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Risques : le nouveau dispositif d'alerte par téléphone portable est opérationnel

Le dispositif FR-Alert permet d'envoyer des notifications sur les téléphones mobiles dans les zones confrontées à un grave danger. Sa coordination avec les systèmes d'alerte existants soulève encore des questions.

Risques  |    |  L. Radisson
Risques : le nouveau dispositif d'alerte par téléphone portable est opérationnel
Actu-Environnement le Mensuel N°427
Cet article a été publié dans Actu-Environnement le Mensuel N°427
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« Nous ne pouvons plus gérer des crises du XXIe siècle avec un outil du XXe », avait admis le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, après l'incendie de l'usine Lubrizol, le 26 septembre 2019. En cause ? Le système d'alerte des populations qui repose essentiellement sur les sirènes issues de la défense passive des années 1930. Lors de l'accident rouennais, les sirènes n'avaient retenti que sept heures après sa survenance et le public ignorait s'il fallait évacuer la zone ou, au contraire, rester confiné chez soi.

Les insuffisances du système d'alerte avaient été pointées, avec un degré critique variable, par la commission d'enquête du Sénat, la mission d'information de l'Assemblée nationale, la mission d'inspection de hauts fonctionnaires diligentée par cinq ministres, ainsi que par l'Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris). « Nous allons faire faire un grand pas à notre système d'alerte : le XXe siècle a vu le passage du tocsin à la sirène, le XXIe siècle sera celui du passage de la sirène au téléphone portable », avait répondu Gérald Darmanin, le 24 septembre 2021, en présentant le plan d'action post-Lubrizol.

“ Le XXe siècle a vu le passage du tocsin à la sirène, le XXIe siècle sera celui du passage de la sirène au téléphone portable ” Gérald Darmanin
À cette occasion, le ministre de l'Intérieur avait annoncé le déploiement d'ici à 2022 d'un nouveau système d'alerte des populations consistant en l'envoi de SMS sur les téléphones portables, complété par un système de diffusion cellulaire (Cell Broadcast) de l'alerte. Après l'exercice de sécurité civile Domino, réalisé le 17 mai 2022 à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), puis un deuxième exercice, le 7 juin, à Solaize (Rhône) dans la Vallée de la chimie, le nouveau dispositif est opérationnel depuis le 21 juin 2022, annonce le gouvernement. Il faut dire que cette date est celle fixée par une directive européenne du 11 décembre 2018 qui impose aux États membres de se doter d'un système d'alerte des populations via la téléphonie mobile. Le ministère de l'Intérieur a en fait poursuivi les expérimentations après cette date, à Achères (Yvelines), le 22 juin, puis à Rouen (Seine-Maritime), le 28 juin.

Système de diffusion cellulaire

Dénommé FR-Alert, le nouveau dispositif permet « d'envoyer des notifications sur les téléphones mobiles des personnes présentes dans une zone concernée par un incident majeur », résume le site service-public. Il combine en principe deux technologies : la diffusion cellulaire (Cell Broadcast), d'une part, et les SMS géolocalisés, d'autre part. Seule la première est pour l'heure opérationnelle. Elle consiste en la diffusion de messages sous la forme d'ondes radio par les antennes de télécommunication. Elle doit permettre d'alerter la population en quelques secondes. Fonctionnant sur la 4G ou la 5G, elle exclut toutefois les téléphones classiques.

La technologie des SMS géolocalisés, quant à elle, repose sur la diffusion des messages via les antennes relais et fonctionne avec la 2G, la 3G ou la 4G. « La diffusion de gros volumes de SMS peut prendre plus de temps », indique le ministère de l'Intérieur. « Ce volet, qui ne présente pas de réel challenge technologique, sera disponible au début de l'automne », précise Romain Moutard, directeur du projet interministériel FR-Alert. « Il s'agit de jouer de la complémentarité entre les deux vecteurs », ajoute le représentant du ministère de l'Intérieur.

Plusieurs types d'événements peuvent faire l'objet d'une notification : événements naturels, accidents biologiques et chimiques, dangers sanitaires, incidents technologiques et industriels, événements graves de sécurité publique. Les notifications pourront porter sur la nature du risque, l'autorité qui diffuse l'alerte, la localisation du danger ou encore la conduite à tenir. « Les notifications d'alerte pourront être diffusées en plusieurs langues, notamment lorsqu'elles concerneront des zones connues pour leur fréquentation touristique », précise le ministère de l'Intérieur. La prise en charge du multilinguisme, de manière à envoyer des messages dans la langue des étrangers potentiellement présents dans la zone de danger, fait d'ailleurs partie des points à améliorer avec l'ergonomie de l'application et la question de l'interdépartementalité, précise M. Moutard à la suite des expérimentations.

L'arrivée de ce dispositif ne remet pas en cause les systèmes d'alerte existants, en particulier le système d'alerte et d'information des populations (SAIP) de l'État. Celui-ci comprend « plus de 2 000 sirènes raccordées à un logiciel de déclenchement à distance, l'activation des médias TV et radio pour diffusion des messages d'alerte et d'information sur leurs antennes ainsi que la mobilisation des comptes institutionnels sur les réseaux sociaux », rappelle le ministère de l'Intérieur. « L'ADN du système, c'est le multi-vecteur. Aucun vecteur, et le Cell Broadcast ne fait pas exception, ne permet de toucher 100 % des gens », explique Romain Moutard. Actuellement, le Cell Broadcast atteint un taux de pénétration d'environ 60 %, mais l'objectif est de 80 % en 2023, annonce le représentant de l'État. « Seules la solidarité et la bienveillance des uns et des autres à l'égard de leur famille et de leurs voisins permettra d'atteindre le 100 % de pénétration », ajoute le fonctionnaire.

Associer les collectivités

« C'est un outil qui manquait. C'est une bonne nouvelle qu'il soit mis en service », réagit Delphine Favre, d'Amaris. « La grosse question est celle de savoir si les collectivités pourront, à un moment donné, y avoir accès », tempère la déléguée générale de l'association de collectivités, tout en précisant que des actions de formation des maires seraient souhaitables. « Dans 90 % des cas, les crises sont gérées par les maires et, quand le préfet prend la main, ça prend en général énormément de temps. Les préfets ont toujours peur de créer un effet de panique. La question est donc de savoir comment ça va se passer avec des événements à cinétique rapide », ajoute Mme Favre.

Lors des deux expérimentations de Fos-sur-Mer et de Solaize, il a fallu trente à quarante-cinq minutes après le déclenchement de la sirène pour que le message Fr-Alert soit envoyé, ont constaté les représentants d'Amaris présents sur place en tant qu'observateurs. À première vue, loin de l'alerte « en temps réel » annoncée par le gouvernement. « Le Cell Broadcast prend de quelques secondes à quelques dizaines de secondes tout au plus entre le moment où vous appuyez sur la touche pour envoyer l'alerte et celui où l'abonné la reçoit sur son téléphone, se défend M. Moutard. C'est beaucoup plus rapide que les sirènes. Si l'on parle des sirènes des industriels, c'est logique qu'elles sonnent avant un dispositif d'alerte public. » Seul un décalage de quelques minutes entre la sirène publique et le Cell Broadcast a pu avoir lieu, admet le fonctionnaire. Un décalage qui va être réglé, ajoute-t-il, du fait de l'interfaçage en cours de la composante sirène du SAIP avec FR-Alert, qui devrait conduire à un déclenchement simultané des deux alertes.

« A minima, les acteurs devraient se coordonner », réclame Delphine Favre. Les outils d'alerte des communes (sirène, systèmes d'appels téléphoniques en masse) et FR-Alert doivent être « coordonnés et synchronisés pour diffuser une alerte cohérente », demande le conseil d'administration d'Amaris. Il devrait d'ailleurs en être de même avec les sirènes des industriels. Romain Moutard appelle, lui aussi, à la coordination des différents acteurs. « La multiplicité des déclenchements de sirènes pourrait paraître un peu anxiogène pour une partie de la population, relève-t-il, mais chacune a son utilité. »

L'accès des communes au nouvel outil ne fait pas l'objet d'une fin de non-recevoir de la part du ministère de l'Intérieur, mais reste incertain. Il se heurte au problème technique de la sécurisation de l'accès à la plateforme, avance M. Moutard. « Une instruction est en cours de rédaction pour préciser qui peut intervenir et qui coordonne en fonction des thématiques et de la cinétique des événements », annonce le représentant du ministère de l'Intérieur. Un document qui permettra de savoir si l'État continue à conserver ses prérogatives jacobines en la matière ou s'il accorde un peu de place aux communes, souvent en première ligne face aux accidents technologiques et aux catastrophes naturelles.

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