En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

La réutilisation des eaux usées traitées : une croissance en France malgré de nombreux projets non aboutis

Le Cerema a esquissé, dans une étude, le paysage français de la réutilisation des eaux usées traitées. Des leviers et points de blocages ont pu être identifiés. Dans le même temps, la réglementation poursuit son évolution.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
La réutilisation des eaux usées traitées : une croissance en France malgré de nombreux projets non aboutis

« La tendance est à la croissance depuis 2000, avec + 7 % par an, [pour la réutilisation des eaux usées traitées]. Mais de nombreux projets n'arrivent pas jusqu'au bout du parcours, a pointé Catherine Neel, chargée de mission eau et déchets au Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), lors d'un atelier de la 21e édition du Carrefour des gestions locales de l'eau. Avant 2010, avec le règlement au cas par cas, 25 % des projets avortaient. Depuis la réglementation spécifique, 40 % des projets n'ont pas abouti ».

Le Cerema a été missionné en 2015, par le ministère de la Transition écologique, pour réaliser un panorama de la réutilisation des eaux usées traitées (Reut) en sortie de station d'épuration en France. Au total, l'état des lieux arrêté en mai 2017 a identifié 128 projets, qu'ils soient en fonctionnement ou non : 113 de Reut directe, deux de Reut indirecte, trois de micro-irrigation des espaces situés dans l'emprise même de la station d'épuration, mais également dix exemples de réutilisation d'eau industrielle ou domestique issue de station d'épuration privées (non exhaustif).

Parmi les 63 initiatives aujourd'hui en fonctionnement, la majorité (57 %) destine l'eau à un usage agricole, et 32 % à un usage urbain. Le reste se partage entre un usage pour l'industrie (6 %) et le maintien de zones humides (5 %).

Un usage agricole qui progresse

Entre les premiers et les derniers projets, l'usage s'est progressivement orienté vers l'irrigation. « En France, avant 2000, la motivation pour initier un projet de Reut, ce n'était pas pour répondre à un manque d'eau mais pour éviter le rejet en milieu sensible, a indiqué Catherine Neel. Ensuite, on constate de plus en plus une volonté de maximiser l'utilisation de l'eau avant le rejet en mer, de réserver l'eau potable pour un usage eau potable et orienter l'eau traitée pour un usage agricole ou de voirie. »

Pour les cas qui n'ont pas abouti, plusieurs raisons ont pu être identifiées : un refus de l'agriculteur du fait de la présence de macro-déchets difficile à traiter (cas d'une Step 1800 EH), un niveau de traitement requis trop contraignant (Step de 1350 EH), un besoin d'eau pas assez important pour l'usage visé (3600 EH), l'usage prévu n'a pas vu le jour (golf), des exigences supplémentaires du fait de la présence de public mais également la frilosité de la filière agronomique, ou encore des problèmes de viabilité économique que ce soit pour des Step de 1500 à 220 000 EH.

Une rentabilité à assurer

« C'est l'usage qui définit la réutilisation des eaux usées traitées, a souligné Mathieu Delahaye, chef de marché protection de la ressource et des milieux aquatiques chez Suez. Une station d'épuration peut fournir plusieurs types d'eaux et l'intérêt c'est de proposer ces différentes qualités pour augmenter la pérennité et la rentabilité du projet : pour une irrigation agricole ou arrosage, un usage récréatif, un usage indirect en alimentant une nappe, etc. ».

Pour lui, les réponses à certaines questions conditionnent la réussite d'un projet : notamment quels sont les usages de l'eau usée traitée, leurs pérennités, les traitements nécessaires, la durée de stockage nécessaire, ou encore la distance entre le site de production et l'utilisateur. Autre impératif : intégrer la population dans le projet pour favoriser l'acceptation sociale et ne pas négliger le coût du capital et du suivi.

« Il faut étudier les zones d'opportunités pour envisager la Reut comme un levier d'adaptation et ne pas conduire à des mal-adaptations en substituant le volume d'étiage à une rivière », a précisé Catherine Neel. La Reut est l'une des options à étudier localement, pour répondre à des enjeux de territoire pensés plus largement ».

Un cadre en évolution

 
C'est l'usage qui définit la réutilisation des eaux usées traitées.  
Mathieu Delahaye, chef de marché protection de la ressource et des milieux aquatiques chez Suez
 
Différents textes sont venus progressivement consolider le cadre de la Reut en France. Aujourd'hui, le ministère de la Transition écologique semble vouloir faciliter ce type de projet. À l'issue des assises de l'eau, il a notamment fixé comme objectif le triplement, d'ici 2025, de l'usage de l'eau non conventionnelle réutilisée.

Au niveau européen, un règlement pour l'utilisation de l'eau usée épurée à des fins d'irrigation agricole devrait prochainement être adopté formellement. Une fois le texte publié, il sera d'application immédiate, mais les États membres disposeront d'un délai de mise en conformité de trois ans pour les installations existantes et de six mois pour les nouveaux projets.

La volonté du texte européen est de ne pas fixer de prescription ou d'exigence générique à l'usage mais demande des niveaux de qualité plus importants que le cadre français. « Le gros changement par rapport à la réglementation française c'est que l'essentiel des exigences minimales portent sur le gestionnaire de la step qui doit réaliser des analyses de risques », a rappelé Catherine Neel.

Le futur règlement européen implique également une adaptation de la réglementation française qui couvre aussi l'arrosage des espaces verts. « Nos prescriptions sur les autres usages ne doivent pas être incohérents avec le contexte européen. Nous allons mettre en place un groupe de travail "réutilisation des eaux non conventionnelles" », a indiqué Emmanuel Morice, chef du bureau de la lutte contre les pollutions domestiques et industrielles au ministère de la Transition écologique, lors d'une journée FNCCR sur l'assainissement. Nous espérons que dans les deux ans, nous aurons assez d'éléments pour construire un texte pour de nouveaux usages ».

Réactions1 réaction à cet article

 

Enfin un peu d'évolution dans le domaine de la réutilisation des eaux usées. Comme pour l'énergie renouvelable et la gestion des eaux pluviales, nous devrions enfin nous orienter vers des installations individuelles (de particuliers) plus propres avec une gestion des eaux grises traitées et réutilisées en local.

Alonzy | 22 février 2020 à 09h26
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Dorothée Laperche

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager