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Risques industriels : l'accidentologie beaucoup plus forte pendant les épisodes de forte chaleur

Les épisodes de canicule de l'été 2015 ont provoqué une augmentation notable du nombre d'accidents industriels. Le Barpi en dresse le bilan et formule des propositions alors que ces épisodes sont amenés à se multiplier.

Risques  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°362 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°362
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Les accidents technologiques survenus en juillet 2015 ont connu une hausse de 43% par rapport à la moyenne des accidents enregistrés les dix années précédentes. En cause ? Les épisodes de canicule connus durant cette période. C'est ce qui ressort de l'Inventaire des accidents technologiques 2015, publié le 1er septembre par le Bureau d'analyse des risques et pollutions industriels (Barpi).

Ce bureau, qui relève du ministère de l'Environnement, a analysé ces accidents et leurs causes, et propose des mesures correctives recensées dans une synthèse publiée en novembre 2015. Un retour d'expérience indispensable pour les industriels qui vont devoir s'adapter à la multiplication des canicules occasionnées par les changements climatiques.

Le secteur des déchets particulièrement touché

"Les accidents liés à la canicule surviennent aussi bien dans des installations classées (ICPE) que lors du transport de matières dangereuses (TMD) par voie routière ou ferroviaire", révèle le Barpi, qui a enregistré 43 accidents liés à la chaleur entre avril et septembre 2015 dans la base Aria. Mais le secteur le plus impacté a été sans conteste celui des déchets qui représente près de la moitié de ces accidents. Les phénomènes dangereux les plus fréquemment constatés sont les incendies et les rejets de matières dangereuses ou polluantes.

Pour ce qui concerne les incendies, 75% d'entre eux impliquent des déchets, révèle la synthèse. Tous les accidents sont intervenus pendant des phases de stockage, mis à part un incendie dans un compacteur de déchets industriels banals (DIB). Les mécanismes à l'origine des départs d'incendie sont des effets "loupe", des emballements de réactions de fermentation de déchets fermentescibles ou d'échauffement de résidus de broyage automobile (RBA) ou de plastiques, une inflammation de liquides ou solides inflammables présents au sein des matières stockées (surchauffe de ferrailles, inflammation de tournure de fonte imprégnées de lubrifiants, inflammation d'emballages souillés), ainsi qu'une explosion d'aérosol. En dehors des déchets, les produits impliqués sont ceux qui présentent une forme pulvérulente et sont très sensibles aux échauffements (farine, poussières de polyuréthane), ainsi que les produits ayant une sensibilité liée à la température et à l'humidité (galettes de nitrocellulose, galets chlorés).

Les rejets de substances dangereuses ou polluantes, quant à eux, sont dus à une surpression liée à la dilatation thermique des gaz ou à une modification des propriétés physico-chimiques des produits contenus dans des camions, des wagons-citernes ou des cuves GPL en stations-service. Ils peuvent également résulter d'une perturbation des procédés industriels induite par la chaleur (défaillance électrique, réaction inattendue des substances). Un seul phénomène d'explosion a été constaté, résultant d'une réaction intempestive de polymérisation dans des fûts de déchets pâteux stockés dans un camion immobilisé pendant la nuit.

"Dans de nombreux cas, les températures caniculaires ne sont pas la cause unique de l'accident", constate toutefois le Barpi. Elles se combinent avec une défaillance, bien souvent organisationnelle : procédures d'exploitation non respectées ou ne prenant pas en compte la vulnérabilité à la chaleur des produits, négligences ou formation insuffisante du personnel, pratiques de maintenance ou d'entretien incompatibles avec une situation de canicule. Quand elles ne sont pas la cause directe d'un accident, les fortes chaleurs, souvent couplées avec des vents violents, peuvent aussi jouer le rôle de facteur aggravant.

Mieux former le personnel

Tirant la leçon de ces expériences, le Barpi propose plusieurs mesures correctives couvrant trois volets. Le premier concerne les procédures d'exploitation et de contrôle. Les préconisations portent sur les phases d'activité réduite (gardiennage, vidéo-surveillance) et le stockage/stationnement prolongé en plein soleil de bacs/cuves/camions-citernes contenant des matières sensibles à la chaleur (limitation du temps de stockage, aménagements, transport isotherme). Mais aussi sur l'adaptation des procédures d'exploitation existantes aux épisodes de fortes chaleurs (contrôles complémentaires, modifications de consignes, dispositifs techniques complémentaires) et sur un meilleur contrôle des modes d'exploitation non sécuritaires (séparation entre les stockages, limitation des quantités stockées).

Le deuxième volet des recommandations porte sur la formation du personnel. Le Barpi préconise de former les opérateurs sur la vigilance à adopter lors d'opérations critiques comme le tri des déchets et des emballages souillés, sur le risque incendie dans les configurations de canicule et sur les procédures spécifiques mises en place en périodes de forte chaleur. Ainsi, un épisode de feu dans un broyeur d'un centre de regroupement de déchets métalliques montre l'importance d'une formation des gardiens à l'utilisation des systèmes d'arrosage préventif des déchets avant broyage.

Le troisième volet de propositions porte sur les procédures d'entretien et de maintenance. Le bureau d'analyse des risques du ministère de l'Environnement préconise de renforcer la maintenance des vannes, brides, écrous et joints des capacités de stockage et de transport afin de prévenir les fuites. Il demande également de veiller à l'entretien de la végétation environnante des sites industriels (fauchage régulier, évacuation des chaumes, arrosage des zones agricoles, zones coupe-feu) afin d'éviter la propagation d'un incendie en provenance de l'extérieur ou, à l'inverse, d'éviter une embrasement externe à partir d'un incendie dans l'installation. Le Barpi préconise enfin d'assurer une maintenance préventive régulière des systèmes électriques, dont la défaillance peut avoir des conséquences en chaîne, et de disposer de systèmes de secours susceptibles de prendre le relais.

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