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Virages énergie : quand les citoyens s'approprient la problématique énergétique

Alors que la décentralisation du modèle énergétique français peine à être engagée, malgré l'essor des énergies renouvelables, des collectifs citoyens élaborent leurs propres scénarios régionaux de sortie du nucléaire et de sobriété énergétique.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Alors que l'élaboration des schémas régionaux climat, air, énergie (SRCAE), véritables outils de planification énergétique à l'échelle régionale, a été bridée par l'Etat et s'apparente désormais à un exercice technique, certains citoyens ont décidé de prendre le destin énergétique de leur région en main en dessinant leur propre projet de territoire. Cinq Virages énergie planchent actuellement sur des scénarios énergétiques régionaux, des pionniers du Nord-Pas-de-Calais qui se sont lancé dans l'exercice en 2008 à l'Aquitaine, en passant par l'Ile-de-France, le Pays de Loire et le Centre-Val de Loire.

Utopie ? Fantaisie ? Pas du tout. "Ce qui est intéressant dans ces projets, c'est qu'ils prennent en compte les particularités régionales, explique Meike Fink, chargée de mission du Réseau Action climat France, qui établit une plateforme d'échange pour les différentes initiatives Virage énergie. Le Pays de Loire va travailler davantage les questions sur l'agriculture, alors que l'Ile-de-France va axer ses travaux sur les transports et la consommation, tandis que le Nord-Pas-de-Calais est face à une problématique industrielle et nucléaire".

Le premier scénario Virage énergie a été présenté en 2008 à Dunkerque lors des Assises nationales de l'énergiedes collectivités territoriales. Ce scénario régional de prospective énergétique a été élaboré par un collectif de citoyens et d'associations réunis depuis 2006 au sein de l'association éponyme. Deux postulats ont guidé les travaux : prévoir une sortie du nucléaire à l'horizon 2030 à l'échelle régionale (autrement dit la fermeture des six réacteurs de Gravelines) tout en atteignant le facteur 4 en émissions de CO2 d'ici 2050. "Nous souhaitions montrer qu'il était possible de se passer du nucléaire tout en luttant contre le changement climatique et tordre ainsi le cou aux idées véhiculées sur le nucléaire, explique Gildas Le Saux, président du Virage énergie Nord-Pas-de-Calais. Pour cela, nous devions être force de proposition".

Un premier scénario business as usual

Géographes, sociologues, ingénieurs, militants… De nombreuses compétences ont été réunies pour élaborer ce scénario transversal qui devait se pencher sur l'ensemble des secteurs d'activité (bâtiment, transport, industrie…). "Nous avons repris les hypothèses économiques et démographiques que prenait le ministère de l'Industrie pour ses propres scénarios prospectifs : deux fois plus de déplacements en 2040 qu'aujourd'hui, six fois plus de TGV, autant d'industrie lourde… Pour convaincre les décideurs publics et privés que la sortie du nucléaire était possible au niveau régional, il fallait qu'ils trouvent crédible notre scénario", souligne Gildas Le Saux. Pour les modélisations, l'association a travaillé avec un bureau d'études.

Conclusion des travaux : une fermeture de Gravelines est techniquement réalisable grâce aux énergies alternatives. Parmi les préconisations listées pour rendre possible cette sortie du nucléaire : la modernisation des moteurs électriques de l'industrie, "responsables de la moitié de la consommation régionale", la réhabilitation des logements et le stockage de la chaleur grâce au solaire thermique dans les logements collectifs et les quartiers.

Forte de ce scénario, l'association est allée à la rencontre des candidats aux Régionales de 2010 et participe aux débats publics sur les projets "qui paraissent contradictoires avec nos propositions", arguments solides à l'appui. L'association a également participé aux réunions pour l'élaboration du SRCAE, sans grand enthousiasme quant au résultat : "Le schéma préconise des moyens de chauffage basés sur l'électricité dans les logements BBC (PAC air-air par exemple) et sous-estime totalement le potentiel des énergies renouvelables, notamment celui de la méthanisation qui est important avec l'industrie agroalimentaire et les déchets organiques ménagers".

Un scénario régional de sobriété énergétique qui fait des émules

Aujourd'hui, le Virage énergie Nord-Pas-de-Calais se lance dans une nouvelle aventure : l'élaboration d'un scénario de sobriété énergétique. "Nous étions frustrés en 2006 de travailler sur de telles hypothèses de croissance. Notre deuxième scénario remettra en cause notre modèle économique actuel et nos modes de vie, de déplacement…". A nouveau, double postulat : une résilience à un pic pétrolier en 2020 et/ou une sortie rapide du nucléaire. Le projet est soutenu pour trois ans par l'Ademe. "Ce scénario est très radical. Pour l'agriculture par exemple, il mise sur une généralisation des AMAP (1.000 contre 20 aujourd'hui) et une évolution vers une alimentation moins carnée. L'idée est d'avoir moins de déplacements, plus de proximité et de réinventer le modèle économique de production".

Engager la transition, c'est également au cœur du programme du Virage énergie Aquitaine. "Nous voulions aller au delà d'une simple étude technique sur les énergies et évaluer les coûts de la transition, les impacts sur l'organisation économique et sociétale", explique Peggy Kançal, co-présidente de l'association aquitaine. Quelques 90 sociologues, économistes, politologues, énergéticiens, juristes planchent sur cette étude prospective à 2100 qui devrait être dévoilée à la fin de l'année 2012. "Si le SRCAE a permis de rassembler beaucoup de données sur la région, de nombreux membres de l'association, qui ont participé à ces travaux, ont trouvé l'exercice trop "bridé". Cela a boosté notre démarche citoyenne afin d'avoir une véritable liberté de pensée", explique Peggy Kançal, qui est aussi élue EELV des Landes, déléguée au Plan climat.

Réactions2 réactions à cet article

 

Attendons les résultats des élections pour pencher vers telle ou telle autre hypothèse! On sent trop la précipitation électorale, car le seul qui
garde la tête froide, c'est Nicholas ,mais pas celui à qui vous pensez
peut-être! Du calme , car ,comme disait un ancien mineur, c'est le calme
seul qui apportera la SOLUTION;

arthur | 12 avril 2012 à 13h43
 
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Entre l'élue EELV, le chargé de mission chez RAC, et le président de Virage énergie NPDC, qui oserait me dire que ces scénarios ne sont pas orientés ?
Non parce que çà fait beaucoup d'antinucléaires dans le même panier çà.
ALors quand je lis la phrase "Nous souhaitions montrer qu'il était possible de se passer du nucléaire tout en luttant contre le changement climatique et tordre ainsi le cou aux idées véhiculées sur le nucléaire"
et plus loin :
""Nous avons repris les hypothèses économiques et démographiques que prenait le ministère de l'Industrie pour ses propres scénarios prospectifs : deux fois plus de déplacements en 2040 qu'aujourd'hui, six fois plus de TGV, autant d'industrie lourde… Pour convaincre les décideurs publics et privés que la sortie du nucléaire était possible au niveau régional, il fallait qu'ils trouvent crédible notre scénario"

J'ai du mal a croire a la Neutralité de ce genre de scénarios !

AtomicBoy44 | 14 septembre 2012 à 05h06
 
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