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La biodiversité, "parent pauvre" du reporting RSE : comment inverser la tendance

Peu d'entreprises estiment que la biodiversité a un impact sur la performance de leur activité et de leur produits. Certaines, à l'instar de RTE, prennent des mesures de restauration des écosystèmes et les inscrivent dans leur management environnemental.

Gouvernance  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
La biodiversité, "parent pauvre" du reporting RSE : comment inverser la tendance

"La pratique du reporting environnemental tend à s'améliorer année après année avec une appropriation de plus en plus importante de l'ensemble des items", se félicite l'association Orée (Entreprises, territoires et environnement) en analysant trois bilans de l'obligation de rapport de responsabilité sociétale des grandes entreprises (RSE) réalisés en 2013, 2014 et 2015. Mais ces études mettent aussi en exergue les item environnementaux les moins bien renseignés par les entreprises. "La biodiversité est un parent pauvre en termes de reporting RSE, de même que l'occupation des sols et l'adaptation au changement climatique", souligne Camille Saint-Jean, chargée mission Reporting RSE chez Orée.

Ce que confirment dans la pratique les cabinets de conseil en RSE, Tennaxia et B&L Evolution. "Aujourd'hui, peu d'entreprises estiment que la biodiversité a un impact sur leur performance alors que cet impact est jugé souvent plus pertinent par les parties prenantes externes, constate Bertrand Desmier, Directeur de la business line RSE chez Tennaxia. Les entreprises se focalisent depuis la COP 21 sur la lutte contre le changement climatique. Les lignes directrices fixées par le référentiel inter national GRI [Global Reporting Initiative] parlent également d'aspects liés à la biodiversité et non d'enjeux. De même, la biodiversité est souvent prise en compte sous l'angle de la protection de telle ou telle espèce menacée mais pas suffisamment comme un écosystème pouvant être mis en danger."

Les entreprises pourtant "dépendantes" des services écosystémiques

Pourtant, selon Sylvain Boucherand, co-fondateur de B&L Evolution et président de la plateforme RSE, toutes les entreprises sont "directement ou indirectement" (via leurs fournisseurs, clients, partenaires) "dépendantes" d'un certain nombre de services écosystémiques. "La dégradation des écosystèmes entraîne une perte de performance sur l'activité et les produits des entreprises. La consommation des ressources et la question des services écosystémique utilisés sont des sujets qui sont pourtant très rarement évoqués dans les rapports. Le niveau de prise en compte de la biodiversité se trouve inégal en fonction de l'activité des entreprises."

En 2015, B&L Evolution a évalué dans une étude les stratégies biodiversité des entreprises du CAC40. "Les industries agroalimentaires et cosmétiques [avaient] une réelle avance en terme d'intégration pertinente des enjeux de la biodiversité dans leur stratégie par rapport à leurs activités". En revanche, huit entreprises du CAC40 interrogées ne communiquaient aucune information dans leur reporting RSE, six d'entre elles se disant non concernées par ces enjeux. Ces dernières ont justifié la non-pertinence de la question de la biodiversité vis-à-vis des activités de l'entreprise, en s'appuyant sur l'analyse de matérialité dont l'approche biodiversité "reste cantonnée à la flore et la faune remarquable. Le sujet et les enjeux ne sont donc pas compris dans leur intégralité", ajoute Sylvain Boucherand.

En août 2017, la France a transposé la directive européenne de 2014 sur le reporting extra-financier qui permet aux entreprises concernées de s'appuyer sur cette analyse de matérialité, les aidant à prioriser leurs enjeux. Cette directive demande aussi aux entreprises de communiquer sur les mesures qu'elles prennent pour préserver ou restaurer la biodiversité. "L'indicateur sur la biodiversité a été réécrit dans le nouveau décret RSE, ce qui est un pas en avant car l'ancienne version du décret [datant de 2012] n'était pas très claire sur le sujet. Par contre, il ne couvre toujours pas l'ensemble des enjeux de la biodiversité pour l'entreprise qui se trouvent sur l'ensemble de sa chaîne de valeur", regrette M. Boucherand.

Les informations sur la biodiversité à transmettre peuvent porter sur l'utilisation des ressources et/ou les impacts possibles dans le but de prévenir ou de compenser les atteintes à l'environnement. La loi biodiversité d'août 2016 renforce notamment les principes de la séquence "éviter, réduire, compenser" (ERC) en les inscrivant au sein du code de l'environnement.

Zoom sur RTE : les tracés de lignes à haute tension transformés en corridors écologiques

Les mesures prises en faveur de la biodiversité peuvent être caractérisées "par des actions de préservation et d'accompagnement portant sur les écosystèmes des chantiers sur lesquels l'entreprise intervient (BTP, réseaux énergies et autres, etc.)", souligne l'association Orée. Une démarche que favorise notamment, depuis plusieurs années, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE). Depuis 2008, RTE a renforcé la place de la biodiversité au sein de son système de management environnemental, "grâce à des actions de recherche, à l'expérimentation de nouvelles pratiques d'entretien des “couloirs” des lignes électriques, à l'adaptation de la formation du personnel", précise Jean-François Lesigne, Attaché Environnement à RTE.

Le gestionnaire du réseau collabore avec plusieurs partenaires locaux (parcs naturels régionaux (PNR), fédération nationale de la chasse, conservatoires d'espaces naturels, etc.), qui ont "une vision globale de la nature". Ces six dernières années, RTE a expérimenté avec son homologue belge Elia de nouveaux moyens pour transformer les emprises forestières des lignes à haute tension en corridors écologiques. Ce projet, lancé en septembre 2011 avec la Région wallonne, a été soutenu par le programme européen de financement Life. Il était doté d'un budget total de 3,2 millions d'euros, partagé entre l'Europe, RTE, Elia et la Région wallone.

"La politique d'entretien des lignes aériennes consistait à couper toute végétation à distance des câbles pour des raisons de sécurité. Au lieu d'entretenir cette végétation par fauchage ou gyrobroyage tous les quatre ans, l'objectif est de restaurer sous ces lignes des milieux naturels pérennes nettement plus favorables pour la biodiversité", explique M. Lesigne. Création de vergers conservatoires, plantations de lisières forestières, restauration de tourbières et de landes, creusement de mares, implantation de prairies de fleurs sauvages… Huit sites français (PNR des Ardennes, PNR de la Forêt d'Orient (Aube), Réserve Naturelle de La Bassée (Seine-et-Marne), etc.) ont pu bénéficier d'actions de restauration grâce au programme. "La diversité des sites expérimentés, le fait de travailler avec les organismes locaux et d'être bien ancrés dans le territoire ont permis la réussite de ce type d'aménagements", ajoute-t-il.

Le programme Life, terminé fin 2017, a permis, d'aménager au total 526 ha et de créer 175 mares, en France et en Belgique. "Aujourd'hui, 850 hectares ont été aménagés en France. Soit environ 150 ha par an, indépendamment du projet Life", précise M. Lesigne. En janvier 2018, RTE a annoncé la poursuite de son expérimentation durant trois ans, à travers son nouveau projet "Belive" (Biodiversité sous les lignes par la valorisation des emprises). Il sera mené notamment au sein du PNR des Ardennes, "qui dispose de 700 hectares de tranchées forestières en surface, et donc d'un gros potentiel d'aménagements de tourbières, de prairies sèches ou autres aménagements favorables à la biodiversité à réaliser sous les lignes haute tension".

En 2017, le parc naturel régional des Ardennes a été déclaré "site pilote pour la reconquête de la biodiversité" par l'Ademe, suite à un appel à projets. Cent premiers hectares de couloirs forestiers, pour un budget de 800.000 euros co-financés par l'Ademe (à hauteur de 60% et 40% pour RTE), seront ainsi transformés d'ici 2020.

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