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Sécheresse : la crise est là, mais les mesures concrètes se font attendre

La France connaît une sécheresse avec deux mois d'avance, selon NKM qui a présenté des mesures visant un suivi plus fin de la situation. Quant aux mesures permettant d'éviter une telle situation, la mise en œuvre se fait attendre.

Eau  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
Sécheresse : la crise est là, mais les mesures concrètes se font attendre
   

Depuis les premières alertes lancées en avril, la situation n'a cessé d'empirer. En un mois, le nombre de départements touchés par des arrêtés préfectoraux de restriction d'usage de l'eau à plus que triplé : la liste des départements touchés est passée de huit au 20 avril à 28 aujourd'hui.

En conséquence, la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a réuni avec un mois d'avance, ce lundi 16 mai 2011, la Commission de suivi hydrologique, aussi appelée Comité sécheresse.

Nous sommes déjà en situation de crise

"La situation est véritablement critique" a justifié la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, à l'issue de la réunion, précisant que "nous sommes déjà en situation de crise." "Tous les voyants", des nappes phréatiques, à la sécheresse des sols superficiels en passant par les températures, "sont à l'orange ou au rouge." Les niveaux à la mi mai sont comparables à ceux constatés habituellement en juillet, ont admis l'ensemble des intervenants.

Interrogée sur une possible comparaison avec la sécheresse historique de 1976, elle a expliqué qu'en ce qui concerne les nappes phréatiques la situation est un peu meilleure. Cependant, la sécheresse des sols est plus marquée, car en 1976 les chaleurs n'ont débuté qu'en juin.

Fortes chaleurs en avril

Concrètement, le Bulletin national de situation hydrologique, fait état d'"un mois d'avril parmi les plus secs depuis 1959" avec des cumuls de précipitations qui "n'ont atteint que 29 % de la moyenne de référence établie sur la période 1971-2000."

Quant aux nappes phréatiques, le Bulletin précise que "plus des deux tiers (68%) des réservoirs affichent un niveau inférieur à la normale." Le Bassin parisien et le Sud-Ouest pour plusieurs grands aquifères sont particulièrement touchés alors que le sud de l'Alsace (Haut-Rhin) et le sud / sud-est du pays (Languedoc-Roussillon et Provence) présentent des niveaux plus favorables. Par ailleurs, l'évolution constatée en avril reste négative puisque la situation s'est dégradée pour 66% des nappes.

Batailles autour de l'usage de l'eau

Une telle situation augure d'un été difficile selon la ministre qui indique "[craindre] par dessus tout les tensions entre les secteurs économiques et les usagers de l'eau." Effectivement il semble que certaines situations soient déjà précaires à l'approche de l'été. Si l'agriculture semble particulièrement menacée, la ministre a surtout évoqué les autres usagers concernés.

La production électrique est l'un des secteurs les plus vulnérables car le refroidissement des réacteurs nucléaires nécessite de grandes quantités d'eau fraîche. Les problèmes de refroidissement révélés par la canicule de 2003 ont abouti à l'élaboration d'un référentiel grand chaud, mais la ministre a indiqué qu'en cas de situation extrême, la réglementation prévoit l'arrêt des réacteurs concernés "sans dérogation possible", contrairement à 2003. Quant aux conséquences d'éventuels arrêts de centrales sur la production électrique française, la ministre est restée vague, concédant "qu'on compte sur le fait qu'il ne faille pas arrêter 20 centrales en même temps."

De même le tourisme est dépendant du niveau d'eau des lacs et rivières. En la matière, elle a annoncé que l'on sait d'ores et déjà que certaines bases de loisirs nautiques ne pourront ouvrir cet été faute d'un niveau d'eau suffisant pour assurer une qualité d'eau de baignade satisfaisante.

Des mesures à concrétiser

Du côté des mesures, la ministre a confirmé qu'elle souhaite que la France réalise 20% d'économie d'eau en 2020. Un objectif dont elle veut faire l'une des priorités du Plan national d'adaptation et qui doit être réparti entre les secteurs et les usagers.

S'agissant de l'agriculture, Nathalie Kosciusko-Morizet juge la "situation assez peu satisfaisante" du fait des trop nombreux permis accordés et du manque de contrôle. Elle préconise donc des mesures préventives et notamment la définition de volumes maximums de captages qui seraient répartis entre les agriculteurs en concertation avec les Chambres d'agriculture. Les premières concertations sont attendues pour la fin de l'année, même si la ministre concède qu'en l'état seul le Poitou-Charentes semble avoir avancé sur ce sujet.

Cette concertation relative aux usages agricoles de l'eau n'est pas une nouveauté et date en réalité de la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (Lema) adoptée en 2006 qui prévoit la mise en place de zones de répartition des eaux (ZRE). Le texte prévoyait que la mesure soit mise en place fin 2010. "On n'est pas en retard, on est un peu à la bourre", admet la ministre quelque peu gênée. Effectivement, elle a signé un décret le 16 février 2011 qui recadre le calendrier de l'application de la loi Lema et reporte de un à quatre ans la mise en place des ZRE. Par ailleurs, le décret prolonge les autorisations temporaires de prélèvement dans les ZRE.

Si l'agriculture est souvent pointée du doigt s'agissant de l'usage de l'eau, la ministre regrette "qu'on [fasse] trop souvent le lien entre agriculture et eau" et pointe d'autres sources d'économie d'eau. En premier lieu elle souhaite que les fuites sur les réseaux de distribution soient limitées à 15% du volume transporté. Une mesure qui permettrait d'économiser 600 millions de mètres cubes d'eau par an.

Un meilleur suivi

La ministre a par ailleurs annoncé "de nouvelles cartes de mesures des restrictions plus précises et plus réactives." Dés juin 2011, les préfets enregistreront leurs arrêtés sécheresse dans un nouvel outil informatique permettant une vision en temps réel de la situation à l'échelle infra-départementale pour rendre compte de l'état de zones précises à l'intérieur d'un département.

De même, elle a signé une circulaire destinée aux préfets afin de clarifier le "dispositif à engager en cas de situation de crise pour une action plus rapide et plus efficace." Ce document reprend l'ensemble des règles édictées depuis la sécheresse de 2003 afin de les mettre en cohérence.

Réactions4 réactions à cet article

 

Il serait également grand temps de généraliser la récupération d'eau de pluie. Sans être une solution à tout, ce serait déjà un pas important. Mais ça ne peut pas se faire dans l'urgence, il y a toute une filière à organiser...

Aqualogic | 16 mai 2011 à 20h22
 
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Surtout,surtout ne pas contrarier la gent céréalière,elle vote si bien!
Au fait,combien de verres d'eau dans une heure d'aspersion à coups de canon de 100 mm. ? Si le résultat est significatif ,on devrait interdire de se laver les dents trois fois par jour.

sirius | 17 mai 2011 à 11h25
 
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Pourquoi pas, mais la récupération d'eau de pluie, à grande échelle n'aurait elle pas un impact justement sur le réaprovisionnement des nappes d'eau?

pourquoi pas | 18 mai 2011 à 14h51
 
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Il y a 20 ans on a créé de nombreuses retenues collinaires.Les aides de la PAc , l'instauration du GEL, la réduction des aides "irrigations" et la réduction du prix des céréales a bloqué le processus dans le sud ouest. Récupérer les excédents pluviométriques pour les reporter sur les mois suivants...Voilà l'intelligence de l'Homme...On a entendu tous les dicours positifs ou négatifs à ce sujet. des agriculteurs engagés dans des réseaux d'irrigation ont même regretté leur choix. Ce qui est certains c'est qu'en année "extrême", l'irrigation permet de sauver des récoltes pour permettre à l'agriculteur de dégager un revenu et produire des denrées qui contribuent à alimenter les animaux et les Hommes...

bertrand | 20 mai 2011 à 16h46
 
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