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Actu-Environnement

RTE détaille les coûts de ses scénarios électriques 2050

Le coût du système électrique devrait augmenter d'ici à 2050. Cette prévision s'explique par l'importance des investissements à réaliser pour renouveler le parc de production et par la part croissante de l'électricité dans le futur mix énergétique.

Energie  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com

Actuellement, le coût complet du système électrique est de 45 milliards d'euros (Md€) par an. En 2050, il devrait être compris entre 60 et 80 Md€, selon les scénarios présentés par RTE en octobre. Ce jeudi 2 décembre, l'opérateur du réseau électrique de transport de l'électricité a détaillé la méthode employée et les hypothèses retenues pour arriver à ce résultat.

Sur le plan méthodologique, RTE a évalué le « coût complet du système électrique » en allant au-delà du coût de production des différentes technologies (le coût actualisé de l'énergie produite (LCOE) exprimé en euros par mégawattheure (€/MWh)). Pour chaque scénario, RTE a donc évalué les coûts des moyens de production, en tenant compte des taux de charges, et y a ajouté les coûts liés au besoin de flexibilité et au développement du réseau.

Les renouvelables améliorent leur compétitivité

Pour le nucléaire historique, RTE a pris en compte les investissements à réaliser pour prolonger certains réacteurs. La première tranche de travaux, qui s'étend jusqu'en 2035, impose des investissements de l'ordre de 650 euros par kilowatt (€/kW). Au-delà, les travaux les plus lourds ayant déjà été réalisés, les investissements tombent à 440 €/kW. Au global, le coût de production du nucléaire historique est évalué entre 30 et 40 €/MWh. Quant au « nouveau nucléaire », c'est-à-dire les réacteurs qui seraient construits au cours des prochaines années, il ressort entre 60 et 85 €/MWh, sur la base d'un investissement de 5 500 €/kW pour les premiers EPR2 et de 4 700 €/kW pour ceux construits après 2045 (l'EPR de Flamanville coûtera environ 7 900 €/kW).

Du côté des renouvelables, RTE a retenu une réduction des coûts d'investissement d'ici à 2050 de l'ordre de 35 à 40 % pour le photovoltaïque, de 30 % pour l'éolien terrestre et de 40 % pour l'offshore. En 2050, le coût de production du solaire devrait ainsi être de l'ordre de 110 €/MWh pour les installations de petite taille sur toiture, d'environ 45 €/MWh pour les grandes toitures et d'environ 30 €/MWh pour le solaire au sol. Quant à l'éolien, en tenant compte des coûts de raccordement, il devrait produire des électrons à un peu moins de 40 €/MWh pour les installations à terre, à un peu plus de 40 €/MWh pour l'offshore posé, à moins de 60 €/MWh pour l'offshore flottant.

À cela, RTE a d'abord ajouté les coûts liés à la flexibilité. Cela inclut les coûts du thermique fonctionnant à l'hydrogène (compris entre 240 et 350 €/MWh, en 2050) ou au biométhane (130 à 200 €/MWh). S'agissant des batteries, RTE estime que le coût devrait tomber à un peu plus de 300 euros par kilowattheure (€/kWh) pour celles de réserve et à moins de 200 €/kWh pour celles consacrées à l'équilibrage. Quant au coût du réseau, RTE ne le chiffre pas. Le gestionnaire de réseau se contente de donner le coût au kilomètre de différents types de liaison (notamment en fonction du voltage et selon que les lignes sont aériennes ou souterraines).

Un système électrique à rebâtir

 
L'exploitation des réacteurs (nucléaires) existants est l'option économique la plus compétitive, dans toutes les configurations étudiées  
RTE
 
Sur ces bases, RTE tire ensuite des conclusions à moyen et long termes. À moyen terme, c'est-à-dire d'ici à 2035, « l'exploitation des réacteurs existants est l'option économique la plus compétitive (…), dans toutes les configurations étudiées », explique RTE. En intégrant les investissements du grand carénage, l'électron nucléaire est produit autour de 30 à 40 €/MWh, alors que renouvelables les plus matures se situent entre 40 et 80 €/MWh. À cette échéance, les renouvelables sont surtout présentées comme « des solutions compétitives pour accompagner la croissance de la consommation et décarboner l'économie ». En synthèse, RTE suggère donc de remplacer des consommations d'énergies fossiles par de l'électricité basée sur le nucléaire, complétée par les renouvelables.

À l'horizon 2050, la perspective change sensiblement. Il ne s'agit plus de gérer l'existant en l'améliorant, mais plutôt de faire face à un nouveau cycle d'investissements pour sortir des fossiles et remplacer les infrastructures existantes. Et RTE de prévenir : « Les besoins d'investissement dans les différents scénarios sont estimés à environ 750 à 1 000 Md€ sur l'ensemble de la période 2020-2060, soit 20 à 25 Md€ par an en moyenne. » À titre de comparaison, les investissements réalisés au cours de la décennie passée ont été de l'ordre de 13 Md€ par an.

Évidemment, la nature des investissements diffère fortement selon les scénarios. Dans les grandes lignes, selon RTE, le scénario le moins onéreux est le N03, qui accorde le plus de place au nucléaire (27 gigawatts (GW) de nouveaux réacteurs nucléaires construits, dont 4 GW de SMR, d'ici à 2050). L'investissement dans le nucléaire représente alors près de la moitié d'une facture estimée à 770 Md€. Les investissements dans le réseau de transport, dans les renouvelables et, surtout, dans la flexibilité sont les plus bas de tous les scénarios présentés par RTE. À l'opposé, les scénarios 100 % renouvelables nécessitent des investissements de l'ordre de 875 à 975 Md€. Environ la moitié de cette somme est consacrée au solaire, à l'éolien et aux autres moyens de production renouvelables. Les investissements dans les outils de flexibilité s'élèvent à approximativement 100 Md€.

Quoi qu'il en soit, le système électrique coûtera donc de 60 à 80 Md€ par an en 2050, contre 45 Md€ aujourd'hui. Mais la place de l'électricité dans le mix énergétique sera aussi plus importante : elle devrait atteindre 55 % en 2050, contre 25 % actuellement. Rapportée au mégawattheure consommé, la hausse devrait être d'une quinzaine de pourcents (hors inflation) par rapport au coût actuel de l'électricité.

Réactions6 réactions à cet article

 

Bonjour
Est-ce que "remplacer les infrastructures existantes" inclut la déconstruction des centrales nucléaires et la gestion des déchets ?

Viniasco | 03 décembre 2021 à 09h03
 
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Je ne vois rien sur la prise en charge du démantèlement des installations et la gestion des déchets générés dans les différents scénarios. RTE les a-t-il pris en compte ?

Frank Sentier | 03 décembre 2021 à 09h35
 
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Bonjour et merci pour cet article très intéressant.
Question (après relecture très rapide de l'analyse du 25/10) : RTE intègre-t-il dans ses calculs le montant des dépenses liés au traitement des déchets nucléaires qui j'imagine sont très coûteux (et potentiellement générateurs de polémiques 'NIMBY' car après tout, les gens qui ne veulent pas d'éoliennes ne veulent peut-être pas non plus de sites d'enfouissement de déchets nucléaires...). Dans l'analyse, il est question de coût complets "des scénarios sur l’ensemble de la chaîne production-flexibilité-réseau'' (et du coup, ça ne semble pas inclure le sujet "déchets nucléaires").
Habitués depuis des décennies à une électricité relativement peu chère (mais n'incluant pas ces coûts de traitement des déchets sauf erreur de ma part), un des enjeux de la 'paix civile' va être de faire accepter que l'énergie sera plus chère dans le futur et plus encore qu'aujourd'hui, la meilleure énergie sera celle qu'on ne consomme pas.

Merci encore pour tous ces articles riches.

HMDD | 03 décembre 2021 à 14h13
 
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Re-bonjour,
Une autre question se rapportant au rapport RTE du 25 octobre auquel vous faites référence dans l'article d'aujourd'hui : Dans le TABLEAU récapitulatif des 6 scénarii de la trajectoire de référence à horizon 2050, si l'on regarde par exemple la 6eme scénario N03 qui indique 50% de nucléaire et 50% de renouvelables, comment arrive-t-on à cette répartition (50/50) alors que dans ce même tableau, les renouvelables représentent 135GW (70+43+22) et le nucléaire 51GW (24 + 27). Merci pour votre clarification et explications sur comment lire ce tableau des 6 scénarii.
Bonne continuation

HMDD | 03 décembre 2021 à 14h30
 
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Entre 100 et 200 milliards d'euros de différence sur 20 ans pour passer en force à 100% d'intermittentes, réseaux non compris... On a peut-être mieux à faire avec cet argent... Par exemple, le consacrer à réduire la fracture énergétique ou améliorer l'habitat... Les intermittentes à haute dose sont anti-sociales.

dmg | 03 décembre 2021 à 15h01
 
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Bonjour,

RTE a bien pris en compte le sujet du démantèlement des réacteurs et des déchets nucléaires. Il s’appuie en partie sur les analyses passées de la Cour des comptes.
Dans les grandes lignes, le démantèlement d’un réacteur « classique » nécessite la constitution de provisions évaluées à 370 millions d’euros et celui d’un EPR à 290 millions d’euros.
Les déchets sont pris en compte dans une analyse de l’ensemble de l’aval du cycle (entreposage, traitement à La Hague et enfouissement à Bure). Il estime ce coût à 10 euros par MWh.

S'agissant du mix 50/50, l'écart entre les 135 GW de renouvelables et les 51 GW de nucléaire s'explique par des facteurs de charge différents. Le nucléaire peut produire à pleine puissance sur de longues périodes. Par contre le solaire ne produit pas la nuit et l'éolien ne produit pas sans vent. Pour obtenir une quantité identique d'électrons, il faut donc installer plus de puissance renouvelable que de nucléaire.

Cordialement,

Philippe Collet Philippe Collet
03 décembre 2021 à 15h25
 
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