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Climat : différents acteurs, différents rouages, pour un seul objectif !

A l'approche de la conférence des parties de Durban, Romain Peyrache, project manager pour l'ONG RONGEAD, analyse les comportements des différents acteurs privés et publics de la société pour identifier les leviers d'actions.

Avis d'expert  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com

Le changement climatique est de plus en plus ressenti comme le symptôme d'une civilisation malade. C'est également le premier défi auquel est confronté le monde global. Les uns considèrent qu'il est temps d'évoluer vers un autre modèle socio-économique. Pour eux, le contexte de crise actuel constitue le meilleur argument de cette mutation. Pour d'autres, au contraire, il ne s'agit pas de transformer la société, mais plutôt de relancer la croissance.

Aujourd'hui, 160 ans après la révolution industrielle, nous sommes huit fois plus nombreux et consommons environ dix fois plus d'énergie chacun ! Les solutions d'hier aux problèmes d'aujourd'hui vont-elles fonctionner ? Peu probable. Il semble qu'il n'y ait pas de remède miracle, mais nous avons certainement des moyens de faire face. Analysons les comportements des différents acteurs de la société pour identifier les leviers d'actions qui se dessinent.

Au niveau international : les réalités s'imposeront

Les négociations internationales sur le climat ont toujours été étroitement liées à celles sur les politiques commerciales. De plus en plus, l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) occupe une fonction régulatrice face aux problèmes environnementaux. Suite à des plaintes portées devant l'organe de règlement des différends de l'organisation, une jurisprudence a émergé. Celle-ci suggère que les impératifs induits par le changement climatique peuvent surpasser des règles de l'OMC.

De leur côté, les Nations Unies tentent aussi de construire des outils de gouvernance mondiale sur les thématiques croisées entre économie, environnement et développement. La tâche est immense et complexe. En effet, alors que le climat est un bien commun, le changement climatique n'affectera pas tous les États de la même manière. Les pays en développement vont probablement davantage en pâtir que les pays développés, alors même que ces derniers sont historiquement plus responsables.

Les États et groupements d'États ont parfaitement mesuré l'importance du problème, en dépit de leurs positions dans les négociations aux Nations Unies, à l'OMC ou autres institutions internationales. Aujourd'hui, il s'agit pour eux d'acquérir la meilleure place sur la grille de départ de la course, et de déterminer quand le pistolet du starter retentira ; plus que de savoir s'ils souhaitent ou pas y participer. C'est particulièrement le cas des plus influentes puissances économiques, dont les émissions de Gaz à Effet de Serre sont souvent proportionnelles à leur Produit Intérieur Brut. Les parties en négociation ont pleinement conscience qu'il faudra contribuer à résoudre le problème pour rester parmi les grands de demain. Ceci explique les négociations tendues en préparation de Durban : l'Europe a menacé, un mois avant la COP17 de la CCNUCC , d'abandonner sa politique de réduction des émissions de CO2, liée au protocole de Kyoto. Elle refuse d'être le seul coureur de la course à être chronométré. Les États-Unis refusent quant à eux d'intégrer un système onusien contraignant tant que la Chine ne luttera pas plus contre ses rejets polluants. Paradoxalement, ils protestent devant l'OMC contre les subventions importantes de la Chine à son secteur des technologies vertes, qui handicapent le leur.

Durban sera donc, du 28 novembre au 9 décembre 2011, le théâtre de débats majeurs. Concernant la suite à donner au protocole de Kyoto, l'enjeu est d'identifier les compromis nécessaires pour voir s'impliquer les États-Unis, l'Europe et les BRICs dans un mécanisme commun. En outre, la conférence tentera d'établir un plan d'actions pour appliquer le Green Climate Fund. Ce fonds, dont les Nations Unies viennent de présenter l'ultime version, devra à terme être abondé à hauteur de 100 milliards de dollars par an pour la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement. Il est probable que les discussions sur ce fonds interfèrent avec les négociations sur la suite du protocole de Kyoto. Car, au-delà des querelles bilatérales, la contrainte a toujours été un frein à l'implication des États-Unis au sein de ce protocole. Si ce dernier est fondé sur des objectifs chiffrés de diminution des émissions de GES, le Green Climate Fund est quant à lui, un instrument incitatif, dont la réussite se mesurera essentiellement dans l'efficacité de la levée de fonds…

Les régions et collectivités territoriales entrent en scène

Depuis la COP 16 à Cancun en 2010, la légitimité des régions et des collectivités territoriales est reconnue dans la lutte contre le changement climatique. Un an après seulement, elles témoignent déjà d'un dynamisme intéressant. Lors de la 1ère Conférence des Régions Européennes sur le Changement Climatique qui a eu lieu à Lyon, les 20 et 21 octobre, la région Rhône-Alpes, le NRG4SD et The Climate Group ont décrit leur contribution dans le projet Yasuni en Equateur. Cette initiative porte sur le refus de l'exploitation pétrolière par le peuple Kichwa. Selon eux, les destructions environnementales induites par l'extraction de l'or noir sur leurs terres, ne sont pas compensées par les devises qu'elles engendrent. Alors que le gouvernement français n'a fait que saluer discrètement cette position originale, la Région Rhône-Alpes défend sa vision de politique de lutte contre le changement climatique en soutenant ce projet. Les moyens financiers dont les régions et collectivités disposent sont très inférieurs à ceux des institutions internationales. Mais ces fonds ont l'avantage d'être plus indépendants vis-à-vis des relations diplomatiques entre nations. Ils peuvent être ainsi plus audacieux et innovants.

Le secteur privé et les consommateurs agissent

Selon l'ONG RONGEAD, dont c'est une thématique de travail, les comportements des acteurs privés sont essentiels dans la mécanique de lutte globale contre le changement climatique. Ils vont là où se trouve leur avenir et doivent vite se positionner dans un contexte concurrentiel. Cette nécessité leur impose une grande réactivité à la fois par rapport aux régulations issues des politiques sectorielles mais aussi par rapport aux consommateurs. Le secteur privé a un rôle de catalyseur dans la lutte contre le changement climatique.

Bien que l'enjeu semble dépasser l'échelle individuelle, il n'en est rien. Outre, la possibilité d'orienter les politiques par le vote, offerte au citoyen vivant en démocratie, il détient un pouvoir : son comportement de consommateur. Le secteur privé s'adapte à la demande. Encore faut-il l'orienter. C'est de plus en plus le cas, à en juger par exemple, par les expérimentations en cours, en France, sur l'étiquetage environnemental dans la grande distribution. Cette adaptation du secteur privé est le résultat de pressions de l'opinion publique d'un côté, et de l'autre de politiques environnementales.

Enfin, des outils sont à la portée de chacun pour amoindrir sa « facture carbone ». La compensation volontaire en est une illustration. Elle permet au consommateur le désirant de s'inscrire dans une démarche de pollueur payeur. Le citoyen peut verser à un organisme de l'argent en proportion avec ses émissions de CO2 pour financer des projets visant à en séquestrer. Il s'agit là de responsabilité individuelle. De son côté, RONGEAD travaille sur un mécanisme qui permettra à des personnes et familles du Nord et du Sud de s'associer dans une démarche de lutte contre le changement climatique et également de coopération au développement : le Jumelage Carbone®. Il permettra dès 2012, à qui le voudra au Nord, de réaliser simultanément des économies financières en émettant moins de GES, tout en donnant l'opportunité à d'autres, au Sud, d'accéder à de meilleures conditions de vie en émettant moins de carbone.

Changement de civilisation annoncé !

Cela n'arrive pas très souvent dans l'Histoire, mais il ne s'agit de rien d'autre que de changer de civilisation. Il y aura l'avant et l'après changement climatique. Il ne tient qu'à nous tous : acteurs de la société, de décider comment il sera décrit dans les manuels d'Histoire du siècle prochain : une catastrophe ou le déclencheur d'une évolution maîtrisée ?

Réactions1 réaction à cet article

 

Monsieur Peyrache,

Je te félicite pour ce très bel article bien construit et articulé. Bravo pour ton analyse, sachant la complexité du sujet.

Au plaisir

Nabil

Nabil Chagraoui | 29 novembre 2011 à 09h51
 
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