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La réparation des lotissements : le nouveau projet de territoires

La course aux pavillons nourrit l'artificialisation des terres non sans conséquences sociales. Pourtant, ces territoires peuvent s'inscrire dans un avenir collectif et durable selon Christine Leconte, présidente de l'Ordre des architectes d'Ile-de-France.

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Actu-Environnement Le Mensuel N°388 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°388
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Emissions de CO2 à la hausse, inondations de plus en plus fréquentes, difficultés à se chauffer, désertification des centres-villes, mouvements sociaux du fait de l'augmentation du prix des carburants… Ces inégalités territoriales et climatiques reflètent les limites de notre modèle de développement. Alors que les Français s'interrogent sur leur avenir, le débat sur le devenir des territoires doit être largement ouvert. Nous devons proposer un projet plus juste répondant mieux aux besoins de chacun. Le "réparation" des territoires en est l'un des enjeux.

"Ménager" les territoires

Loi Solidarité Renouvellement Urbain (SRU), lois Grenelle, loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (Alur), loi relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (LCAP) … Depuis les années 2000, les lois encourageant une ville plus compacte et une logique de projet urbain se succèdent. Pourtant, l'artificialisation des sols s'accélère, majoritairement aux dépens des terres agricoles. 67.000 hectares sont artificialisés chaque année : l'équivalent de la surface d'un département tous les six ou sept ans. Les conséquences sont dramatiques, sur la biodiversité ou en matière de risques majeurs. Les récents événements dans l'Aude l'ont tragiquement illustré.

L'habitat est, avec les transports, le premier vecteur de cette artificialisation. Conséquence de la croissance démographique, encore accéléré par le "desserrement" des ménages. Un constat qui s'explique également par la préférence française pour l'habitat individuel de type "pavillon". Or ces projets sont le plus souvent le produit d'un urbanisme sans projet, réalisé au gré des opportunités foncières, le plus souvent à la parcelle. D'autant que ces territoires sont en dehors du renouvellement urbain, soit par inefficacité des aides (le rapport TREMI 2018 de l'Ademe soulignait l'inefficacité de trois quarts des rénovations énergétiques) soit parce qu'ils ne sont pas dans le radar, contrairement aux opérations ANRU ou plus récemment avec "Actions cœur de ville". Certains territoires cumulent les difficultés : dépendance à l'automobile (80 % des distances parcourues), précarité énergétique, copropriétés "horizontales" dégradées…

La note que publie la Fabrique écologique, intitulée "Réparer les territoires – pour une régénération des lotissements", prône l'arrêt de l'artificialisation nette des sols, ainsi que le préconisait le Plan interministériel pour la biodiversité de juillet 2018. La méthode : des moyens pour accompagner la mise en place de projets de territoire à toutes les échelles, notamment à celle du microfoncier. Issue d'un groupe de réflexion pluridisciplinaire et transpartisan, la note ne souhaite pas seulement lutter contre l'étalement urbain, mais avance des solutions pour construire de véritables projets de "régénération territoriale".

Construire un projet collectif

L'urgence climatique et les difficultés sociales sont une opportunité pour changer de modèle. "Le maintien des solutions architecturales urbanistiques et techniques d'hier, ainsi que des modes actuels d'habiter, de travailler, de s'alimenter et de se déplacer est incompatible avec la tâche qui incombe à nos générations : contenir puis éradiquer les dérèglements globaux", comme l'expriment les rédacteurs du Manifeste pour la frugalité heureuse, signé par plus de 4.000 professionnels.

Nous devons rompre avec les conceptions traditionnelles. Les logiques individuelles court-termistes ne peuvent prévaloir sur notre futur commun. En terme d'aménagement, cela suppose de construire partout des projets de territoire de manière collective. Elus, habitants et concepteurs doivent dialoguer et utiliser davantage la matière grise – l'intelligence collective - pour consommer moins de matière première.

Entre foncier disponible et proximité des acteurs locaux, les territoires de lotissements disposent de forts potentiels de mutation. C'est un atout pour développer des innovations. Face aux défis climatiques, que doit être la place de la propriété individuelle ? Quel avenir pour les biens communs ? Pour répondre, les acteurs peuvent s'appuyer autant sur les technologies numériques que des approches davantage low tech.

Le public a un rôle stratégique à jouer

La puissance publique doit accompagner cette réparation par des projets collectifs. Des projets appuyés sur le diagnostic des ressources, des savoir-faire, des besoins et des évolutions des usages. La demande croissante d'espaces de tiers-lieuxet de coworking en est l'une des illustrations. Tout doit ensuite s'inscrire dans des documents d'urbanisme, à commencer par les Plan Locaux d'Urbanisme (PLU) et les Orientations d'Aménagement et de Programmation (OAP). Pour ce faire, la contribution de la Fabrique propose que les acteurs de terrain – à commencer par les élus – puissent être davantage formés aux enjeux d'aménagement. Ces travaux doivent pouvoir faire l'objet d'échanges et de partages d'expériences entre tous.

Nous proposons enfin de passer d'une logique d'aide publique individuelle à une mutualisation au service de projets. C'est l'objectif des "contrats de régénération des lotissements". Aujourd'hui, les aides de l'Etat sont distribuées "en silo". Elles pourraient dans l'avenir être délivrées sur la base d'un projet de territoire. Ces projets permettent également de réfléchir aux évolutions du foncier en termes d'amélioration collective. Un guide de référencement du foncier existant et de ses mutations pourrait être réalisé. Cela peut permettre la mutualisation d'un certain nombre de dispositifs – comme les réseaux de chaleur – ou d'usages, notamment avec les jardins inutilisés. Pour accompagner cette logique de projet, nous proposons que l'Etat introduise un critère écologique au sein de la Dotation Global de Fonctionnement (DGF) versée chaque année aux communes, pour aller vers une "DGF verte".

C'est bien dans les territoires que se joue pour partie la réponse à l'urgence climatique et aux difficultés sociales. La réponse ne peut être que collective et à la mesure de la formidable aspiration à la participation qui s'exprime partout. N'est-ce pas, au fond, l'essence même d'un projet politique ?

Avis d'expert proposé par Christine Leconte, présidente de l'Ordre des architectes d'Ile-de-France et présidente du groupe de travail ad hoc à la Fabrique écologique

Réactions1 réaction à cet article

 

La population aspire à être partie prenante dans la réalisation des nouveaux projets immobiliers car jusqu'à présent elle ne décidait de rien. Les catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique l'impacte pourtant en premier lieu au niveau des habitations et aujourd'hui encore les maires décident sans concertation de l'urbanisation de leurs villes. Ce n'est plus possible, ils ont commis trop d'erreurs.On voit même certains maires continuer à artificialiser en dépit du bon sens et contre l'avis de leurs concitoyens , cela doit cesser.Les projets d'urbanisation devraient d'ailleurs se mener au delà de la simple commune, en prenant en compte les projets des communes voisines et les développements intercommunaux possibles. la politique locale de logements ne peut plus se faire à la petite semaine en fonction des seuls maires et surtout des promoteurs qui les ont aidés à se faire élire, ce qui est actuellement le cas dans les grandes métropoles. Corruption et compagnie...

gaia94 | 27 décembre 2018 à 18h57
 
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