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“ Renouée du Japon : viser une gestion différenciée avec des objectifs adaptés et réalistes ”

Le projet Dynarp s'est intéressé à la dynamique paysagère de la Renouée du Japon sur trois types d'infrastructures de transports : les voies routières, ferrées et navigables. Présentation par André Evette, chercheur à l'Irstea.

Interview  |  Aménagement  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“ Renouée du Japon : viser une gestion différenciée avec des objectifs adaptés et réalistes ”
André Evette
Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l'agriculture
   

Actu-environnement.com : La Renouée du Japon figure parmi les plantes les plus préoccupantes pour son caractère invasif en Europe. Vos travaux montrent qu'elle adopte un comportement différent en fonction des infrastructures, routes, voies ferrées, rivières, etc. Pouvez-vous me le préciser ?

André Evette : La Renouée du Japon fait des rhizomes en quantité énorme. Avec les feuilles, les tiges, nous ne voyons que la partie émergée de l'iceberg, la majorité de la biomasse est sous terre. Ce sont des plantes clonales : elles sont connectées et fonctionnent en groupe. En surface, cela fait une tache dont nous voyons bien les contours.

Nous avons remarqué que la distance séparant les taches de Renouées des infrastructures est significativement plus faible dans le cas des voies navigables comparée aux autres infrastructures, cela s'expliquant vraisemblablement par la présence d'un facteur de dissémination complémentaire sur ces milieux : les crues.

Près des voies routières, les formes sont généralement plus allongées et les surfaces un peu plus faibles, alors qu'elles sont en revanche plus compactes, et de surface plus grande, près des voies ferrées.

D'une manière générale, les taches de Renouées se différencient principalement en fonction de l'occupation du sol avec, d'une part, des formes compactes et une surface réduite au niveau des espaces verts et des aménagements paysagers, et, d'autre part, une plus grande surface et des formes hétérogènes au niveau des espaces en friches et des ripisylves.

Ces différences s'expliquent surtout par la gestion : les gestionnaires des espaces verts essayent de la contenir contrairement aux friches.

Nous avons également constaté que l'expansion des taches de Renouées est principalement contrôlée par la taille initiale des taches (leur expansion étant proportionnelle à leur superficie 7 ans plus tôt) et par la distance à une route ou une rivière (la proximité de ces éléments paysagers limitant l'expansion des renouées).

AE : Quels sont les liens entre la gestion et la perception de ce problème par les gestionnaires ?

AnEv : Une enquête menée auprès de structures en charge de la gestion des routes et des voies ferrées et navigables (directions interdépartementales des routes, communes, gestionnaires d'autoroutes, SNCF Réseau, Voies navigables de France...) a permis d'obtenir près de 200 réponses.

   
Exemple d'une grille du photo questionnaire soumis aux gestionnaires d'infrastructures lors de l'enquête. © M.Cottet et J.Biaunier/Cerema
 
   

Elle montre une différence de perception selon le type d'infrastructure gérée : par exemple, une volonté d'agir à un stade plus précoce du développement de la plante pour les gestionnaires de routes et de rivières que pour ceux des voies ferrées. Et une décision davantage motivée par les enjeux de préservation de la biodiversité et du paysage pour les gestionnaires de rivières, et par les enjeux de sécurité pour leurs homologues des voies ferrées et des routes.

La majorité des gestionnaires se disent insatisfaits des modalités d'action actuelles (manque d'action, manque de coordination) et découragé devant des actions peu efficaces.

AE : Quels sont les moyens de luttes dont nous disposons aujourd'hui ?

AnEv : Il peut y avoir de l'arrachage, de la fauche, du criblage concassage, du bâchage, du bouturage et/ou plantations, l'utilisation d'herbivores, de pesticides, et des méthodes croisant plusieurs de ces techniques...

Cela reste toutefois très difficile de se débarrasser de la Renouée : les traitements phytochimiques sont relativement peu efficaces, dangereux pour l'environnement et interdits dans certaines zones comme à proximité des cours d'eau, les techniques de décaissage coûtent très cher... Comme la biomasse est sousterre, on peut la décaisser mais cela demande une attention particulière, car cela peut contribuer aussi à la dissémination. Les terres contaminées sont trop souvent remaniées, voire emmenées en remblais sur d'autres chantiers. Avec moins de dix grammes de rhizomes, une plante peut repartir.

De la même manière, les faucheuses peuvent disperser les rhizomes, c'est pour cela que nous en avons en longueur le long des routes. La Renouée peut pousser jusqu'à 16 cm par jour : il faut la faucher fréquemment. Par exemple, sur la rocade sud de Grenoble, comme elle s'est développée sur le terre-plein central, les gestionnaires étaient obligés d'arrêter la circulation la nuit pour la faucher.

AE : Quels sont les outils les plus efficaces ?

AnEv : Bien souvent, la meilleure pratique serait de ne rien faire. Comme pour la logique d'un incendie, il faut intervenir très rapidement, stopper la contamination dès le départ. Ensuite, quand les zones sont très envahies, le mieux est de ne pas y toucher - sauf si c'est un enjeu majeur – car sinon nous risquons surtout de la disséminer.

Nous avons développé des préconisations opérationnelles pour la mise en place des plans de gestion des Renouées sur les infrastructures à l'échelle paysagère. Il s'agit ainsi de viser une gestion différenciée avec des objectifs adaptés et réalistes. Il faut se concentrer sur les sites avec des enjeux importants, de sécurité, de biodiversité... Les fauches diminuent significativement la densité et la hauteur des tiges de Renouée. Mais elles nécessitent une fréquence de quatre à six fois par an pendant plusieurs années : cela a un coût.

AE : Quelles sont les pistes que suit la recherche sur ce sujet ?

AnEv : Nous et l'Université de Lyon menons des expérimentations en utilisant des plantes qui peuvent entrer en compétition avec la Renouée du Japon en surface pour la lumière mais également en sous-sol. Car ses parties souterraines sécrètent des substances toxiques qui ralentissent la croissance des autres végétaux, on parle d'allélopathie. Nous avons comme candidats, les saules - et notamment le saule de vannier car il a un développement rapide - ou la bourdaine ou le sureau hièble qui produit comme la Renouée des produits allélopathiques.

Nous réalisons également des essais sur le bâchage. Certains font des essais sur le pâturage.

La Compagnie nationale du Rhône (CNR) et le bureau d'études Concept Cours d'eau ont développé des techniques qui reposent sur le broyage des rhizomes : les résultats sont intéressants.

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