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Mieux prendre en compte les facteurs humains dans la prévention du risque industriel

S'appuyant sur l'expérience des secteurs nucléaire et aéronautique, l'Ineris propose cinq leviers d'action pour que l'industrie intègre les facteurs organisationnels et humains dans la prévention des risques technologiques.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

"Les facteurs organisationnels et humains ont contribué à 62% des accidents industriels en 2013", indique Ludovic Moulin, responsables des activités "facteurs organisationnels et humains" (FOH) à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) et psychologue de formation. Pourtant, ces facteurs sont très peu pris en compte par les exploitants d'installations classées (ICPE).

C'est ce que révèle une étude que l'établissement public a conduite en comparant ce secteur avec celui de l'aéronautique et du nucléaire où les FOH sont étudiés depuis le début des années 80 à partir de l'analyse des accidents majeurs (Three Mile Island et Tchernobyl pour le nucléaire).

 
La définition des FOH par l'Ineris Les démarches FOH désignent les approches pluridisciplinaires qui mobilisent les connaissances, modèles et techniques issues des sciences humaines et sociales (ergonomie, psychologie, sociologie, sciences de la gestion et économie, sciences politiques…), afin d'appréhender les systèmes sociotechniques dans leur fonctionnement réel. Ces démarches sont mobilisables dans les phases de conception, d'exploitation et d'investigation de la sécurité industrielle.
 
Mauvais retour d'expérience

"Dans le cas des installations classées, la démarche FOH n'a pas bénéficié de la dynamique des analyses d'accidents", relève l'Ineris, malgré les accidents majeurs de Seveso (1976), Bâle (1986) et AZF à Toulouse (2001). L'approche est centrée sur la "fiabilité humaine", perçue comme un complément à l'étude des barrières techniques de sécurité exigée par la réglementation environnementale, ajoute-t-il.

L'étude menée par l'Institut a permis d'identifier plusieurs types de freins : fort clivage entre sciences de l'ingénieur et sciences sociales, grande hétérogénéité des profils d'entreprises parmi les ICPE, morcellement des responsabilités dans la mise en œuvre d'une approche FOH. "La question du coût de la sécurité se pose également, avec d'autant plus d'acuité que le retour sur investissement de l'intégration des FOH dans la gestion des risques est difficile à estimer", ajoute l'Ineris.

Intégrer les FOH au système de gestion de la sécurité

Pour développer la prise en compte des facteurs organisationnels et humains dans la prévention des risques de type "Seveso", l'étude a identifié cinq leviers. Il s'agit tout d'abord d'intégrer les FOH au système de gestion de la sécurité (SGS) exigé par la directive Seveso. Dans cette perspective, l'Ineris publiera un premier guide courant janvier 2015 permettant d'évaluer comment un changement organisationnel peut perturber la sécurité d'une installation. Il sera suivi de deux autres guides consacrés aux risques liés à la sous-traitance, d'une part, et à l'évaluation du SGS, d'autre part.

Le deuxième levier consiste à développer le retour d'expérience (Rex) sur les FOH. Là aussi, l'Ineris prévoit de publier un guide, consacré à l'évaluation des processus de Rex, en collaboration avec les inspecteurs de l'ASN. L'Epic souhaite aussi développer l'analyse des accidents avec le Barpi et les Dreal.

L'Ineris entend également construire un cadre de référence FOH afin que toutes les parties concernées sachent vraiment ce que recouvrent ces facteurs. C'est pourquoi il prépare un document ressource sur l'ingénierie FOH, qui sera disponible en 2015.

S'intéresser à la complexité des organisations

Un autre levier consiste à favoriser le transfert des connaissances issues de la recherche vers les industriels et les institutionnels. A cet effet, l'Institut travaille sur des outils ergonomiques de gestion des risques accessibles aux PME. L'ambition ? D'une part, cesser de mettre exclusivement l'accent sur l'individu pour s'intéresser aussi à la complexité des organisations et, d'autre part, prendre en compte les FOH dans toute la chaîne de la sécurité industrielle, dans la conception en amont et dans la maintenance en aval. Une limite pointée toutefois par Ludovic Moulin : la réticence des industriels dès que l'on touche les questions de management au sein de l'entreprise.

Enfin, il s'agit de réfléchir à une gouvernance adaptée autour des questions de FOH. "Il est nécessaire d'encourager l'internalisation de l'expertise chez tous les acteurs, y compris les exploitants et le législateur", estime l'Ineris, qui se propose d'aborder ces questions à travers un projet de recherche européen sur trois ans, dénommé "Stars", lancé par le consortium Safera et financé par la France, la Finlande et la Norvège.

Quant à l'éventualité d'imposer la prise en compte des FOH via la réglementation, "il ne faut pas se précipiter" sur cette voie, estime Sylvain Chaumette, responsable des activités d'expertise sur la réglementation au sein de l'Ineris. Le risque est celui de consacrer plus de ressources sur les outils de conformité que sur la gestion réelle de la sécurité, explique en effet Ludovic Moulin.

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