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Rejet des boues rouges de Gardanne : l'enquête publique reportée

Ségolène Royal a demandé à l'usine d'alumine Alteo de nouvelles analyses sur la contamination des poissons exposés aux effluents issus du traitement des boues rouges, suite à un rapport de l'Anses alors que le BRGM juge les filtres presse pertinents.

Eau  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
Rejet des boues rouges de Gardanne : l'enquête publique reportée

A la demande de la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal, le préfet des Bouches-du-Rhône a suspendu le 3 avril la procédure d'enquête publique visant à autoriser en 2016 l'usine d'alumine Alteo (ex Péchiney) à Gardanne à rejeter, au large du parc national des Calanques près de Marseille, les effluents liquides issus du traitement de la bauxite (boues rouges).

Depuis 1966, cette usine bénéficie du droit de rejeter les résidus solides du traitement de la bauxite à une profondeur de 230 m dans le canyon de Cassidaigne, en plein cœur marin du parc. Cette autorisation prévoit la fin de tout rejet en mer Méditerranée de matières en suspension au 31 décembre 2015, conformément à l'arrêté préfectoral de 1996.

Alteo (rachetée par HIG Capital en août 2012) a déposé le 19 mai 2014 une demande d'autorisation, au titre des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), afin de continuer à rejeter au large de Cassis les effluents liquides de ses traitements à compter du 1er janvier 2016. La société a investi dans la construction de trois filtres presse destinés à valoriser par déshydratation les résidus solides de bauxite qui seront stockés sur son site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône). Reste toutefois le rejet en mer des eaux excédentaires en sortie de ces filtres, qui devait faire l'objet d'une enquête publique, prévue du 20 avril au 5 juin, auprès des 27 communes concernées.

Alors qu'Alteo avait obtenu le feu vert en septembre 2014 du parc national des Calanques pour poursuivre pendant 30 ans le rejet des effluents liquides résiduels issus de ce process de fabrication, Ségolène Royal s'y était opposée. Elle avait alors saisi en octobre dernier l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) afin d'analyser l'impact de ces rejets liquides sur la contamination des poissons ainsi que le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) chargé d'étudier, de son côté, l'efficacité de ces filtres presse pour supprimer les boues rouges et les technologies alternatives. L'Anses et le BRGM viennent de publier leurs conclusions.

BRGM : filtres presse, une solution "pertinente"

Cette filtration génère des effluents liquides résiduels pour lesquels sept paramètres ne respectent pas les valeurs limites de l'arrêté ministériel du 2 février 1998, pour les rejets liquides des ICPE en milieu naturel : "pH, matières en suspension, aluminium, fer, arsenic, DCO et DBO5", indique le BRGM. Alteo a choisi "la solution filtration sous pression avant rejet en mer" pour traiter ces effluents liquides. Cette solution permet d'éliminer les matières en suspension et donc les métaux associés "d'où un abattement de 65% pour l'arsenic, de 82% pour l'aluminium et de plus de 99% pour le fer". Malgré "ces forts taux d'abattement", les teneurs résiduelles restent supérieures aux valeurs limites de l'arrêté générique de 1998, prévient-il.

Le BRGM n'a pas identifié de technique permettant de supprimer totalement les effluents liquides. "Une telle solution existe, mais nécessite de vastes bassins de décantation et d'évaporation des eaux (lagunage). L'emplacement géographique de l'usine ne permet pas sa mise en œuvre", explique-t-il. Les cinq alternatives au rejet en mer proposées par Alteo peuvent être "écartées en raison d'incertitudes sur l'applicabilité de certaines techniques et/ou de leur coût excessif". Le rejet en mer des eaux excédentaires "nous semble donc inévitable dans le contexte de l'usine de Gardanne", conclut le BRGM. La solution "filtre presse puis filtration sous pression avant rejet en mer" apparaît donc "pertinente" pour le BRGM. "C'est la seule solution opérationnelle à fin 2015 qui ne remet pas en cause la continuité de l'activité industrielle", souligne-t-il.

Anses : lacunes des données sur les poissons impactés

Mais le report de l'ouverture de l'enquête publique de "plusieurs semaines", décidée par la préfecture est lié aux "réserves" de l'Anses qui "n'est pas en mesure de conclure avec précision" sur l'impact des rejets actuels et futurs sur la contamination des poissons. L'Agence sanitaire a en effet pointé des données insuffisantes fournies par l'exploitant dans son dossier d'autorisation ICPE : échantillonnage inférieur à 30 spécimens par espèce et nombre faible d'espèces prélevées (dorade, mérou, grondin, rascasse, maquereau, roussette merlu …) lors des deux campagnes de pêche commandées par Alteo en 2004 et en 2013. Or, les céphalopodes et les oursins n'ont pas été recherchés par l'exploitant alors que ce sont des espèces "couramment pêchées en Méditerranée et débarquées dans les ports autour de Marseille", regrette l'Anses.

Le dossier d'Alteo indique également que la présence de mercure et d'arsenic dans les poissons de Méditerranée est "connue et résulte de l'historique de pollution industrielle dans les rades de Marseille et Toulon" et avance "l'hypothèse qu'aucun rejet de mercure n'est attendu avec le futur procédé puisqu'un taux d'abattement de 99,95% a été simulé en laboratoire". Mais l'analyse statistique menée par l'Anses relève une concentration moyenne en mercure "plus élevée pour les poissons prélevés dans la zone de rejet (Alteo) que ceux prélevés dans le golfe du Lion et dans la zone Méditerranée au sens large". L'Anses pointe également "les lacunes" de caractérisation des niveaux de contamination des poissons en aluminium, "traceur principal du rejet au regard de zones non impactées". Quant à l'exposition alimentaire, l'Anses a mis en évidence des "dépassements" de la valeur toxicologique de référence pour l'exposition alimentaire moyenne de plusieurs contaminants : arsenic, mercure, chrome et dioxines/furanes/PCB-DL (Polychlorobiphényles Dioxin-Like).

Les rejets de boues rouges composés principalement de fer, d'alumine, de silice et de titane représentent plus de 20 millions de tonnes cumulées épandues dans, et autour, du canyon de Cassidaigne. "Certains des métaux présents dans ces résidus sont capables de s'accumuler dans les organismes et de présenter à plus ou moins long terme une toxicité pour le biotope. Les concentrations en contaminants chimiques, et notamment en chrome et en titane, sont très élevées dans les sédiments", a ajouté l'Anses.

L'Agence sanitaire recommande par conséquent à Alteo de réaliser des prélèvements complémentaires d'espèces de poissons et d'invertébrés et d'inclure d'autres sites en Méditerranée, afin de compléter son dossier d'autorisation ICPE. Ségolène Royal a demandé à l'exploitant une nouvelle campagne de pêche "permettant de conclure sur l'impact effectif des rejets actuels de métaux lourds sur la chaîne trophique : mercure, aluminium, arsenic, plomb, chrome, cobalt". L'Anses sera associée à la conception du plan d'échantillonnage et désignera le laboratoire chargé de mesurer la contamination des poissons prélevés, a-t-elle précisé. Ces nouvelles analyses seront intégrées au dossier d'enquête publique "pour assurer la complète information de la population", a souligné le préfet des Bouches-du-Rhône.

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