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Accueillir les capitaux étrangers pour re-dynamiser la filière EnR

Sébastien Prioux, Directeur du Développement de Projets d'Upsolar Europe SAS constate la froideur française face aux capitaux étrangers investis dans le photovoltaïque. En particulier lorsque les investisseurs sont chinois.

Avis d'expert  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com

L'industrie photovoltaïque en France (PV) subit depuis 2011 une vraie crise à tous les niveaux de la filière. Outre les changements trimestriels de tarifs de rachat et une politique erratique, de nouveaux arrêtés ont récemment été publiés pour « favoriser » un développement stable et progressif du secteur, censés dynamiser la filière locale au niveau de la production d'équipements et éradiquer poliment la concurrence asiatique.

L'industrie solaire s'écroule en France

Mais aujourd'hui, la France subit la crise économique internationale de plein fouet, tout comme les autres pays d'Europe, perdant 7.000 emplois dans le PV en 2011 et d'autres depuis. L'industrie solaire s'écroule petit à petit face à une compétition majoritairement asiatique, où l'industrie compte des acteurs dynamiques, ambitieux, qui pour certains ont été largement subventionnés, mais c'est loin d'être généralisé.

Les chinois dynamisent le secteur

Pourtant, soyons objectifs. Force est de constater que les acteurs asiatiques, s'ils font concurrence aux producteurs français, dynamisent aussi le secteur depuis des années. Ils embauchent du personnel local, et, en proposant des produits et équipements compétitifs, contribuent à l'optimisation des coûts de construction des centrales PV, supportent la transition énergétique, alimentent la réflexion des gouvernements sur  le niveau de subvention à accorder au secteur, et offrent aux installateurs la possibilité de faire des bénéfices et d'embaucher.

Les investisseurs accueillis froidement

Malgré tout cela, on constate en France une réticence à l'égard des produits chinois, mais aussi des capitaux.

La France, historiquement, a toujours été terre d'accueil aux investisseurs internationaux. C'est une des ses forces. Sa stabilité politique, sa main d'œuvre qualifiée et compétitive, et son ouverture d'esprit ont fait de la France la destination préférée non seulement des touristes mais aussi des investissements internationaux.

Pourtant, comme le rappelle le baromètre de l'attractivité de la France 2012 d'Ernst & Young, les investisseurs étrangers sont de moins en moins intéressés par la France, qu'ils délaissent au profit de l'Allemagne depuis 2011, et loin derrière la Grande Bretagne.

Un besoin de financement récurrent

Avec des prévisions de production d'énergie renouvelables de l'ordre de 25 GW d'ici 2030, Laurent Vigier, Directeur des affaires européennes et internationales à la Caisse des dépôts indique que la France risque de ne pas atteindre ses objectifs. A moins de renverser cette vague de méfiance envers les investisseurs étrangers et à mettre en place des collaborations avec des entreprises internationales.

En ce qui concerne les investissements dans le PV en France, qu'on se le dise, ils sont profitables. Les tarifs de rachat baissent, mais les coûts de construction et d'équipements aussi. L'investisseur y trouve sa rentabilité. C'est pourquoi, des acteurs internationaux, notamment chinois, investissent dans le développement de centrales PV en toiture ou au sol, dépassant leur strict statut d'équipementier.

Les acteurs chinois dans le PV ne sont pas systématiquement des fabricants de panneaux solaires, l'industrie asiatique compte aussi beaucoup d'investisseurs à ne pas négliger.

Des investissements qui créent de l'emploi

Si le but à terme est de faire un profit, le chemin pour y parvenir conduit ces acteurs à s'associer à des banques, des développeurs et des installateurs français. Il ne faut pas voir ces investissements comme une invasion. Il s'agit pour les industriels chinois de faire un investissement rentable, et pour la France, d'agrandir son parc PV et de créer des emplois dans la filière.

De même, les industriels français investissent en permanence en Chine dans une manufacture de plus en plus à la pointe. Il s'agit d'un juste échange de capitaux et de transferts de compétence.

Un projet et 13 emplois pendant 1 an à la clef

Le projet NOVENGO, portefeuille multi toitures en Charente réalisé en 2012, s'est vu injecter plus de 1,5 millions d'euros de capitaux chinois, permettant l'emploi de l'équivalent de 13 personnes à temps complet pendant 1 an. Un projet qui a permis à différents corps de métiers locaux d'intervenir : électriciens, couvreurs, installateurs, bureaux d'étude et de contrôle, etc…

Les banques se sentent insécurisées par les chinois

Mais très peu d'organismes bancaires ont accepté d'étudier ce dossier, en raison de la suspicion à l'égard de fonds d'origine chinoise. Certaines banques, comme le Crédit Coopératif dans cet exemple, ont toutefois compris les atouts des projets proposés. Elles sont rares.

D'autres portefeuilles photovoltaïques démarrés en 2012 sont toujours bloqués en raison d'une difficulté majeure liée au refinancement bancaire. Il serait erroné de croire que c'est la typologie du projet qui provoque ce refus des banques, car le système actuel, en France, permet à un projet en toiture de conserver son tarif de rachat, même retardé dans sa construction et en défaut sur sa date de raccordement. Le risque pour les investisseurs est ainsi considérablement maîtrisé.

Discrimination sur l'origine des fonds

En revanche, à projet équivalent, c'est bien l'origine du sponsor (l'investisseur qui amène les fonds propres) qui va être méticuleusement analysé. La méconnaissance ou la stigmatisation des acteurs chinois provoque de véritables refus, ou d'énormes contre-garanties bancaires qui dévalorisent considérablement les actifs.

Il est urgent, aujourd'hui, de s'interroger sur les conséquences de cette froideur. Car tous les acteurs français n'ont pas les moyens d'investir à hauteur de plusieurs millions d'euros dans le solaire. Aussi, l'accueil de capitaux étrangers est crucial au dynamisme de la filière et nécessaire à nombre d'installateurs, qui, sans financement de projets, mettent la clef sous la porte.

La France, de moins en moins attractive

Très concrètement, Upsolar a injecté 15 M€ en 2012 en Europe pour la construction de son portefeuille de projets photovoltaïques. Seuls 5 M€ ont été injectés en France. Et pourtant, c'est bien en France qu'a été ouverte la première filiale du groupe, en 2008.

Le fait est que les capitaux étrangers sont mieux accueillis en Italie, en Grèce ou en Roumanie, par exemple, où nous avons construit près de 7,5MWe dans les derniers mois : deux centrales de 1MWe en Italie, suivies de trois projets au sol de près de 2MWe chacun en Grèce et en Roumanie.

Ces projets ont mobilisé environ 10M€ de fonds propres et ont été réalisés avec des prestataires et sous-traitants locaux, représentant un équivalent temps plein de près de 70 emplois sur une année.

Le financement bancaire, clé de voute de tout projet industriel, y est aussi difficile qu'en France, mais l'origine chinoise des fonds ne suscite pas la même suspicion ni le même refus d'accès aux crédits.

Investisseurs, persona non grata

Face à un contexte difficile, un investisseur cherchera prioritairement des projets dont le couple risque/rentabilité est efficient, mais surtout permettant un accès aux financements bancaires pour limiter l'exposition de ses fonds propres.

Pour Upsolar, le refus de certaines banques françaises face à un sponsor chinois nous a amené à replacer la priorité d'allocation de nos fonds sur des projets où d'autres banques en Europe sont plus ouvertes. Bien que nous associions des acteurs locaux, nous avons essuyé de vrais refus de financement en France, malgré des critères d'éligibilité des projets qui avaient été validés.

La conséquence est lourde pour la France car le cas d'UPSOLAR n'est pas unique. Il existe beaucoup d'acteurs chinois avec de fortes capacités d'investissement sur le secteur du photovoltaïque. Recevoir des refus de financement sans raison légitime sur le plan technique, juridique ou financier les dissuadera d'investir en France. Et cela ne favorisera pas le développement de la filière dans son ensemble, ni l'économie du pays.

Mais que fait la France ?

Serait-il possible que la France se repose un peu trop sur ses acquis ? C'est, il est vrai, un pays formidable, par sa diversité géographique, par la préservation de son patrimoine culturel et historique, par l'esprit d'innovation qui a régné pendant des années et positionné ce si petit pays dans les premiers rangs mondiaux pendant longtemps.

Malheureusement, face aux pays émergents qui n'ont rien à perdre, la France manque de dynamisme et d'ambition. Il est certain qu'elle aurait tout à gagner à comprendre la subtilité du rôle de certains acteurs étrangers, à faire face à un contexte de mondialisation, sans considérer tous les acteurs chinois comme une menace.

Au lieu de se battre pour innover, inventer, et utiliser les capitaux mondiaux pour mieux se développer, La France alimente un faux débat sur les acteurs chinois qui a pour conséquence de ralentir encore plus une filière PV locale déjà très atone. Les chinois qui ne manquent pas d'énergie risquent de la valoriser ailleurs. Et c'est bien dommage !

Avis d'expert proposé par Sébastien Prioux, Directeur du Développement de Projets d'Upsolar Europe SAS

Réactions5 réactions à cet article

 

C'est le postulat de départ qui est le bon : La visibilité. Après on a tendance à sentir que l'interviewé défend son bout de gras (c'est bien normal).

Le problème n'est pas l'investissement intrinsèquement, c'est la visibilité (et donc la faisabilité) qu'on lui donne : Quand un tarif est révisé, à la baisse, tous les 3 mois, ça ne laisse pas le temps à une société de construire un business plan béton qui convaincra une banque ou autre fond d'investissement.

Donc en tant qu'investisseur on ne peut raisonnablement pas bosser le PV en France. Surtout lorsque l'efficience des capitaux à placer sera meilleure à quelques centaines de kilomètres du pays et présentant les mêmes garanties structurelles.

Et là où le bas blesse avec les investissements chinois, c'est qu'il y a un certain dumping des manufacturiers chinois (il faut le dire). Ils viendraient en plus installé des PV sur le territoire et bénéficierait d'un tarif d'achat bonifié sur le dos du ménage français (via paiement de la CSPE sur la facture de tout un chacun).
Donc pour synthétiser : sponsoring national chinois à l'étape de fabrication et sponsoring national français à l'exploitation... C'est sur ce point là que l'investissement chinois, plus qu'un autre, pose un certain problème.

Tout ça est dit très prosaïquement, en tentant de ne pas verser dans les clichés ou les partis pris.

Hannicare | 25 mars 2013 à 09h17
 
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Sur ce sujet et particulièrement sur la frilosité vis à vis des investissements chinois, je vous engage à méditer sur le proverbe : "Chat échaudé, craint l'eau froide"

Le Glaude | 25 mars 2013 à 10h24
 
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Le commentaire de "Hannicare" est fort à propos sur l'investissement dans le PV en France, quel que soit l'origine de l'investisseur. En revanche, tous les acteurs chinois ne sont pas subventionnés; comme vous le dites justement le dumping existe au niveau manufacturing et il faut le combattre (Suntech entre autres qui fait l'actualité en ce moment) mais il y a aussi beaucoup d'acteurs chinois privés (sans aucune aide étatique, qu'elle soit directe - prêt local - ou indirecte - crédit à l'export, ExIm bank, CBD, BoC...). Nous faisons partie de cette dernière catégorie, et quand nous amenons nos capitaux (issus de nos profits de vente de panneaux) pour financer un projet PV en France, certaines banques écrivent clairement que l'origine du sponsor est un problème, c'est du vécu.
Quand je fais face à ces situations, j'interprète cette attitude comme une stigmatisation des acteurs chinois en général (à juste titre pour des gros acteurs subventionnés comme Suntech) et cela amène aujourd'hui les gens à penser que le chinois dans le PV est le vilain petit acteur: pas tous.
Il est clair que vu de l'Europe, la distinction est dure à faire entre telle ou telle société chinoise, mais réagir en refusant des capitaux qui servent à un investissement local et qui va créer de la valeur auprès d'acteurs locaux me semble une hérésie intellectuelle, surtout en cette période.
La discussion est ouverte.

Spirou | 25 mars 2013 à 18h45
 
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J'ai presque 78 ans et j'ai fait ma carrière d'ingénieur dans l'électronique et les télécommunications. A lire cet article et les commentaires qui l'accompagnent, j'ai l'impression de revivre ce que j'ai déjà vécu. La technologie va vite, très vite. Dès qu'une solution nouvelle apparaît et est accessible pour moins cher, elle s'impose. Ceci est indépendant des investissements industriels, mais seulement dépendant des avancées technologiques qui, elles, dépendent de l'investissement dans la recherche et le développement. Acheter des licences de fabrication garanti d'être toujours en retard.
Nous sommes en train de découvrir que les hommes et les femmes des pays émergents sont des personnes de l'espèce homo sapiens et, à ce titre, aussi intelligents et malins que nous (peut-être plus ?). Comme ils vont à l'école, en particulier dans nos universités, et qu'ils travaillent dur, ils vont plus vite que nous.
Transposer cette réalité dans le discours et le système de pensée économico-financier qui nous abuse est une grave erreur que nous sommes en train de commencer à payer.

Jean-Claude Herrenschmidt | 26 mars 2013 à 09h43
 
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@Spirou : Juste une précision sur la notion de dumping que j'avance.
Il y a des fabricants de PV chinois qui sont nationaux ou semi-nationaux, eux c'est un fait, il sont ouvertement sponsorisés.
Mais la Chine maintient aussi le taux de change de son Renminbi (/yuan) volontairement bas afin de favoriser ses exportations et soutenir sa balance commerciale. Il y a ici un 2ème dumping moins direct mais tout aussi effectif pour le sujet qui nous intéresse.

Je laisse la conclusion à JC. Herrenschmidt.

Hannicare | 27 mars 2013 à 10h00
 
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