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Résidus de médicaments dans l'eau : quelles options pour les réduire ?

Des médicaments sont retrouvés dans la ressource en eau. Lors d'un colloque du Graie, des scientifiques sont revenus sur leur devenir dans les systèmes d'assainissement et se sont interrogés sur une collecte à domicile des excréta des patients.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
Résidus de médicaments dans l'eau : quelles options pour les réduire ?

« La surconsommation et le rejet d'antibiotiques dans les masses d'eau exacerbent la résistance aux antibiotiques, considérée par l'Organisation mondiale de la santé comme une question urgente de santé mondiale, souligne un rapport sur la question de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette crise devrait causer plus de décès dans le monde que le cancer d'ici 2050 ».

Des principes actifs pharmaceutiques se retrouvent aussi bien dans les sédiments, les eaux de surface, souterraines ou l'eau potable. L'OCDE rapporte que des scientifiques ont retrouvé les antibiotiques qu'ils recherchaient dans 65 % des 711 fleuves testés dans 72 pays.

Parmi les sources de contamination en Europe : les rejets animal ou humain sont prédominants. Selon les conditions, environ 30 à 90 % des substances actives sont en effet excrétées après l'ingestion d'un médicament. Elles se retrouvent ainsi dans les réseaux d'assainissement ou dans l'environnement. Une mauvaise évacuation des produits peut également engendrer des pollutions : une partie des médicaments inutilisés est jetée de manière inappropriée et se retrouve dans les décharges ou dans les égouts.

Un hôpital représente 20 % du flux total de médicaments d'une agglomération

Cette question de la contamination de l'eau par des produits de santé a été au cœur des échanges d'un colloque du Groupe de recherche, animation technique et information sur l'eau (Graie) organisé les 7 et 8 novembre à Lyon. Les intervenants sont notamment revenus sur les résultats du projet Sipibel-Rilact. Celui-ci s'est précisément intéressé aux résidus de médicaments dans les effluents hospitaliers et urbains. Un des résultats du projet montre que la majorité du flux de résidus de médicaments et détergents est d'origine domestique. Ainsi, à l'échelle d'une agglomération possédant un hôpital, la charge de résidus de médicaments liée à l'établissement ne représente qu'environ 20 % de la charge de l'ensemble de l'agglomération. En revanche, les hôpitaux et les maisons de soin demeurent les principaux pourvoyeurs de substances telles que les médicaments anticancéreux, les traitements endocriniens et les produits de contraste.

Les scientifiques ont également essayé de caractériser l'évolution de ces substances dans des effluents au sein du réseau d'assainissement. Ils ont notamment réalisé des essais sur un pilote dans la station d'épuration de Bellecombe et dans le pôle de santé d'Arcachon. Ils ont joué sur différents paramètres, comme la teneur en oxygène et la présence de biofilm. « Sur une durée de 24 à 30 h, certaines molécules comme le paracétamol, un antibiotique (la ciprofloxacine) et l'acide acétylsalicylique [aspirine] subissent des dégradations ou transformation significatives, pointe Jean-Luc Bertrand-Krajewski, enseignant chercheur et directeur du laboratoire Déchets, eaux, environnement, pollutions de l'Insa de Lyon. La présence d'oxygène dissous et de biofilm aident à la dégradation ». Ils ont montré également l'importance de suivre les métabolites de ces substances. Dans des conditions sans oxygène, dans la conduite pilote du pôle de santé d'Arcachon, ils ont observé qu'un métabolite d'un antibiotique se transformait à nouveau en sa molécule mère, le sulfaméthoxazole.

Par ailleurs, les scientifiques ont pu établir, avec leurs résultats, un modèle prédictif des flux de médicaments.

Neuf stations d'épuration suisses traitent les micropolluants

Pour tenter de réduire cette pollution, la Suisse souhaite, quant à elle, doter 135 de ses 700 stations d'épuration de traitements plus poussés, tout en lançant des plans d'actions de réduction à la source des micropolluants. « Nous avons commencé il y a quatre ans et 47 projets ont été soumis à l'Office fédéral de l'environnement, indique Hélène Bleny, chargée de mission évacuation des eaux usées pour l'Office fédéral de l'environnement suisse. 26 sont en projet, 12 en construction et 9 sont mis en service ». L'objectif est que d'ici 2040, 70 % des eaux usées soient traitées. L'Office laisse le choix aux gestionnaires pour le traitement. « Le charbon actif et l'ozone sont les traitements les plus connus, note Hélène Bleny. Certains bassins préfèrent ne pas utiliser l'ozone en raison des produits secondaires formés avec l'ozonation, et d'autres excluent le charbon actif, du fait de son bilan carbone, car souvent en provenance de Chine ou des États-Unis ».

Concernant les centres de soin, la Suisse s'est inquiétée de la présence dans les effluents de produits de contraste radiologique : elle va tester une collecte séparée d'urine dans les hôpitaux. « C'est par principe de précaution : c'est un produit persistant, qui n'est pas éliminé par les stations d'épuration même avec des traitements pour les micropolluants, et dont de fortes charges ont été retrouvées dans le Rhin, les eaux souterraines et l'eau potable », souligne Hélène Bleny.

Récupérer à la source les excréta de médicaments ?

 
La surconsommation et le rejet d'antibiotiques dans les masses d'eau exacerbent la résistance aux antibiotiques, considérée par l'Organisation mondiale de la santé comme une question urgente de santé mondiale.  
OCDE
 
En France, dans un autre volet du projet Sipibel-Rilact, des scientifiques se sont penchés sur les possibilités d'une collecte des excréta des patients à domicile par les soignants. L'idée repose sur le constat de la prédominance de la pollution issue de la ville et du nombre grandissant de soins à domicile plutôt qu'à l'hôpital. Certains médicaments, comme les anticancéreux, s'avèrent particulièrement préoccupants.

Les scientifiques ont toutefois pu mettre en évidence plusieurs obstacles à cette potentialité. Tout d'abord, d'un point de vue organisationnel, les professionnels sont souvent dans l'urgence et doivent gérer des imprévus liés aux soins. Dans le même esprit, la collecte des déchets se limite souvent aux déchets piquant, coupant, tranchant. « Il y a également un problème de recouvrement de la sphère privée et professionnelle : le libéral utilise son véhicule personnel, explique Anne-Claire Maurice, ingénieur de recherche en sciences humaines (INSA Lyon-EHESP) en charge de l'étude. Des questions se posent également sur la gestion du stock ».

Les pratiques de collecte qui existent aujourd'hui restent marginales et à visée altruiste. « Au Pays-Bas, le programme de l'organisation Mothers for Mothers, vise depuis 1931 à collecter les urines de femmes enceintes pour récupérer de l'hormone HCG et fabriquer un traitement pour l'infertilité, cite Anne-Claire Maurice. Selon la scientifique, depuis 2010, l'urine restante est livrée à une usine européenne d'extraction de l'azote et du nitrogène contenus dans l'urine humaine. « La valorisation semble une condition indispensable à la collecte », ajoute Anne-Claire Maurice.

Réactions4 réactions à cet article

 

Bref est-il réaliste de boire de l'eau du robinet ou de cuisiner avec

Après on s'étonnera que des bébés naissent avec des "problèmes" et qu'il y ait croissance des maladies orphelines

Si seulement on avait partagé en deux toute la recherche e médicamenteuses entre l'approche pasteurienne et les autres (homéopathie, thérapies douces, etc..)

Evidemment aux dépens de Bigpharma, de ses actionnaires et de ses salariés

Sociétés insensées suicidaires

Sagecol | 29 novembre 2019 à 10h17
 
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Bonjour,

En effet , en milieu karstique fragile comme le LOT car très fissuré et fracturé sans sol épurateur , tous les antibiotiques se retrouvent en grande partie dans l'eau souterraine qui deviendra notre eau potable pour tous les lotois(es) : les antibiotiques "humains" parce que les assainissements ne sont pas conformes pour la plupart et ce n'est pas contrôlé , les antibiotiques" animaux " parce qu'ils se retrouvent dans les lisiers et jus de fumiers mais aussi dans le digestat brut liquide d' une méthanisation inappropriée aux sols du territoire , expliquant pourquoi des associations plutôt "écolo" ( à l'inverse de EELV qui ne bouge pas) s'opposent à ce type de méthanisation alors que c'est un procédé auquel ils sont favorables. Nous sommes opposés à "la Méthanisation business"
l'antibio résistance est accrue dans ce type de sol d'où une chloration importante .Mais les sous produits 'induit par la chloration sont cancérigènes ( thèse de N.COSTET-DEIBER ROUEN https://ged.univ-rennes1.fr/nuxeo/site/esupversions/f21f1bea-e474-4a93-b5ae-590988e742ed?inline)
Tout cela nos élus et l'administration ne l'ont pas encore compris, malgré les recommandations et alerte de nos experts scientifiques !
Nous sommes des "uluberlus "opposés au progrès et "rigides"!! hallucinant!

LILI | 29 novembre 2019 à 10h35
 
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Un meilleur contrôle de l'influence des visiteurs médicaux et autres représentants des labos pharmaceutiques auprès des prescripteurs (les médecins) et des délivreurs (les pharmacies) améliorerait certainement la situation de surprescription médicamenteuse. Des sanctions sévères à l'encontre de médecins devraient également être systématiques en cas de constat de surprescription.
Mais les temps ne sont pas au renforcement du contrôle, bien au contraire, qu'il s'agisse du corps médical ou des labos. Trop d'argent et de luttes d'influence en jeu.
La main droite du législateur ne peut pourtant continuellement ignorer ce que fait sa main gauche. Les conflits d'intérêt doivent être combattus. Il est grand temps d'être cohérent et de gérer méthodiquement les problèmes sanitaires et environnementaux afin de gagner en efficacité.

Pégase | 29 novembre 2019 à 13h35
 
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"Tout cela nos élus et l'administration ne l'ont pas encore compris, malgré les recommandations et alerte de nos experts scientifiques ! "

Il y a aussi des experts pourris

Et aussi des experts non pourris, mais obtus, scientistes.

Ceux qui ne veulent pas entendre parler de la mémoire de l'eau par exemple parmi d'autres

Un expert, par exemple, qui a encore un peu d'estime pour Pasteur est un "ignare qui ignore" Béchamp, Tissot, etc.

On attribue un peu trop vite la qualité de "scientifique" aux faits et aux hommes.

Finalement le définition de "scientifique" est-elle rationnelle ou farfelue ?

« Qui sait qu'il ne saura jamais que très peu de ce qu'il lui faudrait savoir pour mériter vraiment le titre de savant ou sachant sait l’essentiel de ce qu'il lui faut savoir pour continuer de chercher humblement, ce qui est une des conditions-clés  pour une recherche fructueuse. »

Sagecol | 29 novembre 2019 à 15h32
 
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