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Réparabilité : l'économie de fonctionnalité pourrait accélérer la transition

Le discours en faveur de la réparabilité gagne du terrain. Mais dans les faits, elle peine à s'imposer. Un modèle économique doit encore être trouvé au risque de voir de nouveaux acteurs rafler la mise.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Actu-Environnement Le Mensuel N°385 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°385
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La réparabilité doit être favorisée, la plupart des acteurs en conviennent. Le sujet prend d'autant plus d'ampleur que 84% des Français sont convaincus de la réalité de l'obsolescence programmée, rapporte Philippe Moati, co-fondateur de l'Observatoire société et consommation (ObSoCo). Plus qu'un enjeu environnemental, ils y voient une perte de pouvoir d'achat. Mais les difficultés sont nombreuses : choix contradictoires des consommateurs, coût des réparations, ou encore services de réparation peu structurés. L'économie de fonctionnalité pourrait toutefois mettre tous les acteurs d'accord, au détriment des fabricants. Tels sont les constats qui ressortent d'un colloque organisé au ministère de l'Economie par la direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF).

La durabilité est un investissement

Virginie Beaumeunier, directrice générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF), le rappelle d'emblée : la feuille de route pour l'économie circulaire (Frec) prévoit l'affichage obligatoire d'une "information simple" sur la réparabilité des produits électroménagers et du matériel de bricolage à partir de janvier 2020. "Afficher les informations est la clé", rappelle la DGCCRF. Un groupe de travail élabore actuellement un indice qui devrait s'inspirer de l'étiquette énergie. Il s'appuiera sur un révérenciel de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). La mise à disposition de la documentation nécessaire à la réparation, la rapidité de démontage et de réparation, ainsi que la disponibilité des pièces détachées devraient être prises en compte.

L'affichage est une chose, mais Alain Pautrot, vice-président de la satisfaction client chez Seb, constate que si la durabilité est souvent plébiscitée, les consommateurs regardent essentiellement le prix des produits. Dans le même esprit, Philippe Moati interroge : "Améliorer la réparabilité et mettre à disposition des pièces détachées ? Très bien ! Mais à quel coût ?". Caroline Montalcino, représentant du Contrôle général économique et financier du ministère de l'Économie craint aussi que les pièces détachées soient vendues chères pour amortir l'investissement réalisé par les entreprises pour rendre réparable les produits. De même, il ne faudrait pas que les pièces détachées soient vendues à des prix différenciés selon que les réparateurs appartiennent ou non à un réseau agréé par la marque.

"La durabilité doit être au même prix,plaide Alain Pautrot, ce n'est pas une source de profit, même si c'est tentant pour compenser la baisse des ventes". Son entreprise envisage la durabilité comme un investissement : il améliore l'image de marque et permet de collecte de données sur les pannes. Ce qui améliore les produits. Aujourd'hui, 8% des clients de SEB ont acheté un des produits de l'entreprise parce que l'entreprise affiche "produit réparable 10 ans". Quant au coût des réparations elle s'engage, sur certaines de ses marques, à assurer des réparations à prix fixe et connu d'avance sur plusieurs années. Réparer un aspirateur d'une de ses marques coûte 63 euros, quelle que soit la panne.

Uber et Airbnb pourraient tirer les marrons du feu

L'efficacité des services de réparation intéresse aussi les pouvoirs publics. Aujourd'hui, explique Virginie Beaumeunier, DGCCRF, l'offre de services de réparation est atomisée et peu structurée : 60% des réparations sont réalisées par des indépendants. Pour améliorer leur visibilité, les pouvoirs publics envisagent de réaliser une cartographie de ces services et de réaliser une plateforme numérique pour les mettre en relation et les rapprocher du public. De même, le délai peut poser problème. Entre attendre une semaine pour réparer une cafetière et s'en faire livrer une le lendemain, "le consommateur fait souvent le « mauvais choix »", regrette Alain Pautrot.

Finalement, estime Philippe Moati, la réparabilité n'est peut-être pas le principal enjeu. Le co-fondateur de l'ObSoCo rappelle qu'un Français change de téléphone portable tous les 20 mois, avant qu'il tombe en panne. "Le problème vient de la logique du système." Celui-ci "conditionne le consommateur" pour vendre toujours plus, déplore ce défenseur de l'économie de fonctionnalité. Il prend pour exemple les box internet : le dernier modèle de Free date de 2010 et, bien qu'annoncé à plusieurs reprises, son successeur n'a toujours pas été présenté. Pourquoi ? Parce que Free n'a aucun intérêt à renouveler un parc qui fonctionne et que le consommateur n'est pas demandeur d'un nouveau produit... Cette économie de la fonctionnalité, qui fait la part belle à l'accès à un service plutôt qu'à la vente d'un appareil, rompt la logique de renouvellement perpétuel des équipements.

Ce modèle est à l'étude actuellement chez Seb. Il y a deux ans, l'entreprise a testé à Dijon (Côte-d'Or) un service de location de courte durée de petit électroménager. Le test n'a pas été concluant, l'agglomération étant trop petite. Pour autant l'entreprise retente l'expérience à Paris. Il est aujourd'hui possible de louer pour quelques jours un appareil à raclette ou un robot pâtissier. L'entreprise ne renonce pas à vendre ses produits, mais elle anticipe un risque : "il ne faut pas que les Uber et Airbnb soient les seuls à tirer les marrons du feux", explique Alain Pautrot. Le représentant de Seb craint de voir les producteurs marginalisés aux profits des fournisseurs de service.

Réactions1 réaction à cet article

 

Deux observations
1/ si on supprimait en France tous les emplois non-éthico et non-enviro-défendables, ça ferait – provisoirement – un paquet de chômeur en plus.
2/ Si en prime on cessait de produire volontairement obsolète (façon de produire qui est, vous me direz, déjà en soi de fait non-éthico et non-enviro-défendable, ça rajouterait pas mal encore au nombre de chômeurs

En 1978 est paru au Seuil un livre très réaliste intitulé « Travailler deux heures par jour » qui expliquait que c’était tout a fait possible avec une société plus libre, plus heureuse et pouvant consacrer du temps à la réflexion. Ce qui est ultra-dangereux et nuisibles évidemment pour nos irresponsables politiciens (même ceux se disant écolo*).

Oui, vraiment, il faudrait actualiser ce travail du collectif Adret.

* Je n’écris pas « écolo-défendable »  parce que, hélas, un certain nombre de politiciens éGologistes ont sali et continue de salir égocentriquement le concept vital « Ecologie », en nuisant aux plus ou moins vieux militants de terrain s’efforçant d’être allocentriques. Alors que l’écologisme politique ne devrait être ni à droite(s), ni à gauche(s), ni au centres(s), mais légèrement en avant en montrant l’exemple par une vie quotidienne sobre et solidaire, même si ce serait, par exemple, aux dépens des stations de ski et des salaires des footballeurs.

Sagecol | 24 octobre 2018 à 09h53
 
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