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Les riverains des ports exposés à des cocktails de polluants hautement dangereux pour la santé

Les villes portuaires sont malades de la pollution dégagée par le trafic maritime. Les taux de soufre provenant des fumées des navires sont au minimum 100 fois plus élevés que ceux des voitures diesel mais la réglementation tarde à se généraliser.

Risques  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Les riverains des ports s'estiment pris en otage par la noria des navires de croisières, ferries et rouliers qui stationnent sous leurs fenêtres. A Marseille, plusieurs associations dénoncent depuis des années des nuisances graves sur leur santé. Cancers, maladies respiratoires, incidents cardio-vasculaires, ''au quotidien, les habitants sont pris en otage, les nuisances vont croissantes et la mise en place de nouveaux projets se fait sans considération des impacts sur la ville'', alerte l'association Cap au Nord dans un courrier à la préfecture daté du 13 novembre 2017.

''A titre d'exemple, la société Progeco s'est installée sur le terminal, à 90 mètres des premières maisons et redresse à coup de masse et disqueuse huit heures par jour des conteneurs sans aucun aménagement pour limiter la propagation du bruit'', s'indignent les riverains. Avec les Comités d'intérêt de quartier (CIQ), ils réclament la mise en place d'une concertation avec les instances portuaires relative au prolongement du projet de terminal de transport combiné de Mourepiane.

Porté par le Grand port maritime de Marseille (GPMM), ce projet controversé doit accueillir, dans l'enceinte du port, mais à proximité d'habitations, un terminal qui doit remplacer celui du Canet situé près de l'Estaque. Le gouvernement précédent a fini par mettre un coup de frein en demandant un phasage de sa réalisation. Depuis, les habitants attendent encore que le GPMM donne suite à leur demande de concertation.

50.000 décès prématurés par an en Europe

Plus préoccupantes sont les incidences sanitaires des carburants utilisés par les navires. Selon le Centre pour l'environnement et l'énergie du Danemark, la pollution maritime cause environ 50.000 décès prématurés par an en Europe. Une étude épidémiologique a été réalisée à Civitavecchia (Italie), petite ville portuaire du Latium de 71.000 habitants visitée par 500 bateaux de croisières par an. Conduite par le département d'épidémiologie du Lazio en coopération avec l'agence régionale de l'environnement, cette étude a établi une corrélation entre les maladies émergentes observées parmi les riverains du port et la trajectoire des polluants.

Le fuel lourd utilisé par les 60.000 navires de croisières, ferries, vraquiers et porte-conteneurs qui sillonnent les mers et océans de la planète dégage des particules ultra-fines et du carbone noir et du dioxyde de soufre, des hydrocarbures poly-aromatiques, des oxydes métalliques lourds, de l'oxyde d'azote. La teneur en soufre du carburant pour les navires maritimes est en moyenne 2.700 fois plus élevée que celle des véhicules terrestres. L'Organisation maritime internationale est saisie de la question. À partir de 2020, la teneur en soufre sera limitée à 0,5%. Mais cela suffira-t-il ?

L'ONG environnementale allemande Nabu conduit depuis 2011 des campagnes de mesures près des terminaux de croisière dans les ports européens. Les résultats sont alarmants. La concentration en particules ultrafines est plus de 400 fois supérieure qu'à l'intérieur des terres et encore entre 50 à 80 fois plus élevée qu'à proximité des principaux axes de circulation. Les particules fines et la suie du carbone noir (black carbon) sont les éléments les plus préoccupants pour la santé humaine. Deux polluants émis sont particulièrement scrutés : l'oxyde de soufre (SOx) et l'oxyde d'azote (NOx). Ils accélèrent la formation de particules fines et ultra-fines.

A quai, afin d'alimenter en énergie les navires, le transport maritime brûle du fuel lourd, qui n'est autre qu'un déchet non raffiné. La biomasse et les combustibles fossiles ne sont pas complètement brûlés dans le moteur des bateaux, ce qui explique la rémanence de polluants dangereux dans les fumées âcres des cheminées. En France, aucune mesure de cette pollution n'est rendue publique.

Mesures insuffisantes … ou inexistantes

Pour alerter les autorités, France Nature Environnement, France Nature Environnement PACA et l'ONG allemande Nabu ont effectué des mesures dans la ville de Marseille. ''Dans différents lieux de la ville, nous avons observé une moyenne de 5.000 particules ultra-fines par centimètre cube. Puis nous nous sommes rapprochés du port. Dans un quartier résidentiel aux abords, l'air s'est avéré être jusqu'à 20 fois plus pollué avec une moyenne de 60.000 particules ultra-fines par centimètre cube'', souligne France nature environnement, qui a co-organisé le 15 mai une conférence sur le sujet au ministère de la transition écologique et solidaire.

Un double déploiement de capteurs est prévu à proximité du port maritime de Marseille d'ici l'été par Air Paca et FNE 13. Mais les riverains déclarent une prise en compte ''très timide'' du problème par les autorités. ''A Marseille il n'y a pas de contrôles, pas d'étude épidémiologique, pas de stations de mesure dans la zone portuaire'', s'indigne Elisabeth Pelliccio, présidente du Comité d'intérêt de quartier de Saint-André à Marseille.

Lors de cette conférence, Axel Friedrich, consultant pour Nabu, a précisé que seuls des capteurs nanométriques pouvaient détecter la concentration des particules fines et ultrafines – d'un diamètre compris entre 20 et 1000 nanomètres - dans les ports. Muni d'un compteur de particules, cet expert a sillonné la planète pour recueillir des mesures dans les villes portuaires. ''Partout ce sont les mêmes chiffres car ce sont les mêmes navires qui sont en déplacement. Mais dans la plupart des ports, il n'y a pas de mesures''. Des compteurs qui se font rares, en raison de leur coût, de 100.000 euros pièce, dont le déploiement pourrait être financé par des taxes appropriées.

Réactions3 réactions à cet article

 

Une solution possible est le branchement à quai, mis en œuvre par le Port de Marseille et La Méridionale, et dans le port militaire de Toulon.
Cf. feuilles de route qualité de l’air de Marseille-Aix (action 6.38) et Toulon (action 5.31).

SLE | 17 mai 2018 à 10h31
 
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On est dans la folie.. Pollution, pollution, pollution...Pour le palis et pour les loisirs, la planète va crever.. Les pauvres pourront faire la guerre aux riches sans se genre.. l'argent appel l'argent mais on est toujours puni par où on a péché..

agregat | 17 mai 2018 à 11h44
 
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Repentez vous. Amen !
Ô Grand Prêtre agregat

Albatros | 18 mai 2018 à 10h53
 
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