins issus de raisins bio a été estimée à 322 M€ en 2010, soit une progression de 8 % par rapport à 2009. En 2010, ce secteur représentait 10 % de la valeur du marché des produits bio en France. Selon l'Institut technique de l'agriculture bio (Itab), plus de 60 % des ventes de vins bio concernent le marché à l'export. Deux régions seraient particulièrement en avance dans ce domaine : le Languedoc-Roussillon (52 % de la production exportée) et le Sud-Ouest (30 %). Avec la certification européenne de la vinification bio, le marché à l'export devrait croître davantage.
 
AE : Que représente le marché du vin bio aujourd'hui ?

DM : Le vin bio est un produit que la France exporte beaucoup. En Alsace par exemple, 20 % des exportations de vin sont en bio. Il y a quelques années, on disait que le bon vin bio n'existait pas. Mais tout le monde viticole a travaillé, s'est professionnalisé et il existe aujourd'hui sur le marché des vins bio de très bonne qualité.

C'est un secteur très dynamique, qui connait de plus en plus de conversions. Dans le bordelais, de grands châteaux se convertissent au bio. Dans le Languedoc-Roussillon, on dénombre 500 conversions au cours des deux dernières années. En Côte d'Or, 11 % des viticulteurs sont en bio. La raison ? Le vin est identifié comme un produit de qualité, y retrouver des traces de pesticides pose problème. Dans la relation avec le client, le bio est un plus. Face au marasme de l'agriculture, certains professionnels voient dans le bio une opportunité. L'usage des pesticides dans la vigne pose également un véritable problème sanitaire. Il y a une véritable lame de fond morbide dans le secteur. De nombreux producteurs sont malades. Il y a une véritable prise de conscience. La reconnaissance par la justice de l'intoxication de l'agriculteur Paul François par un herbicide va accélérer cette prise de conscience.

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