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Relance des chantiers de l'eau : la filière s'organise

Un avenant au contrat de filière eau devrait être signé d'ici l'été. Il vise le renouvellement des infrastructures, les métabolites de pesticides et la gestion des boues. Dans cette optique, la filière pourrait être confrontée à un déficit de compétences.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com

Un avenant au contrat de filière eau devrait être signé d'ici l'été entre les acteurs de la filière française de l'eau et les ministères de la transition écologique et de l'industrie, selon la filière française de l'eau.  Son objectif ? Accentuer la commande publique territoriale, notamment dans le contexte de la crise sanitaire. « À l'issue de l'année 2020 par rapport à 2019, nous avons enregistré une baisse d'activité pour les études, conceptions, constructions dans le secteur de l'eau de 23 %, indique David Colon, délégué du Comité Stratégique de la Filière Eau, vice-président de la confédération Filière Française de l'Eau. Même si elle repart à la hausse, nous constatons un sous-investissement des collectivités territoriales sur le secteur et cela se répercute sur l'état des infrastructures vieillissantes ».

Le contrat de filière initial avait été signé avec l'État à l'occasion du Carrefour des gestions locales de l'eau (CGLE) à Rennes fin janvier 2019. Il se déclinait autour de cinq projets structurants dédiés à la gestion des données, au développement de nouvelles technologies et à la formation professionnelle. Certains objectifs comme la création d'une filière française de la biosurveillance, le lancement du programme d'accompagnement « l'Accélérateur Eau » dédié aux TPE et PME ou une étude sur les compétences et la formation à l'échelle du secteur ont d'ores et déjà été réalisés.

50 % des boues de stations d'épuration méthanisées

L'avenant, en cours de finalisation, fait l'objet de discussions avec le cabinet du ministère de l'Industrie, mais désormais aussi avec celui de la Transition écologique. Il devrait intégrer trois grands types de chantiers identifiés par la filière : tout d'abord, le soutien au renouvellement des infrastructures du secteur de l'eau (réseaux, stations d'épuration, interconnexion des systèmes de production d'eau potable), sujet également porté par la première séquence des Assises de l'eau. Le second volet vise la réduction des métabolites de pesticides présents dans les eaux destinées à la consommation humaine ou rejetées dans le milieu. « L'idée est de prendre en compte les performances de traitement des systèmes d'eau et d'assainissement pour abattre les quantités de micropolluants, pesticides qui sont présents dans les eaux », précise David Colon. Le dernier point concerne le sujet sensible de la gestion des boues de stations d'épuration et les financements associés. La filière mise sur leur valorisation énergétique et agronomique. « Nous visons un engagement d'avoir en 2025, 50 % des boues de stations d'épuration méthanisées pour une production de gaz vert pour les territoires, avec la mise en place dès 2021-2022 de grands territoires démonstrateurs », développe David Colon. La filière compte également porter la gestion des eaux pluviales et la réutilisation des eaux usées épurées notamment dans les zones littorales. Des actions opérationnelles et mesurables seront programmées dans ce sens jusqu'en 2023.

Coté financement, le secteur de l'eau dispose d'un fléchage annoncé dans le cadre du plan de relance de 300 millions d'euros (36040), apportés par les agences de l'eau. « Même si nous privilégions les mécanismes de financement des agences de l'eau – nous avons également la possibilité de lancer des appels à projets mobilisant les fonds du quatrième programme d'investissement d'avenir (PIA4) », complète David Colon.

Un besoin de 13 000 nouveaux ETP pour une augmentation de 3 % des investissements

Toutefois, cette relance des chantiers devra s'accompagner d'actions de formation, selon une étude menée par la confédération filière française de l'eau. « Nous allons devoir faire face à un déficit annoncé en compétences si nous ne réinvestissons pas prioritairement dans huit métiers qui représentent 55 % des emplois en tension », souligne David Colon.

L'étude sur l'emploi et les compétences, cofinancée par le ministère du travail, montre qu'en 2020 le secteur comptait 124 000 équivalents temps plein (ETP). « Depuis 2016, ce nombre est plutôt stable : l'érosion est inférieure à un pourcent, indique Joseph Pronost, co-pilote de l'étude et directeur de la formation à l'Office International de l'Eau (OIEau). La filière présente une diversification très importante des métiers : plus d'une centaine dont une majorité de métiers techniques et de l'exploitation (60%), le reste se partage entre l'industrie (14%), la relation client (13%) et la direction/fonction supports (11%). C'est une contrainte car cela demande une forte diversité des actions RH à mener par les acteurs de la filière ».

En partant sur une hypothèse d'une augmentation de 3 % des investissements dans les infrastructures, dans le cadre du plan de relance, l'étude estime que la filière aura besoin de recruter près de 13 000 équivalents temps plein durant la période 2020 - 2025. Le plus grand besoin généré – soit 7 100 ETP - est lié à des départs à la retraite sur les cinq prochaines années : la pyramide des âges dans le secteur de l'eau est vieillissante, note Joseph Pronost. Par exemple, en 2017, 18 % des effectifs de la fédération des opérateurs privés de l'Eau (FP2E) avaient plus de 55 ans. Les besoins en recrutement sont, en complément, très marqués par le besoin de renouvellement des canalisations et d'efficacité des réseaux ».

L'étude considère que l'augmentation des investissements créera un besoin de près de 1 600 nouveaux ETP. Et les autres sources de recrutements dont la réglementation, avec la loi Notre, engendrerons 4 300 ETP. « Les transferts de compétences demandés par la loi Notre exigerons environ 2 000 ETP : comme plusieurs structures un peu fragmentées se rassemblent dans une structure plus importante, elles induisent un regroupement des services, une reprise de compétences et une redistribution de postes, développe Joseph Pronost. Ce mouvement crée des besoins de professionnalisation et de recrutements supplémentaires ».

Et le problème, selon l'étude, est que ce besoin pourrait ne pas être comblé. « La filière forme en théorie par ses écoles, sa formation professionnelle continue etc. suffisamment de personnels pour faire face à ses besoins, souligne David Colon. Mais au final, environ la moitié des personnes se révèle réellement disponible sur le marché du travail, car une partie importante continue leurs études ou leur vie professionnelle dans une autre filière que celle de l'eau ».

Huit catégories de compétences en tension

Selon l'étude, les principales compétences en tension regroupent des métiers traditionnels : électromécanicien(ne) - technicien(ne) de maintenance, technicien(ne) instrumentation et mesures, responsable d'études techniques, dessinateur-projeteur-technicien SIG, spécialiste automatismes et télégestion, chef d'équipe (travaux, exploitation, maintenance), technico-commercial. Un métier serait en revanche relativement nouveau dans le secteur de l'eau : les spécialistes de l'ordonnancement et de la programmation de travaux. Par ailleurs, « Les gestionnaires de données au sens strict - qui ne gèrent de la donnée - se retrouvent dans de très grandes structures ou services, mais encore heureux que dans le domaine de l'eau les données sont gérées depuis longtemps, pointe toutefois Joseph Pronost. En revanche, nous allons certainement gérer davantage de données et demander des compétences complémentaires aux responsables d'exploitation et autres fonctions, plutôt que de créer un nouveau métier ».

Pour anticiper cette potentielle tension sur le recrutement, l'étude de la Filière française de l'eau préconise cinq mesures principales : tout d'abord de s'appuyer sur le dispositif de l'action de formation en situation de travail (Afest) pour former plus rapidement les professionnels. Ensuite, de finement décrire les métiers, compétences et activités de la filière. « Jusqu'à présent les métiers de l'eau sont décrits mais de manière intra sectorielle : dans chacun des grands groupes privés, dans la fonction publique territoriale, ... Mais, les référentiels métiers ne sont pas homogènes et sont parcellaires, explique Joseph Pronost. Mieux décrire les métiers, c'est mieux les cerner et mieux anticiper les évolutions ». Autre piste : élargir les profils potentiels de recrutement en tension en s'appuyant sur les dispositifs de formation professionnelle continue (externe et interne). L'idée : faciliter l'approche par « le recrutement combiné à de la formation ».

De plus, « Le secteur de l'eau n'a pas beaucoup de formations certifiantes avec une reconnaissance officielle des compétences », note Joseph Pronost. L'étude propose donc de travailler sur des certificats de qualification professionnelle ; par exemple Ingénierie de l'eau. Enfin, l'étude recommande de se servir de la formation professionnelle continue pour répondre à court terme aux besoins ainsi qu'à la formation en alternance. « Il est probable que nous travaillerons avec le ministère du travail pour mettre en place ces axes, dans le cadre de notre engagement développement et compétences », indique Joseph Pronost.

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