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“Il manque entre 1,36 et 3,36 milliards d'euros pour le renouvellement du patrimoine eau potable”

Une étude lancée par l'Union nationale des industries et entreprises de l'eau montre un déficit de renouvellement des réseaux et propose des pistes pour y remédier. Précisions de Maria Salvetti, économiste et Antoine Momot, délégué général de UIE.

Interview  |  Eau  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“Il manque entre 1,36 et 3,36 milliards d'euros pour le renouvellement du patrimoine eau potable”
Antoine Momot et Maria Salvetti
Respectivement délégué général de UIE et économiste
© UIE, Marie Le Stanc
   

Actu-environnement : Qu'est ce qui a motivé la réalisation de votre étude sur le modèle économique de l'eau en France ?

Maria Salvetti : L'Union nationale des industries et entreprises de l'eau et de l'environnement a souhaité profiter des réflexions ouvertes à l'occasion de la première partie des assises sur le petit cycle de l'eau pour lancer cette étude. L'idée était de remettre à plat le modèle économique français et d'être force de proposition pour l'améliorer le rendant plus juste, équitable et surtout plus pérenne pour assurer un bon renouvellement du patrimoine.

AE : Quelle analyse faites-vous de la situation économique des services d'eau et assainissement ?

MS : Nous avions quantifié le besoin de renouvellement à la fois pour le patrimoine eau potable et assainissement collectif, pour la partie réseaux et usines. Concernant spécifiquement l'eau potable, il manque entre 1,36 et 3,36 milliards. Pour l'assainissement collectif, c'est particulier, nous obtenons un résultat en trompe l'oeil. Il semblerait qu'il n'y ait pas de déficit mais quand nous analysons en détail les postes des investissements, ils sont essentiellement orientés vers de la création ou l'extension d'infrastructures.

 
Jusqu'à 10.000 emplois en 5 ans Selon l'étude sur le modèle économique de l'eau de l'UIE, les investissements dans le renouvellement des infrastructures auraient un effet d'accélérateur sur l'activité économique. Ainsi, un effort de 2 milliards d'euros pendant 5 ans génèreraient 800 millions d'euros d'activité économique supplémentaire la première année et jusqu'à 3 milliards en fin de période. Si les 2 milliards d'euros étaient maintenus dans le temps, ils pourraient créer jusqu'à 10.000 emplois en 5 ans.
 

Le taux de renouvellement des réseaux a chuté de 20 % entre 2010 et 2014. La priorité a été mise sur la réponse aux obligations légales européennes dont la Directive sur les eaux résiduaires urbaines ou celle sur la qualité des eaux de baignade. Désormais, il va falloir maintenir le niveau d'investissement mais en l'orientant vers du renouvellement. Le problème c'est que nous constatons une baisse des aides et des subventions qu'elles viennent des départements, des régions ou des agences de l'eau.

AE : Les mesures proposées pour accélérer le renouvellement des réseaux lors de la conclusion de la première partie des assises de l'eau sont-elles suffisantes ?

Antoine Momot : Les annonces faites par Edouard Philippe vont dans le bon sens mais c'est une ambition à prolonger. Il est question du doublement des aides pour le renouvellement des canalisations d'eau potable, soit 2 milliards sur la période 2019-2024. Nous espérons qu'ils pourront être déployés mais nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur leur réalité.

Nous avons des taux de renouvellement très faibles. Nous touchons les limites d'un fonctionnement.

Les agences de l'eau prennent de plus en plus en charge des aspects qui ont trait au grand cycle et à la biodiversité. Cela mérite une clarification sur le cadre de financement. Nous ne considérons pas que ce n'est pas important et que petit et grand cycle ne sont pas liés mais nous soutenions l'idée d'un financement dédié. Certaines solutions pourraient être explorées, par exemple des industriels producteurs de micro-plastiques pourraient devenir redevables, au titre de la responsabilité élargie du producteur, de nouvelles redevances perçues par l'AFB afin de financer le grand cycle de l'eau.

AE : Vous proposez également comme piste de solution de financement l'utilisation des fonds européens : pouvez-vous préciser ce point ?

Maria Salvetti : La France pour 2014-2020 s'est vue allouer environ 15,5 milliards au titre du fonds européen de développement régional (feder) et le fond social européen. Il semblerait que sur la période 2014-2016, la France n'ait consommé que 600 millions. Or le financement du renouvellement des canalisations d'eau et d'assainissement va être particulièrement problématique dans les zones rurales : nous avons des linéaires de canalisations très étendus pour peu d'habitants raccordés et donc moins d'argent. La question du rural peut rentrer dans ces enveloppes du feder par l'aspect économique et social.

AE : Certains considèrent que c'est un faux espoir car ces fonds ne sont pas destinés au renouvellement des infrastructures ?

Antoine Momot : Pour la période 2014-2020, la Commission européenne a effectivement refusé que la France puisse utiliser les fonds européens pour l'eau et l'assainissement sauf pour les DOM. Elle considérait en effet que la France métropolitaine était déjà bien dotée en infrastructures. La prochaine programmation pluriannuelle financière est en cours de négociation entre la France et la Commission. Nous pouvons espérer que la Commission laisse la France, à partir de 2020, utiliser ces fonds dans le domaine de l'eau et l'assainissement.

AE : Quelle est votre analyse de la situation pour les eaux pluviales ?

Maria Salvetti : Notre connaissance fait défaut : nous ne disposons d'éléments que sur le réseau séparatif eaux pluviales. Nous manquons d'informations sur les infrastructures, leur nombre et leur capacité de stockage.

Aujourd'hui, sur cette base, nous estimons le besoin de renouvellement de l'ordre de 2 milliards mais cela peut être plus. Une étude du Conseil général de l'environnement et du développement durable avait tablé sur 2 milliards plus ou moins 500.000 euros. Habituellement, les marges d'erreur se situent autour de 5% : qu'elle avoisine les 25% dans cette étude reflète la méconnaissance du patrimoine eau pluviale.

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