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Etang de Berre : « maintenant il faut arriver à fédérer »

Fin septembre une mission parlementaire proposait plusieurs pistes pour accélérer la réhabilitation de l'étang de Berre. Retour avec Didier Khelfa, président du syndicat mixte Gipreb sur les options proposées notamment concernant la gouvernance.

Interview  |  Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
   
Etang de Berre : « maintenant il faut arriver à fédérer »
Didier Khelfa
12e vice-président de la Métropole d’Aix Marseille, délégué au budget, aux finances, maire de Saint-Chamas et président du syndicat mixte Gestion intégrée prospective et restauration de l'étang de Berre (Gipreb)
   

Actu-Environnement : La situation de l'étang de Berre s'est un peu améliorée avec la limitation des rejets de la centrale hydroélectrique, mais reste très loin du bon état écologique demandé par la Directive cadre sur l'eau. Beaucoup de rapports et d'expertises ont été produits sans que les solutions proposées ne soient réellement mises en œuvre. Comment expliquez-vous cette situation de blocage ?

Didier Khelfa : L'ensemble des acteurs de l'étang ont essayé de se faire entendre avec leur vision, leur prisme pour faire aboutir leur solution idéale : pour certains c'était la dérivation de l'eau douce actuellement déversée dans l'étang, pour d'autres la fermeture de la centrale hydroélectrique ou encore l'ouverture du canal du Rove, etc. Le problème rencontré a été la dissonance entre ces différentes voix. Je vais paraphraser le maire de Martigues, Gaby Charroux, qui disait que nous avons trop longtemps travaillé les uns contre les autres…Je crois qu'il a raison, maintenant il faut arriver à fédérer.

AE : Les deux derniers rapports sur la réhabilitation de l'étang ont estimé qu'il y avait un manque dans la gouvernance, l'échec de la réouverture du tunnel du Rove en est un exemple…

DK : L'échec de la réouverture du canal du Rove montre de ce qui peut arriver si nous ne parlons pas tous le même langage. Nous ne nous sommes notamment pas entendus sur qui portait la solution, quelle quantité d'eau devait être injectée, etc.

Peut-être que, nous, les élus locaux nous aurions pu accepter certaines propositions de l'Etat de l'époque… Je prends ma part de responsabilité en tant qu'élu. Désormais il faut aller de l'avant : nous aurions intérêt à privilégier une multitude de petites solutions qu'une grande opération après laquelle nous courrons pendant des années. Les questions touchent un territoire tellement grand que l'Etat et les collectivités territoriales doivent travailler main dans la main : nous devons trouver des solutions et les mettre en œuvre ensemble.

AE : La mission parlementaire propose, comme chef de file local, le Gipreb avec la prise de la compétence Gemapi ou la métropole d'Aix-Marseille-Provence. Qu'en pensez-vous ?

DK : Nous devons étudier quel est l'acteur qui pourrait être le plus efficace et le plus rapide à mettre en œuvre les actions : est-ce le Gipreb, plus léger, avec sa gestion autonome ou la métropole avec sa force financière et sa capacité à mobiliser ?

AE : La mission parlementaire propose également l'élaboration d'un schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (Sage), qui sont notamment opposables. Quels sont les points de blocage à lever ?

DK : Les points de blocage vont être par exemple qui va porter le Sage, quels sont les partenaires, quelle place allons-nous donner à ces partenaires ? Car cela va impliquer la disparition de certains acteurs. Dans tous les cas, il faudra réunir l'ensemble des parties prenantes autour de la même table. Nous ne pouvons plus travailler chacun dans notre coin et faire nos propres propositions, nous ne sommes plus audibles : le monde associatif propose une piste, les élus une autre, l'Etat encore une autre… Nous devons parler d'une seule voix pour se faire entendre au niveau de l'Etat. Et pour cela se mettre autour de la même table, cela pourra également se faire à travers un nouveau contrat d'étang, renforcé, avec plus de moyens.

AE : Le rapport parlementaire montre toutefois que le contrat d'étang en place n'a pas été suffisant pour véritablement enclencher des actions.

DK : Le contrat d'étang - avec les faibles moyens qu'il arrive à mobiliser - a déjà mis en place un certain nombre d'actions : l'amélioration des rejets d'eau usée, l'aménagement de certaines rives, la réouverture de plages. Les habitants se sont réappropriés l'étang. C'est la politique des petits pas, mais elle peut être efficace à un moment donné.

AE : Il reste des problèmes de déversement d'orage, de gestion des eaux pluviales mais également de mauvais branchements. Qu'est ce qui pourrait être mis en place de façon concrète pour que cela change ?

DK : Un accompagnement des collectivités pour la modernisation de leurs stations d'épuration est nécessaire. Cela ne pourra se faire qu'à l'échelle métropolitaine puisque la métropole a pris la compétence assainissement et la gestion des eaux pluviales.  Il faudrait renforcer la police de l'eau et avoir des moyens coercitifs qui nous permettent de lutter contre les déversements par temps de pluie. Il n'est pas normal que nous devions systématiquement prendre des arrêtés d'arrêt de baignade. Un projet de station d'épuration demande plusieurs années pour sa mise en place, des financements et ensuite un suivi de son fonctionnement donc nous retombons sur la question des moyens. Il faudra travailler sur le programme pluriannuel pour renforcer et optimiser nos stations d'épuration. Mais l'impact ne pourra être que mesuré car les rejets de stations ne représentent moins de 10 % de l'ensemble des rejets dans l'étang.

AE : Parmi les pistes proposées par la mission parlementaire, certaines reprennent vos options, dont une nouvelle diminution des rejets de la centrale hydroélectrique, une dérivation, vers le Rhône, de l'eau douce actuellement déversée par EDF et la réouverture du canal du Rove. Qui pourrait porter ces projets et avec quels financements ?

DK : Nous pensons que la solution optimale serait la dérivation. Sur un projet comme celui-ci qui nécessite plusieurs milliards d'euros de travaux, il n'y a que l'Etat ou une très grosse collectivité - pourquoi pas la métropole – qui pourrait l'assumer. Les solutions qui avaient été envisagées à une époque permettaient à l'Etat d'engager des travaux et dans le cadre de la concession passé avec EDF de pouvoir très rapidement les amortir. Désormais les études doivent être actualisées. La dérivation demandera du temps pour sa mise en œuvre, entretemps d'autres solutions devront être engagées. Les députés proposent ainsi une nouvelle réduction de moitié des plafonds de rejet d'eau douce dans l'étang pour atteindre un quota de 600 millions de mètres cubes (m3). Ils se basent sur l'année 2019 où EDF a turbiné que 530 millions de m3 et l'étang s'est régénéré. Une compensation pourrait passer par un détournement d'eau : turbiner sur les centrales en amont puis après le turbinage de renvoyer une partie vers la nappe de la Crau par exemple. Depuis quinze ans, EDF poursuit son expérimentation du lissage et de la réduction des rejets alors qu'initialement elle était prévue pour quatre ans, à un moment donné, il faut agir.

Concernant la réouverture du canal du Rove, il faut réajuster et réactualiser les projets…Parmi les causes de l'échec de ce projet, figurent également une surestimation du coût des travaux.

Pour mobiliser des financements, la piste la plus probable reste malheureusement les collectivités : un soutien européen est hypothétique et nous connaissons les difficultés financières de l'Etat. Toutefois je ne désespère pas que si nous discutons ensemble nous pourrons trouver des solutions. Cela fait un moment que nous ne sommes pas autour de la même table.

AE : Pouvez-vous me préciser les motivations de votre plainte au printemps dernier auprès du Tribunal de Marseille ?

DK : L'objectif de notre plainte déposée auprès du tribunal correctionnel de Marseille est de faire reconnaître la responsabilité d'EDF dans le phénomène de la malaïgue, cette dégradation de la qualité de l'étang observé en 2018. Nous voulons démontrer qu'il est nécessaire de réduire les rejets. Selon nous lorsque EDF turbine au maximum autorisé en période estivale, cela abouti à des catastrophes.

Réactions2 réactions à cet article

 

Difficile à comprendre pourquoi une centrale électrique puisse polluer un étang en aval.
il ne doit pas avoir juste cet affluent pour cet étang immense.
On connait bien le fonctionnement approximatif des centrales d'épuration, donc rejets expédiés à part me semble un minimum.
Il y a aussi le problème des pluviales sur les centrales d'épuration.
Et si on s'en débarrasse, tout en éliminant toute fosse septique devenue illégale sur le versant de l'étang, la question de la pollution se posera beaucoup moins.
Soit faire payer les pollueurs.

pemmore | 26 octobre 2020 à 11h32
 
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Et la production d'électricité d'EDF, elle est utilisée à quoi ? A climatiser les salles de réunion ? Le problème des rejets EDF serait-il la dessalinisation de l'étang ?
Concernant l'assainissement autonome (fosses septiques), si il est correctement mené (même pour certaines "devenues illégales"), son impact sur l'étang doit être proche de zéro. Il pourrait même être bénéfique au développement de la végétation locale...

Albatros | 26 octobre 2020 à 16h52
 
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