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Quand le secteur de la santé nuit à l'environnement… et donc à la santé !

Les activités de soin ont un impact sur l'environnement, peu pris en compte aujourd'hui. Une réflexion sur le long terme doit pourtant être engagée pour éviter que le secteur de la santé soit lui même à l'origine de risques sanitaires.

Gouvernance  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
La santé, les soins de santé et l'environnement sont inextricablement liés. Si l'on parle souvent des impacts de l'environnement sur la santé, on parle moins de l'impact que peut avoir le secteur de la santé sur l'environnement.
Pourtant, ce secteur, comme toute entreprise, utilise de l'énergie en quantité, consomme d'importantes ressources (plastiques, papier, eau…) et produit de nombreux déchets.
Outre ces impacts ''classiques'', les activités de soin génèrent aussi des nuisances spécifiques : production de déchets issus des activités de soins à risque infectieux, stockage et utilisation de produits dangereux, rejets liquides spécifiques (activités de laboratoire, de soins, de stérilisation…) etc.
Avec près de 3.000 établissements et un budget annuel supérieur à 60 Mds d'euros, la santé tient une place considérable dans la société française. Malgré l'étendue de ce secteur et les impacts qu'il représente, les démarches environnementales globales sont très peu répandues dans les établissements de santé… Des pratiques respectueuses de l'environnement sont développées à l'échelle locale, mais aucune impulsion n'est donnée aujourd'hui à l'échelle nationale. Pourtant, il serait de bon ton que la Sécurité sociale, principal financeur de ce secteur, s'interroge sur les coûts futurs des dépenses de santé liées aux nuisances générées par les activités de soin notamment (traitement des déchets, production d'énergie, pollution de l'eau)… ''En France, nous sommes très performants en curatif mais nous devons réfléchir à cette dimension dans le long terme'', analysait Olivier Toma, président du Comité pour le développement durable en santé (C2DS), lors de la quatrième Agora de l'association qui se déroulait le 18 mars à Paris.

Un secteur qui doit gérer ses consommations comme les autres

Les consommations d'énergie, d'eau, la production de déchets sont très importantes dans le secteur de la santé. Pourtant, aujourd'hui, la recherche d'efficacité énergétique et la gestion de l'eau et des déchets ne constituent pas des priorités. Si quelques pratiques semblent aujourd'hui marquer une prise de conscience (construction d'hôpital HQE, économies d'eau pour les sanitaires…), elles restent marginales et relèvent rarement d'une vision globale.
La conception des établissements de santé et leur organisation sont avant tout pensées pour répondre à leur rôle premier : la santé.
Mais même dans cet objectif là, des incohérences peuvent être soulevées. Par exemple, le lancement du Plan hôpital 2012 prévoit la rénovation du secteur (10 milliards d'euros) alors même que l'étiquetage obligatoire des matériaux de construction et d'ameublement relatif aux émissions de COV (composés organiques volatils) et de CMR (Cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques) prévu par le Grenelle ne sera mis en œuvre qu'à partir de 2012, soit une fois la rénovation des bâtiments commencée ou achevée…
L'impact sur l'environnement des actes de soin n'est pas non plus évalué. La généralisation des usages uniques et des dosettes individuelles est pourtant fortement génératrice de déchets, qui pourraient être évités. De nombreux exemples montrent qu'il est possible de faire autrement, sans porter préjudice à l'activité de soin et aux nécessaires conditions d'hygiène et de sécurité. Un médicament qui pourrait être dispensé sous forme de cachet est désormais distribué sous forme de dose individuelle en verre et administré avec une seringue, les maternités ont généralisé l'emploi de biberons jetables…
Un secteur particulier du fait de son activité

Outre ces pollutions classiques, du fait de son rôle particulier d'activités de soin, le secteur de la santé est à l'origine de pollutions particulières qui nécessitent des solutions particulières, comme celle qui est prévue pour l'élimination des DASRI (Déchets d'activité de soins à risques infectieux).
L'une des priorités réside aujourd'hui dans la gestion des effluents liquides des établissements de santé. Les substances rejetées dans les milieux aquatiques quotidiennement (résidus médicamenteux notamment) sont soupçonnées d'être à l'origine de diminutions importantes de la faune aquatique et d'une féminisation de certaines populations. Un plan national sur les résidus médicamenteux dans l'eau a été lancé dans le cadre du Plan National Santé Environnement 2 (PNSE2). L'objectif de ce plan est d'améliorer la connaissance et de réduire les risques liés aux rejets de médicaments dans l'environnement. Les premières conclusions du comité de pilotage du plan sont attendues pour début 2010.
Pour Olivier Toma, ''il faut identifier à la source les produits toxiques et s'interroger sur leur possible substitution, modifier l'architecture des bâtiments en revoyant notamment les systèmes de canalisations et trouver le mode de traitement approprié. Ces solutions doivent être identifiées à l'échelle nationale''.
En Suède, les produits pharmaceutiques sont désormais étiquetés selon leurs niveaux de persistance, de bioaccumulation et de toxicité. Les mille molécules les plus utilisées ont été évaluées, les médecins ont été informés. ''Depuis la mise en place de ce dispositif, il y a eu une réelle évolution des prescriptions vers les produits les moins impactants'', note Olivier Toma.

Quand la santé sort des établissements de soin…

Mais si des solutions concrètes peuvent être déployées à l'échelle des établissements de santé, que penser du développement des soins à domicile ? Le nombre de lits a décru de manière significative depuis 1981 (un lit sur quatre dans le secteur public et près d'un lit sur cinq dans le secteur privé). Pour le président de C2DS, ''l'hospitalisation à domicile et la chimiothérapie ambulatoire sont des non-sens en termes écologiques et sanitaires''. En effet, les déchets générés et les effluents liquides rejetées ne peuvent pas être maîtrisés.

Autant d'exemples qui montrent le manque de réflexion globale dans le secteur de la santé aujourd'hui sur les questions environnementales. Si sur le terrain, des initiatives se développent pour gérer les consommations d'eau, la production de déchets etc, il devient primordial que le secteur de la santé s'interroge sur son impact environnemental et sanitaire. ''Les choses commencent à bouger, note Olivier Toma. Il y a dix ans, tout le monde rigolait lorsqu'on abordait ces questions. Aujourd'hui, nous sommes davantage pris au sérieux''.
Cependant, l'impulsion doit venir du politique : ''il n'existe pas de budget pluriannuel dans le secteur donc les directeurs d'établissement ont des difficultés à mener des projets à long terme. Il faut une volonté politique nationale, pour l'instant il n'y a que des initiatives individuelles qui ne suffisent pas''.

Réactions1 réaction à cet article

 
Assistance pour aider mon pays.

Je voudrais savoir si vous pouvez m'aider à mettre sur place un ONG qui pourrait aider mon pays à prendre en charge les déchets issues des soins de santé.
Merci.

Anonyme | 25 mars 2010 à 11h47
 
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