Robots
Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
Actu-Environnement

Replantation de haies : étude de cas chez un agriculteur de l'Aube

MAJ le 05/04/2022

La restauration des haies est possible, même dans une région d'agriculture intensive. Focus sur le projet de Vincent Simonnet, un agriculteur de l'Aube qui va replanter 5 km de haies avec l'aide de l'État mais aussi de la fédération des chasseurs.

Agroécologie  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Replantation de haies : étude de cas chez un agriculteur de l'Aube

Les arbres et les haies sont rares à Saint-Lupien. Dans ce petit village de l'Aube, situé à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Troyes, dans la Champagne crayeuse, dominent les cultures intensives de céréales et de betteraves. Mais Vincent Simonnet, qui a repris la ferme de son beau-père en 2010, a décidé de changer les choses. Il a converti l'exploitation en bio et s'est lancé dans le maraîchage, fournissant trois associations pour le maintien de l'agriculture paysanne (Amap) en banlieue parisienne, mais aussi les Restos du cœur, une entreprise de restauration collective et un magasin bio dans l'Aube.

Depuis longtemps déjà, il avait le projet de replanter des haies, mais aussi des arbres isolés sur les terres qu'il cultive. « J'ai la passion de l'arbre et tout ce qu'il peut apporter dans un écosystème. Si on conduit nos parcelles bio comme on les conduit en conventionnel, il n' y a aucun intérêt », explique le cultivateur.

Plantation de pommiers

Le projet d'agroforesterie a commencé à se concrétiser il y a deux ans, avec la plantation de près de 150 pommiers dans les prairies où l'agriculteur élevait auparavant des moutons, élevage qu'il a abandonné en 2016. Pour cela, il est passé par la société Pur Projet, qui met en œuvre des opérations de compensation carbone d'entreprises via des projets d'agroforesterie et d'agriculture génératrice. Cette société, qui revendique 18 millions d'arbres plantés et 50 000 agriculteurs soutenus dans 31 pays, avait pris en charge les coûts de l'opération à hauteur de 80 %. Vincent Simonnet compte à l'avenir sur les pommes et le jus produits par ses arbres qui pourront compléter les paniers de légumes des Amapiens.

Mais il souhaite désormais s'orienter vers d'autres partenaires pour des raisons éthiques, après avoir appris que ces premières plantations avaient été financées par des grands groupes tels que Total ou L'Oréal. « Ce qui m'embête là-dedans, c'est que je légitime leur projet industriel. Si tous les paysans refusaient leurs arbres, ils seraient obligés de réfléchir autrement pour produire moins de CO2 », explique l'agriculteur.

Cet adhérent de la Confédération paysanne souhaite donc se tourner vers d'autres partenaires et s'intéresse à l'association Des enfants et des arbres, qui cherche à sensibiliser les enfants des écoles à l'intérêt de l'agroforesterie et des haies champêtres. « L'aspect pédagogique, je suis à fond là-dedans », explique celui qui a aussi été éducateur spécialisé pendant trois ans, avant de reprendre l'exploitation qui le fait vivre aujourd'hui. Avant de se lancer, Vincent Simonnet souhaite toutefois s'assurer que le financement de cette association est bien en phase avec son éthique. En attendant, il a organisé, en décembre dernier, une journée de plantation de nouveaux pommiers avec les adhérents des Amap.

Opportunité inédite

Mais une opportunité inédite s'est présentée avec le plan de relance lancé, en septembre 2020, par le gouvernement. Dans ce cadre, ce dernier a alloué une enveloppe nationale de 50 millions d'euros (M€) sur deux ans à la plantation de 7 000 km de haies et à la gestion durable des haies existantes. Vincent Simonnet a sauté sur l'occasion et postulé à l'appel à projets en bénéficiant d'un accompagnement de la fédération départementale des chasseurs, qui est l'une des structures d'animation du plan de relance dans la région.

« J'accompagne les agriculteurs dans la démarche à suivre, car il y a quand même pas mal de paperasse à remplir. On aide sur les devis car on a l'habitude de travailler avec des pépinières qui nous fournissent de la qualité », explique Nell Brissard-Cozler, chargé du plan de relance au sein de la fédération des chasseurs.

Dans ce cadre, l'agriculteur a prévu la plantation de 5 kilomètres de haies, représentant une surface de 3 hectares environ, sur les 83 hectares qu'il cultive. Le coût est de 13,47 euros du mètre linéaire, soit un coût d'ensemble du projet qui avoisine les 70 000 euros. Cela couvre les arbres, la plantation, le paillage et la protection des plants. L'opération sera financée, sans bourse déliée, à 90 % par l'État et le reste par la fédération des chasseurs. La partie prise en charge par cette dernière est financée par des fonds propres réservés à l'implantation de haies.

L'agriculteur a fait le choix d'une double haie, constituée d'arbres de haute tige d'un côté et d'arbustes de l'autre. Le nombre d'essences sera limité à sept ou huit du fait de l'accent mis sur les essences locales et à la nature crayeuse de la terre, qui limite les possibilités. « L'idée est d'avoir des arbres qui fleurissent de façon continue sur l'année pour que les abeilles puissent trouver à manger en permanence et que les auxiliaires de culture puissent vivre », explique Vincent Simonnet. Les deux strates de végétation doivent permettre d'intéresser des types d'espèces différents.

Les plantations seront réalisées durant l'hiver prochain par les élèves de deux lycées agricoles et d'un lycée forestier de la région, sous le contrôle de l'agriculteur et de l'animatrice. Le paillage, réalisé en paille de chanvre, doit permettre aux arbres de bien se développer et retournera au sol une fois que ce sera le cas. Les protections de plants, constituées quant à elles de plastique, permettront de repousser les attaques des chevreuils et des lapins sur les jeunes arbres. Mais, avant cela, Vincent Simonnet doit aussi recueillir l'autorisation des huit propriétaires des terres qu'il exploite en fermage. L'issue semble au moins favorable pour sept d'entre eux, ce qui représente déjà 60 hectares.

Remettre de la vie dans les terres

Qu'attendre de l'opération ? D'abord remettre de la vie dans des terres qui en sont de plus en plus dépourvues. « On constate un déclin des oiseaux et des insectes », explique Nell Brissard-Cozler. « La perdrix se retrouve dépourvue de cachette et de nourriture parce qu'il n'y a presque plus de haies, ni d'insectes. Les populations diminuent d'année en année », illustre la chargé d'études biodiversité de la fédération de chasseurs. Malgré cette diminution du gibier, la chasse est toujours pratiquée sur l'exploitation agricole. « Elle ne me gêne pas, explique d'ailleurs M. Simonnet. Il y a de moins de moins de chasseurs et on ne les voit pas. » S'il est constaté, grâce à des comptages, que la population de perdrix a baissé, aucune action de chasse n'est réalisée pour essayer de la rétablir sur les secteurs concernés, tient toutefois à préciser Mme Brissard-Cozler.

 
On va recréer un écosystème, qui ira du puceron jusqu'au renard.  
Vincent Simonnet
 
L'action de la fédération des chasseurs ne se limite pas à la seule protection du gibier, précise cette dernière. « Il y a aussi le côté trame verte et bleue : on travaille sur les corridors écologiques en partenariat avec le schéma de cohérence territoriale (Scot) des territoires de l'Aube », ajoute celle qui est aussi chargée de mission faune au sein du bureau d'études V.natura.

« On va recréer un écosystème, qui ira du puceron jusqu'au renard, et une chaîne alimentaire », s'enthousiasme Vincent Simonnet. Le retour des haies devrait en effet permettre de ramener des oiseaux, des insectes, des auxiliaires de culture, comme les coccinelles qui mangeront les pucerons, détaille le paysan. « L'idée est de récréer un microclimat autour d'une parcelle », explique-t-il. Les haies serviront de brise-vent pour les cultures et limiteront l'érosion des sols. « Nos terres sont tellement travaillées qu'elles sont devenues de la poussière », constate amèrement l'agriculteur bio.

Ironie de l'histoire

« À compter des années 1950 et jusqu'à peu, on a retiré des haies à foison ici. Aujourd'hui, on fait machine arrière, on repaie pour remettre des arbres », ajoute le maraîcher. Ironie de l'histoire, « mon père, terrassier, a participé à ces opérations de déforestation », se remémore le quadragénaire. Mais tous les agriculteurs ne sont pas prêts pour autant à opérer cette conversion, comme le montre la difficulté à planter des haies mitoyennes.

Certains ont peur des pertes de rendement qui pourraient être constatées à court terme du fait de la réduction de la surface cultivée. Pourtant, les services que les haies vont apporter devraient à l'avenir compenser ces pertes. « Mais cela, je ne pourrai le dire que dans dix ans », explique Vincent Simonnet, car la reconstruction des écosystèmes demande du temps. À terme, ce dernier compte valoriser la taille des haies : le bois raméal fragmenté (BRF) sera remis dans la parcelle, apportant une résistance à la sécheresse et développant la vie du sol. « Il y aura une vraie cohérence », se félicite-t-il.

Mais l'agriculteur ne souhaite pas s'arrêter là. Avec le soutien Des enfants et des arbres, il aimerait mailler le territoire avec davantage de haies encore, de manière à créer de mini parcelles de maraîchage sur 1 ou 2 hectares. « J'aimerais vraiment le faire avec les enfants, on pourrait faire des haies nourricières. Ce serait génial », projette-t-il. De quoi concilier ses deux passions : le social et l'agriculture.

Réactions2 réactions à cet article

 

« Il y a aussi le côté trame verte et bleue : on travaille sur les corridors écologiques en partenariat avec le schéma de cohérence territoriale (Scot) des territoires de l'Aube » : cette fédération des chasseurs est sans doute bien plus avancée que d'autres. Peut-être qu'à force de décennies de pratiques agricoles destructrices du vivant, il n'y a vraiment plus rien à tirer dans le secteur de ce projet, ce qui fait peut-être réfléchir utilement la fédé de chasse de l'Aube.
Pour ma part, je n'ai connu que de l'opposition purement politique de la fédé de mon département (plutôt giboyeux) à tout projet de TVB, se calant largement sur l'argumentaire de la FDSEA et de la chambre.
Qu'on en soit en 2022 à encore s'interroger - et même s'inquiéter - sur le rôle favorable des haies pour les rendements agricoles en dit long sur l'inculture agronomique de bien des cultivateurs-chimistes...

Pégase | 05 avril 2022 à 09h44
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Pégase

vous voyez encore une fédération des chasseurs eh non ... ces actions de replantations de haies concernent la quasi totalité des fédérations... Ce n'est pas un cas isolé... et les fédérations ont de plus en plus de mal a accepter les perpétuels donneurs de leçons ! quand on voit l'état de la biodiversité aujourd'hui et oui dans bien des régions les fédérations participent activement à la recréation de la trame écologique, la fameuse nature ordinaire... avec les maigres moyens qui sont les leurs ....Consultez la base de données de la Fédération Nationale des chasseurs... Vous y verrez toutes les opérations qui sont menées... Si des fédérations s'opposent à la politique trame écologique, c'est souvent que l'administration et les collectivités en font une belle usine à gaz totalement inefficace, sans s'appuyer par exemple sur les détenteurs du fonciers... Sur ces dossiers les fédérations s'investissent et ce n'est pas de la politique .. On ne peut pas en dire autant du lobby de la LPO nationale.

laurent | 25 avril 2022 à 17h16
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Laurent Radisson

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager

Bouée DB600 : station d'alerte instrumentée et autonome en milieux naturels Xylem Analytics France