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Energies renouvelables : bientôt un appel d'offres bi-technologie ?

Le gouvernement envisage de lancer un appel d'offres expérimental mettant en concurrence des installations photovoltaïques et éoliennes. La Commission de régulation de l'énergie y est défavorable, les filières sont partagées.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a publié, le 20 avril, un avis défavorable sur le projet de cahier des charges pour un appel d'offres mettant en concurrence photovoltaïque et éolien. Elle demande au gouvernement d'y renoncer. "Cet appel d'offres bi-technologique porte sur la réalisation et l'exploitation d'installations de production d'électricité situées en métropole continentale, qui utilisent l'énergie solaire photovoltaïque ou l'énergie mécanique du vent, et dont la puissance est comprise entre 5 et 18 MW, précise la CRE. Les installations peuvent combiner les deux sources d'énergie". Il ciblerait 200 MW de puissance installée.

 
Il faut au minimum sept ans pour développer un parc éolien en France alors que les délais sont beaucoup plus courts pour du photovoltaïque. Pour être compétitifs, il faudrait aussi que certaines contraintes soient levées (...)  
Pierre Albert Langlois, FEE
 
Selon la CRE, la mise en place d'appels d'offres neutres technologiquement ou multi-technologiques pourraient nuire aux objectifs de transition énergétique. Souhaitée par Bruxelles, cette neutralité technologique n'est pourtant pas imposée. Les lignes directrices publiées par la Commission européenne prévoient en effet que les procédures de mise en concurrence puissent être limitées à certaines technologies lorsqu'il s'agit d'innovations mais aussi d'un besoin de diversification du mix énergétique. "Cette évolution est souhaitée par la DG Concurrence de la Commission. Cet appel d'offres est donc un compromis, il s'agit de le tester sur un petit volume (200 MW)", explique Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Pour Richard Loyen, délégué général du syndicat des professionnels de l'énergie solaire Enerplan, "il est sage et intéressant d'essayer cette procédure et d'anticiper une obligation qui pourrait être imposée par Bruxelles plutôt que de se retrouver au pied du mur".

Un frein au développement et à la complémentarité des ENR

La CRE estime que ces appels d'offres, s'ils étaient généralisés, pourraient "avoir des effets indésirables en termes d'atteinte des objectifs de la politique énergétique et de coût d'intégration des énergies renouvelables au système électrique". Elle rappelle par ailleurs que l'éolien et le solaire sont complémentaires puisque leurs pics de production ne sont pas corrélés : "Les périodes de faible production de l'une peuvent être compensées par l'autre, en vue de diminuer les coûts des moyens mis en œuvre pour pallier l'intermittence". Ce foisonnement passe par l'organisation d'appels d'offres spécifiques, selon elle.

Un point de vue partagé par Jean-Louis Bal : "Si la France s'est dotée d'une programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), c'est non seulement pour donner de la visibilité aux filières, mais surtout pour optimiser le système électrique".

Plus généralement, la CRE estime que d'autres sources de production renouvelables pourraient être désavantagées par des appels d'offres neutres technologiquement. A l'instar de la méthanisation, dont les coûts sont supérieurs aux filières les plus compétitives, mais qui présente l'intérêt d'apporter "une réponse en matière de traitement des déchets et aux problématiques environnementales soulevées par l'épandage des lisiers".

Elle rappelle donc sa préférence pour des appels d'offres spécifiques et pluriannuels qui apportent de la visibilité aux filières et donc "une meilleure planification industrielle à moyen terme, (…) la structuration et l'optimisation de l'outil industriel et (…), à terme, des économies d'échelle et une baisse des coûts".

Le photovoltaïque favorisé ?

Difficile aujourd'hui de savoir comment pourraient être répartis les volumes de projets sélectionnés entre éolien et photovoltaïque. "Le seul élément de référence que l'on a est le résultat de l'appel d'offre CRE 4 qui a abouti à un prix moyen de 62,5€/MWh pour le photovoltaïque. Les prix ont probablement encore baissé", indique Richard Loyen.

Pour l'éolien, "nous n'avons pas de repère car il n'y a pas encore eu d'appel d'offres, souligne Jean-Louis Bal. Il serait tout à fait possible qu'il y ait donc seulement du photovoltaïque retenu".

Une étude, publiée en octobre 2016 par France énergie éolienne (FEE), estime le coût moyen des parcs installés en France entre 2013 et 2017 à 76€/MWh. Pour les futurs appels d'offres spécifiques, le prix de référence devrait être 72€/MWh. Difficile de concurrencer le photovoltaïque à ce coût…

"Est-ce qu'il y aura un effet de réduction des coûts et des marges avec l'appel d'offres ? C'est possible, analyse Pierre Albert Langlois, chargé de mission Economie et exploitation à FEE. Aujourd'hui, il est impossible d'avoir une visibilité sur les volumes qui vont se présenter à cet appel d'offres". Selon lui, mettre en concurrence des technologies qui n'ont pas les mêmes coûts, les mêmes conditions de développement, n'a pas de sens : "Il faut au minimum sept ans pour développer un parc éolien en France alors que les délais sont beaucoup plus courts pour du photovoltaïque. Pour être compétitifs, il faudrait aussi que certaines contraintes soient levées, comme celle de la hauteur, puisqu'aujourd'hui les autorisations ne sont pas délivrées au delà de 150 m de haut".

Des doubles candidatures par sécurité ?

Par ailleurs, alors que ce projet d'appel d'offres est prévu pour se clôturer en octobre 2017, la CRE rappelle qu'il se chevauche avec les autres mécanismes de soutien spécifiques à l'éolien et au photovoltaïque. La France a annoncé récemment le lancement d'appels d'offres pluriannuels pour le photovoltaïque et l'éolien.

"Les futurs candidats à l'appel d'offres bi-technologique dont l'installation serait éligible au complément de rémunération du futur arrêté tarifaire éolien [jusqu'à six mâts] bénéficieraient d'une possibilité d'arbitrage entre les deux dispositifs, le prix maximum de l'appel d'offres étant en effet supérieur (90€/MWh) au niveau prévu par le projet d'arrêté (entre 72 et 74 €/MWh selon la typologie des aérogénérateurs)", souligne-t-elle.

Les candidats aux appels d'offres pour le photovoltaïque au sol et l'éolien terrestre pourraient également se positionner sur l'appel d'offres bi-technologie avec le même projet, "en proposant un prix plus élevé à la première candidature et en utilisant l'appel d'offres suivant comme un filet de sécurité".

La CRE recommande d'abandonner un tel appel d'offres mais dresse néanmoins des recommandations, au cas où le gouvernement ne suivrait pas son avis. Elle propose d'abaisser le volume de l'appel d'offres en raison de l'absence de retour d'expérience et en raison des volumes des appels d'offres spécifiques (500 MW chacun). "L'appel simultané de tels volumes [est] de nature à diminuer la pression concurrentielle globale pour l'ensemble des appels d'offres concernés". Elle souhaite par ailleurs la suppression du prix plancher puisque le but d'une mise en concurrence est de faire baisser les prix le plus bas possible. Enfin, elle demande, comme pour tous les appels d'offres, de faire coïncider la durée du soutien avec la durée de vie des installations (25 à 30 ans) pour lisser les charges de service public d'électricité (CSPE).

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