En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

La réglementation sur l'incorporation de radionucléides dans des biens de consommation devrait évoluer

Le HCTISN propose de revoir la règlementation sur l'incorporation de radionucléides dans les biens de consommation. A terme, le sujet pourrait concerner la gestion des déchets radioactifs de très faible activité.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Depuis 2012, le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) travaille sur l'"addition intentionnelle de radionucléides dans les biens de consommation ou les produits de construction". Le sujet, particulièrement sensible, pourrait concerner à terme le recyclage de certains déchets radioactifs de très faible activité (TFA). Début octobre, le HCTISN a rendu son avis. Il propose de réviser la réglementation et d'encadrer les demandes d'incorporation.

Revoir le régime dérogatoire

Normalement, la réglementation française interdit la dispersion de radionucléides dans les produits de construction et de consommation. Toutefois, en mai 2009, un arrêté a créé un régime dérogatoire. Ce régime a été critiqué dès l'origine, notamment par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui avait rendu un avis défavorable au motif que le projet d'arrêté "[tendait] à banaliser la délivrance de dérogations". Les pouvoirs publics ont publié l'arrêté, passant outre cet avis.

Aujourd'hui, le HCTISN propose de revoir ce texte pour "[renforcer le] principe de justification des pratiques conduisant à l'addition de radionucléides dans les biens". Il s'agit de le mettre en conformité avec la réglementation européenne. Ce principe vise à inciter les industriels à rechercher des technologies permettant de réduire le recours aux rayonnements ionisants. L'ASN estimait dans son avis que son application actuelle laisse à désirer. Elle reprochait notamment à l'arrêté de se focaliser sur les seuls risques sanitaires, alors qu'il faudrait prendre en compte l'ensemble des inconvénients.

Prévoir une "information" en vue du recyclage des produits

Le Haut comité propose aussi que les demandes de dérogation fassent l'objet d'une consultation publique. Celle-ci devrait porter sur une synthèse non technique du dossier. Le HCTISN s'appuie ici sur la déclinaison législative du principe de participation du public prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement.

L'incorporation de radionucléides dans des biens de consommation pose aussi un problème de suivi à long terme. Que deviennent les radionucléides lorsque les biens deviennent des déchets et sont recyclés ? Comment s'assurer que les matières recyclées à partir de ces biens ne soient pas incorporées dans des produits sensibles ? Le HCTISN propose de prévoir systématiquement dans le dossier de demande de dérogation "une information" relative à la gestion de déchets. Enfin, dans le même esprit, il propose que les pouvoirs publics demandent officiellement à la Commission européenne de créer un registre des dérogations accordées par chaque Etat membre. Actuellement, l'arrêté français prévoit que la liste des produits concernés par une dérogation soit publiée sur le site internet du HCTISN.

Saturation du site de stockage des déchets TFA

Les dérogations accordées jusqu'à maintenant concernent des produits nécessitant l'incorporation de radionucléides pour leur bon fonctionnement. C'est le cas, par exemple, de certaines lampes à décharge qui incorporent du krypton 85 ou du thorium 232. Mais, progressivement, le régime dérogatoire pourrait concerner des déchets de très faible activité (TFA). C'est tout au moins la crainte de certains acteurs. En 2009, il s'agissait d'un des trois motifs qui justifiaient l'avis négatif de l'ASN. L'Autorité rappelait que "la position constante" de la France avait pour but d'"éviter la dilution des déchets comme mécanisme d'élimination, notamment en les ajoutant à des biens de consommation".

Aujourd'hui, le sujet prend une nouvelle tournure avec l'augmentation des déchets TFA issus du démantèlement des installations nucléaires. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) estime que les démantèlements devraient en générer 2,2 millions de m3, hors gestion des sols pollués. Mais le Centre industriel de regroupement, d'entreposage et de stockage (Cires) de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) ne peut guère en accueillir que 650.000 m3. Le site, situé à Morvilliers (Aube), devrait être saturé vers 2025.

Les appels au recyclage de certains TFA se multiplient

Le problème est suffisamment sérieux pour perturber d'ores et déjà le secteur. Le démantèlement des réacteurs de recherche de Grenoble (Isère) a déjà été confronté au problème. De même, l'Autorité environnementale et l'IRSN expliquent que le démantèlement de l'usine d'enrichissement d'uranium Eurodif (Drôme) a été lancé sans réelle solution de gestion des déchets TFA au-delà de 2025. L'"absence de filière d'évacuation des déchets TFA pourrait mettre en cause l'échéancier de réalisation du démantèlement", alerte l'IRSN. Si tout se passe bien, le chantier devrait déjà s'étirer jusqu'en 2050.

Dans ce contexte, le "recyclage" de ces déchets est une option qui prend de l'épaisseur. Areva étudie par exemple la valorisation d'une partie des métaux issus du démantèlement d'Eurodif. Une des possibilités consiste à recycler certains déchets dans le domaine nucléaire. Les métaux pourraient être réemployés pour fabriquer des contenants de déchets radioactifs et les gravas pour réaliser des travaux de terrassement sur les sites nucléaires. Mais cela ne répond pas à l'ampleur du problème. En 2012, l'ASN expliquait que le modèle économique de ce recyclage au sein de l'industrie nucléaire était précaire, ce qui conduit les industriels du nucléaire à défendre la valorisation de certains déchets TFA à l'extérieur de l'industrie nucléaire. Une option que refusait alors l'Autorité de sûreté nucléaire pour des raisons de traçabilité.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…