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Les risques liés aux changements climatiques influent de plus en plus sur les stratégies d'entreprises

L'édition 2007 du Carbon Disclosure Project met en évidence une meilleure intégration des risques liés aux changements climatiques dans les stratégies des entreprises même si la contrainte carbone reste encore mal identifiée dans certains secteurs.

Risques  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Depuis plusieurs années, les assureurs et investisseurs s'intéressent aux risques sociaux, environnementaux et économiques que le changement climatique sous-entend. Ils cherchent surtout à savoir comment les entreprises envisagent la situation pour leurs activités. Pour cela, plus de 200 d'entre eux se sont associés en 2000 dans le cadre du Carbon Disclosure Project (CDP) : un questionnaire est envoyé aux plus importantes sociétés cotées au monde en termes de capitalisation boursière. Les réponses ont pour objectif d'informer les investisseurs membres du CDP sur les risques mais aussi les opportunités que représente « la contrainte carbone » et le changement climatique pour les entreprises. Les questions abordent aussi bien les risques en tant que tels mais également les innovations, le management interne, le coût de l'énergie, etc. Aujourd'hui le CDP regroupe 315 investisseurs représentant 41.000 milliards de dollars d'actifs.

Depuis sa création, le taux de participation progresse et l'extension de ce projet à d'autres secteurs géographiques cette année (2.700 entreprises) met en évidence le fait que la majorité des entreprises dans le monde considèrent désormais le changement climatique comme une source de risques commerciaux. Ainsi 100% des entreprises brésiliennes interrogées, 98% des entreprises du FTSE 100 et 97% des entreprises d'Australie/Nouvelle-Zélande, déclarent avoir pris conscience des risques commerciaux posés par le changement climatique.
En France, la situation est mitigée. L'enquête menée pour la deuxième année auprès des 120 plus grandes entreprises françaises intéresse certes de plus en plus de sociétés. Le taux de réponse est en effet en progression (56% contre 45% en 2006) même si 75% des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre (40 interrogées) ont répondu, contre seulement 46% des entreprises moins émettrices (80 interrogées). La qualité et la précision de l'information sont également en progrès puisque la moyenne des notes atteint 57 sur 100 en 2007 contre 51 sur 100 en 2006.
Cependant, les informations des sociétés les plus concernées par les risques liés aux changements climatiques sont moins précises et moins complètes que celles des sociétés moins impliquées. Ainsi, les entreprises des secteurs automobile et équipementiers, santé et pharmacie et banques et services financiers, dont les émissions directes de gaz à effet de serre sont relativement faibles, ont fourni des réponses de bonne qualité. Celles du secteur de la chimie, particulièrement émettrices de gaz à effet de serre, ont en revanche fourni des réponses moins pertinentes et moins complètes. Enfin, les secteurs biens et services industriels, aérospatial et défense et métallurgie ont fourni des réponses dont les scores moyens sont les plus faibles alors qu'ils sont les plus sensibles à la contrainte carbone. Reste que des lacunes subsistent dans les réponses des entreprises sur la quantification des émissions dues à l'utilisation des produits et services finaux, alors même qu'il s'agit d'un indicateur primordial pour certains secteurs. Les entreprises françaises doivent néanmoins poursuivre leurs efforts en matière de clarté et de transparence de l'information pour rattraper la qualité d'information sur les enjeux financiers du changement climatique que l'on observe dans les pays anglo-saxons.

Néanmoins, il semble que les sociétés ayant répondu au questionnaire soient de plus en plus conscientes des risques que le changement climatique fait peser sur leurs activités (79% contre 57% en 2006). Un grand nombre d'entreprises, quel que soit leur secteur d'activité, considèrent les impacts physiques du changement climatique comme un risque important. Parmi les autres risques identifiés par les entreprises, ceux liés au marché de quotas et de crédits d'émissions de CO2 sont souvent cités par les entreprises les plus émettrices. Notamment l'impact du coût des quotas et de l'incertitude sur les réductions effectives dans les projets MOC et MDP, ainsi que l'extension du périmètre des activités entrant dans le marché d'émissions de quotas de CO2 ont été évoqués comme des risques directs ou indirects dans de nombreux secteurs de l'économie.
79% des entreprises ayant répondu ont même déclaré qu'elles développaient des actions concrètes de réduction des émissions (contre 63% en 2006) et 45 % d'entre elles se sont fixé des objectifs quantitatifs précis de réduction de leurs émissions. Les moyens déployés sont multiples : optimisation des procédés, action sur l'ensemble du cycle de vie des produits ou mise en œuvre de mécanismes de flexibilité.
Les entreprises interrogées sont également plus nombreuses à identifier les opportunités liées au changement climatique (82% contre 65% en 2006) notamment à travers les crédits issus de projets MDP et par les économies d'énergie réalisées. De leur côté, les entreprises du secteur banques et services financiers ont identifié des opportunités de développement avec notamment des activités de « finance carbone ».

Ainsi, le CDP fournit à ses membres des informations essentielles et souvent difficiles à obtenir qui leur permettent d'évaluer les risques et les opportunités liés aux changements climatiques pour les entreprises dans lesquelles ils investissent. Mais pour l'instant, la « contrainte carbone » ne pèse malheureusement pas encore véritablement dans les décisions d'investissement.
L'association des Amis de la Terre estime d'ailleurs que le CDP ne répond plus du tout au contexte actuel : alors que se développent rapidement des calculs d'émissions de portefeuilles et des indices carbone, le CDP pêche par une méthodologie hasardeuse, une absence d'engagement des investisseurs, et fait lui-même le constat de sa quasi-inutilité, remarque-t-elle. La crédibilité du CDP reste très faible car aucune des données fournies au CDP n'est soumise à une vérification par des organismes indépendants, ce qui peut expliquer pourquoi les résultats du CDP ne sont pas utilisés par les professionnels du secteur, explique Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée à l'association. Pour l'ONG, le CDP doit donc, pour être crédible, adopter une méthodologie fiable, impliquer des engagements forts des investisseurs signataires, et surtout demander aux pouvoirs publics des mécanismes de régulation des émissions afin que les investisseurs agissent.

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