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Risques industriels : le nombre d'accidents en hausse de 12 % hors établissement Seveso

Le nombre d'accidents dans les installations classées est toujours en hausse en 2019, avec de mauvais chiffres pour le secteur des déchets. L'accidentologie baisse toutefois parmi les établissements Seveso malgré la catastrophe de Lubrizol.

Risques  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com

« A contrario des établissements classés Seveso, l'examen de la situation des [autres installations classées] montre une tendance à la hausse des accidents ainsi que des événements sur les dernières années », constate le Bureau d'analyse des risques et pollutions industriels (Barpi) dans l'inventaire 2019 des accidents technologiques.

Ce bureau du ministère de la Transition écologique, qui recense les événements technologiques à travers la base Aria, a recensé 1 098 événements (accidents, incidents et situations dégradées) dans les installations classées (ICPE) en 2019, dont 275 dans les établissements Seveso et 823 hors Seveso.

21 % des accidents dans le secteur des déchets

Le nombre d'accidents sur le périmètre « hors Seveso » s'est élevé à 370 en 2019, en hausse de 12 % par rapport à l'année précédente. Le secteur déchets-eaux usées se distingue puisqu'il représente 21 % des accidents sur la période 2014-2019, loin devant l'agroalimentaire (14 %), la chimie-pharmacie (12 %) et l'agriculture-élevage (10 %).

Et ces différences ne sont pas seulement liées au poids respectif de chaque secteur parmi les activités industrielles comme le révèle l'évolution différenciée des accidents. Sur la même période, le secteur des déchets-eaux usées a en effet enregistré une croissance de 150 % des accidents, devant le secteur du commerce et de l'agroalimentaire. Le seul secteur à connaître un recul de l'accidentologie est celui de la métallurgie.

Les incendies arrivent en tête des phénomènes dangereux en cause (59 % des cas), suivis par les rejets de matières (41 %) et les explosions (4 %). Cette répartition peut toutefois être très différente selon les secteurs, les incendies représentant près de 90 % des phénomènes dans le secteur des déchets. Au niveau des conséquences humaines, le Barpi a recensé quatre décès dus aux accidents rapportés en 2019 et 591 blessés (contre 447 en 2018). « Les effets corporels associés sont plus particulièrement liés aux  fumées résultant des incendies », explique ce dernier.

« L'analyse des perturbations montre de manière constante sur les trois dernières années la prédominance des défauts matériels », relèvent les auteurs de l'inventaire. Mais, quelles que soient les perturbations à l'origine des événements, l'identification des causes « converge dans une majorité de cas sur les facteurs organisationnels », ajoutent-ils. Ces causes organisationnelles portent principalement sur l'organisation des contrôles, le choix des équipements et l'identification des risques.

Dix tonnes de poissons asphyxiés

Plusieurs accidents emblématiques illustrent la surreprésentation du secteur déchets-eaux usées dans la sinistralité. C'est le cas de l'incendie survenu dans la station d'épuration d'Achères (Yvelines), la plus importante d'Europe. Un feu s'est déclaré le 3 juillet 2019 lors d'opérations de maintenance au sous-sol du bâtiment de clarifloculation qui contenait dix cuves de chlorure ferrique. L'exploitant de cet établissement classé Seveso seuil haut a déclenché le plan d'opération interne (POI). Le sinistre a provoqué une épaisse fumée noire, l'effondrement de la toiture du bâtiment, l'utilisation de 20 000 m3 d'eau d'extinction et le rejet d'eaux usées partiellement traitées dans la Seine.

« Une forte mortalité aquatique, due aux rejets dégradés de la station, est constatée sur l'ensemble des berges. Une société spécialisée récupère 10 t de poissons asphyxiés », rapporte le Barpi. Si les mesures dans l'environnement « ne montrent pas d'impact notable », un épisode orageux survenu 24 jours après l'événement provoque une nouvelle mortalité de poissons en raison de la réduction des capacités de traitement de la station. « L'exploitant prévoit d'installer un dispositif d'oxygénation dans le canal de rejet afin d'améliorer la qualité de ses rejets », rapporte de façon laconique le service du ministère de la Transition écologique.

Conditions de stockage non conformes

Autre accident emblématique, dans le secteur des déchets : l'incendie du 2 juin 2019 dans un centre de tri, de transit et de regroupement de déchets dangereux à Saint-Ouen-l'Aumône (Val d'Oise). Le feu a détruit 5 000 m2 de bâtiments de stockage contenant des déchets de peinture, de solvants, d'acides fluorhydriques et du matériel informatique, dont un stockage de lithium, rapporte la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie d'Ile-de-France (Driee) qui vient également de publier son bilan de l'environnement industriel pour 2019. L'accident a donné lieu à l'intervention de 278 pompiers sur trois jours, à une évacuation du personnel, au confinement de la population avoisinante et à un déversement d'une partie des eaux d'extinction dans le réseau d'eaux pluviales occasionnant une irisation de l'Oise.

« L'ampleur du sinistre peut être expliquée en partie par une quantité de déchets dangereux présente sur le site plus de deux fois supérieure au seuil autorisé. Les conditions de stockage de ces déchets étaient par ailleurs non conformes aux prescriptions réglementaires. L'absence d'un état des stocks, de l'étiquetage des déchets et d'un plan d'intervention a complexifié la tâche des pompiers », rapporte le Barpi. Suite à ce sinistre, l'inspection des installations classées a notamment demandé la caractérisation de l'impact du déversement des eaux d'extinction dans l'environnement et la mise à jour de l'étude de dangers (EDD).

Après à cet accident et plusieurs autres incendies, la Driee a lancé une action « coup de poing » de contrôle des installations de gestion des déchets au cours de l'été 2019. Le verdict est sans appel. Plus de 60 % des sites contrôlés présentaient des écarts notables par rapport à la réglementation : stocks plus importants qu'autorisés, inadaptation des moyens de lutte contre l'incendie, mauvaise formation du personnel, absence de capacité de rétention des eaux d'extinction en cas d'incendie. « Ces accidents sont certes en partie dus aux difficultés des filières d'élimination des déchets ultimes et de valorisation des matières recyclables, qui amènent certains exploitants à accumuler des stocks importants. Toutefois, la qualité de la gestion des risques sur les sites reste insuffisante », pointe la Driee.

Les actions de contrôle dans ce secteur sont censées se poursuivre. Une action nationale sur le risque d'incendie et d'explosion dans ces installations a en effet été décidée pour l'année 2020.

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