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L'Anses pointe le cocktail d'agents chimiques et biologiques qui menace les égoutiers

L'Agence de sécurité met en évidence l'exposition des égoutiers aux agents chimiques et biologiques qui explique la surmortalité constatée. Elle recommande notamment la mise en place d'une formation professionnelle obligatoire.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°361 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°361
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Une étude de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), publiée en 2009 et portant sur la période 2000-2007, a montré une surmortalité de 56% des égoutiers parisiens. Suite à ces résultats préoccupants, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) s'est auto-saisie en 2011 afin d'évaluer les risques sanitaires spécifiques liés à cette profession et d'identifier les causes de cette surmortalité.

Elle publie ce mercredi 22 juin les résultats de son expertise fondée sur les données de la littérature scientifiques et d'une campagne de mesures effectuées parmi les égoutiers de la ville de Paris. Cette étude met en évidence une exposition à "un cocktail d'agents chimiques et biologiques présents dans l'eau et dans l'air des égouts". Le risque radiologique a, quant à lui, été délibérément laissé de côté dans l'attente d'une expertise que mène en parallèle l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Surmortalité par maladies infectieuses et par cancers

"De manière générale, les concentrations en polluants dans l'air des égouts sont supérieures aux concentrations mesurées en extérieur, du fait du manque de renouvellement d'air et du confinement, et de la présence de sources de contamination propres aux égouts", relève l'Anses, qui pointe une exposition à des composés cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (cadmium, cobalt, HAP, particules, etc.). L'étude a permis d'identifier des tâches plus exposantes que d'autres comme le nettoyage à haute pression ou le curage avec engins des bassins de dessablement. Même si les concentrations de polluants mesurées se révèlent faibles par rapport aux valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) ou aux valeurs toxicologiques de références (VTR), des effets sanitaires liés aux co-expositions, aux synergies entre polluants et à des pics de concentration sont à craindre, explique l'Agence.

L'Anses confirme l'existence d'effets sanitaires de long terme pour les égoutiers du fait de ces conditions de travail particulièrement pénalisantes. "Les symptômes les plus fréquemment rapportés par les travailleurs exposés aux eaux usées sont des symptômes digestifs (diarrhées aiguës), respiratoires (toux, troubles obstructifs), d'irritation du nez, de la gorge et de la peau ou eczéma, et généraux (céphalées, asthénie)", peut-on lire dans l'étude.

Les études prises en compte ont montré une surmortalité par maladies infectieuses, cancer du foie, cancer du poumon et suicide. L'Agence de sécurité sanitaire ne parvient toutefois pas à identifier précisément les facteurs de risques spécifiques responsables de cette surmortalité, même si micro-organismes et agents chimiques sont dans le collimateur. "La dévalorisation du métier d'égoutier, l'affaiblissement des collectifs de travail et la dimension anxiogène du travail en égout pourraient expliquer une souffrance accrue au travail", avance également l'Anses pour expliquer les suicides.

 
Les égoutiers impactés par le dérèglement climatique L'Anses pointe aussi les effets probables du dérèglement climatique sur l'assainissement des agglomérations : modification de volume d'eau transitant dans les réseaux, modification de la température des eaux usées collectées et transportées, etc. Elle recommande d'anticiper ces impacts sur la santé et la sécurité des professionnels amenés à travailler dans ces réseaux.
 
Formation obligatoire et suivi médical renforcé

A partir de ce constat, l'Agence de sécurité émet tout une série de recommandations, qui pourraient encore être complétées, une fois connus les résultats d'une campagne de mesures d'agents biologiques qui a lieu actuellement dans les égouts parisiens.

Parmi ces recommandations, elle demande aux employeurs de mieux prendre en compte les risques chimiques, microbiologiques et psycho-sociaux de long terme dans le document unique d'évaluation des risques (DUER) en vue de mettre en place un plan d'actions.

L'Anses préconise également une formation professionnelle obligatoire pour toute personne amenée à travailler dans un réseau d'assainissement souterrain, en complément du certificat d'aptitude à travailler en espaces confinés (Catec). Pour les tâches particulièrement exposantes, elle demande d'optimiser la ventilation du réseau d'assainissement et de mécaniser ces tâches.

Elle préconise aussi de mettre en œuvre les mesures d'hygiène et les consignes de sécurité en lien avec le service de santé au travail : mise en œuvre des équipements de protection collective (EPC), mise à disposition d'équipements de protection individuelle (EPI) adaptés, de détecteurs multigaz, d'installations sanitaires et de vestiaires propres et en nombre suffisant, organisation d'un circuit sale/circuit propre, affichage des règles de santé et sécurité au travail (SST), etc.

L'Anses recommande aussi un suivi médical renforcé de la santé des égoutiers, le suivi des avis du Haut Conseil de santé publique en matière de vaccination anti-léptospirose et anti-hépatite A, ainsi que la traçabilité des expositions par les travailleurs.

Contrôler la conformité des rejets aux autorisations

L'Agence recommande par ailleurs de renforcer l'auto-surveillance et de contrôler plus régulièrement la conformité des rejets d'eaux usées non domestiques aux autorisations de déversement. Mais aussi de favoriser les réseaux d'assainissement permettant l'auto-curage, ainsi que la mécanisation, l'intervention à distance et l'inspection télévisée. Elle suggère aussi la mise en place de cartographies des risques permettant d'identifier, de centraliser et d'actualiser les connaissances sur les zones d'égout les plus problématiques.

"Des campagnes de sensibilisation devraient être organisées afin, d'une part, de rappeler à la population générale que le réseau d'assainissement souvent appelé « tout à l'égout » n'est pas destiné à tout recevoir et, d'autre part, de préciser les bonnes pratiques de rejet", ajoute enfin l'Anses.

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