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Saturnisme infantile : vers la baisse du seuil d'exposition au plomb

Alors que le niveau actuel de plombémie en cas de saturnisme infantile est de 100 µg/L, le Haut Conseil de la santé publique préconise d'abaisser de moitié ce seuil, compte tenu des effets nocifs démontrés chez les enfants et les femmes enceintes.

Risques  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
Saturnisme infantile : vers la baisse du seuil d'exposition au plomb

Saisi en octobre 2012 par la Direction générale de la santé (DGS), le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a publié le 10 juillet un rapport qui préconise de réviser à la baisse le seuil d'exposition au plomb définissant le saturnisme infantile fixé actuellement à 100 microgrammes (µg) de plomb par litre (L) de sang par l'arrêté du 5 février 2004.

Toxicité inférieure à 100 µg /L

Des effets "nocifs sur la santé" inférieurs à cette norme ont en effet été démontrés par plusieurs études scientifiques récentes, souligne le HCSP, en s'appuyant notamment sur les résultats d'un avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) daté de janvier 2013.

Le plomb est actuellement reconnu comme un "toxique sans seuil", notamment pour les enfants âgés de moins de 6 ans et les femmes enceintes. Des effets "tels que la baisse des capacités cognitives, un retard du développement psychomoteur et des troubles du comportement sont connus" pour des mesures de plomb dans le sang supérieures ou égales à 100 µg/L, rappelle le HCSP. Mais des effets sur le développement neurologique et une perte de QI (quotient intellectuel) sont également constatés à des niveaux d'imprégnation "plus faibles", souligne-t-il.

Les études montrant les effets du plomb sur "la pression artérielle et sur la fonction rénale" chez l'adulte et celles montrant "des déficits au niveau du système nerveux central (objectivés par une diminution du QI) chez l'enfant" constituent une base scientifique "suffisamment robuste" pour conclure à des effets "néfastes" du plomb à des plombémies inférieures à 100 μg/L, a conclu l'expertise collective de l'Anses, en appelant à "revoir l'ensemble des valeurs de référence".

Ces conclusions sont "en accord" avec celles exprimées par les autres organismes internationaux ou nationaux - l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), le Programme national toxicologique américain (NTP) et Santé Canada - ayant récemment évalué les effets du plomb, note le HCSP.

Selon l'analyse des études épidémiologiques publiée en juin 2012 par le NTP, il existe des "preuves suffisantes" d'effets nocifs, quand la plombémie est inférieure à 50 μg/L chez la femme enceinte, sur le développement foetal et sur le déroulement de la grossesse. Chez les adolescents et/ou les adultes, une augmentation des risques de maladie rénale chronique et d'hypertension artérielle a été observée à ce taux. Des risques de troubles cognitifs chez l'enfant ont également été prouvés. Le NTP a aussi relevé des effets sur les retards de développements staturo-pondéral et sexuel ainsi que sur l'acuité auditive chez l'enfant, lorsque la plombémie est inférieure à 100 μg/L.

De son côté, l'Efsa, dans un avis paru en avril 2010, a proposé des valeurs de plombémie "critique" : de 12 μg/L pour les effets neurotoxiques infantiles (niveau correspondant à la perte d'un point de QI), de 36 μg/L pour les effets cardiovasculaires, et de 15 ou 16 μg/L pour les effets rénaux chez l'adulte.

Deux niveaux de plombémie : 25 et 50 μg/L

"L'existence établie d'effets nocifs du plomb en-deçà de 100 μg/L", le HCSP préconise par conséquent d'abaisser de moitié le seuil de plombémie actuel de saturnisme infantile, soit 50 μg/L. "On peut s'attendre à ce que, en moyenne nationale, au cours de la période récente, de l'ordre de 2% des enfants de 6 mois à 6 ans aient des valeurs de plombémie supérieures à 50 μg/L ; dans certaines régions et quartiers urbains, cette prévalence sera supérieure", prévient-il.

Ce niveau "d'intervention rapide" implique la déclaration du cas aux autorités sanitaires départementales et le déclenchement de l'enquête environnementale pour l'identification des sources d'exposition (poussières domestiques, sols contaminés, concentration de plomb dans l'eau du robinet supérieure à 10 μg/L, anciennes peintures à base de céruse dans les logements construits avant 1949, …) et leur éradication, précise le HCSP.

L'objectif est d'améliorer le dépistage des enfants de moins de 7 ans et des femmes enceintes surexposés. Pour ces dernières, le repérage des facteurs de risque d'exposition au plomb "devrait systématiquement être réalisé à l'occasion de l'entretien prénatal du 4ème mois", selon le HCSP.

L'autorité sanitaire recommande également d'instaurer "un niveau de vigilance" pour les plombémies égales ou supérieures à 25 µg/L. "Son dépassement indique l'existence probable d'au moins une source d'exposition au plomb dans l'environnement et justifie une information des familles sur les dangers du plomb et les sources usuelles d'imprégnation, ainsi qu'une surveillance biologique rapprochée, accompagnée de conseils hygiéno-diététiques visant à diminuer l'exposition", explique le HCSP. Il préconise une mesure au moins trimestrielle de la plombémie.

Le HCSP demande la prise en charge médicale des personnes dont la plombémie dépasse le niveau de vigilance ou le niveau d'intervention rapide. "Ces niveaux de référence devront être actualisés tous les 10 ans".

Pour 2017, le HCSP préconise un objectif de plombémie moyenne attendue en population générale fixée à 12 μg/L (conforme au seuil pour les effets neurotoxiques des enfants, proposé par l'Efsa) afin de "garantir un risque minimum". Autre objectif visé en 2017 : "98% de la population avec une plombémie inférieure à 40 μg/L".

Réactions2 réactions à cet article

 

Bonjour,
Comment peut-on localiser "sur le terrain" les points de concentration de plomb ?
- Dans les habitations construites avant 1949 ?
- Sur les sols, ou en mer, où la concentration en Pb peut être relativement élevée, et plus présents les risques d'assimilation par nos organismes (notamment femmes et enfants) ?

Et comment remédier à cet état de fait ? Avant même que les analyses de sang chez les patients déjà atteints nous alertent.
Ce ne serait que de la prévention, sans doute moins coûteuse pour l'Etat et les ménages.
Cordialement..

Grandgousier | 02 septembre 2014 à 10h16
 
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Bonjour,
Les CREP et DRIPP transmis aux organismes certificateurs ou aux autorités locales peuvent faire l'objet d'analyse statistiques et géographiques
précises avec retour d'information synthétique publique.
Cordialement

Martin | 31 octobre 2014 à 10h31
 
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