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Sécheresse et famine en Afrique : prévenir la crise dans la région du Sahel

La sécheresse et la famine menacent en ce début 2012 plusieurs millions de personnes au Sahel dans l'Ouest du continent, a averti Oxfam en appelant à tirer les leçons de la crise qui sévit dans la Corne d'Afrique et débloquer une aide d'urgence.

Risques  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
Sécheresse et famine en Afrique : prévenir la crise dans la région du Sahel

Près de six mois après l'annonce de la sécheresse et de la famine dans la Corne de l'Afrique, les organismes humanitaires Oxfam et Save the Children dénoncent dans un rapport paru mercredi 18 janvier les impacts de la mauvaise gestion de la crise alimentaire et du ''retard dangereux'' de l'aide allouée en Afrique de l'Est. Conséquences : ''des milliers de personnes ont perdu la vie et des millions de dollars supplémentaires ont du être dépensés parce que la communauté internationale s'est montrée incapable de prendre les mesures nécessaires pour répondre aux signaux d'alertes'', affirment les ONG.

"Agir rapidement permet de sauver des vies''

Or, Oxfam et Save the Children soulignent que le premier signe avant-coureur remontait déjà à août 2010, avec ''la  confirmation d'un changement des conditions climatiques lié au phénomène La Niña'' qui allait renforcer la sécheresse en Afrique de l'Est. Alors que la région a connu depuis fin 2010 des précipitations en dessous de la normale sur deux saisons des pluies consécutives,la majorité des donateurs n'ont ''seulement'' réagi que lorsque la crise a été officiellement déclarée par l'ONU en Somalie en juillet 2011 !, rappellent les ONG. ''Le taux de malnutrition avait alors largement dépassé le seuil d'urgence dans certaines parties de l'Afrique de l'Est et la crise faisait l'objet d'une large couverture médiatique", ajoutent-elles.

Mais la culture de l'attentisme ''a retardé de six mois la mise en place d'une opération d'urgence de grande ampleur.'' Résultats :  selon l'ONU, plus de 13 millions de personnes sont encore aujourd'hui touchées par la crise dans la Corne de l'Afrique ''et menace de famine'' quelque 250.000 personnes en Somalie qui ''à l'heure actuelle, est le pays où la crise alimentaire sévit le plus fortement''.

La crise perdure en Somalie

L'Éthiopie et le Kenya ont aussi été touchés avec Djibouti, mais les organismes d'aide humanitaire ont pu intervenir plus facilement dans ces pays qu'en Somalie, ravagée par la guerre civile. Plusieurs centaines de milliers de Somaliens ont dû fuir le pays et se déplacer dans des camps. En septembre dernier, l'ONU avait également décrété l'état de famine dans une sixième région somalienne, la province de Bay et prévoyait déjà le même sort pour les provinces de Juba, Gedo et Hiiran fin 2011 dans le sud du pays. Si de fortes inondations sont tombées en novembre dernier en Somalie, la prochaine récolte de début 2012 est toujours menacée par les impacts de la pire sécheresse qui a frappé la région en 60 ans.

Du côté des aides internationales, seulement 63 % des besoins de financement des Nations Unies, soit 2,5 milliards de dollars au total avaient été annoncés en septembre 2011. Fin décembre dernier, les Etats-Unis ont notamment débloqué une aide supplémentaire de 113 millions de dollars pour la Corne d'Afrique.

''Bien qu'il reste difficile d'évaluer très exactement combien d'individus sont morts de la sécheresse, le gouvernement britannique estime qu'entre 50.000 et 100.000 personnes sont décédées entre avril et août 2011'', principalement en Somalie, indique l'étude. ''Plus de la moitié étaient des enfants âgés de moins de cinq ans''. Le rapport blâme aussi les organismes d'aide humanitaire qui ont mis aussi trop de temps à ajuster leurs services à la situation entraînant un impact sur les coûts des actions. Si un certain nombre d'opérations ont été ''rapidement déclenchées, ces actions se sont vite révélées insuffisantes face à une crise d'une telle ampleur. Des interventions plus onéreuses ont donc dû être déployées à un stade ultérieur", déplorent Oxfam et Save the Children.

''Acheminer cinq litres d'eau par jour pour 80.000 personnes en Ethiopie pour sauver des vies en urgence revient à plus de 3 millions de dollars alors qu'il ne coûte pas plus de 900.000 dollars de réhabiliter les points d'eau hors d'usage de la région pour prévenir une sécheresse annoncée'', chiffrent les ONG. Selon elles, des fonds devraient être débloqués dès que les signes d'une crise se dessinent clairement, plutôt que de mettre en branle une aide massive quand les niveaux de malnutrition ont déjà atteint des seuils critiques.

 
Sahel : ''Les indicateurs sont au rouge'', prévient l'UE "C'est la troisième fois en dix ans que cette région traverse une crise. Nous sauvons chaque année plus de 200.000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, mais cela ne suffit pas: nous devons en faire davantage et nous le ferons'', a déclaré mardi 17 janvier Kristalina Georgieva, la Commissaire européenne à l'aide humanitaire, en visite au Niger, en appelant à apporter de l'aide le plus rapidement possible.
''En ce qui concerne la crise actuelle, nous avons déjà alloué plus de 100 millions d'euros à la lutte contre la faim et nous collaborons étroitement avec d'autres agences à l'élaboration d'une stratégie d'aide globale prévoyant à la fois des actions à court et long terme permettant de venir à bout de la malnutrition'', a-t-elle souligné.
 

''Nous sommes tous responsables du retard pris dans la réponse à une crise qui a coûté bien des vies dans la Corne de l'Afrique. Il est essentiel que nous en tirions les leçons (…). Nous savons parfaitement qu'en agissant en amont, nous sauvons des vies. Mais la culture de l'attentisme et des économies de court terme, largement partagée par les organisations humanitaires, implique que nombre d'entre elles ont renâclé à dépenser de l'argent avant que la crise ne soit bel et bien confirmée'', déplore Barbara Stocking, directrice d'Oxfam.

Crise imminente en Afrique de l'Ouest

Les leçons tirées de cette crise doivent donc ''aider à mieux prévenir des futures catastrophes et sauver des vies'', affirment les deux ONG alors qu'une nouvelle crise alimentaire se prépare cette fois dans la région du Sahel, à l'Ouest de l'Afrique confrontée à une sécheresse depuis décembre dernier.

A l'instar de la Corne d'Afrique, les faibles précipitations et les points d'eau peu remplis, les prix élevés des denrées alimentaires (+40% en un an) mais aussi des récoltes et des fourrages limités menacent déjà de famine 7 millions de personnes du Sahel (dont 1,7 millions d'enfants) frappées déjà par une crise majeure en 2010. Les premiers indicateurs soulignent les risques d'une crise alimentaire en 2012, avec des populations particulièrement à risque en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso, au Mali et au Tchad. ''Il est urgent de tirer parti de l'expérience acquise dans la Corne d'Afrique (…). C'est donc maintenant qu'il faut investir dans des mesures préventives'', ont appelé les ONG.

Réactions1 réaction à cet article

 

Des périmètres irrigués sont disponibles
et il y a encore le temps de produire des vivres sur place.

J’ai travaillé de nombreuses années dans le domaine de la communication pour le développement pour le compte de nombreuses Organisations des Nations Unies.
En décembre dernier, j’ai lu dans la presse combien la situation alimentaire au Sahel allait être préoccupante.
Il est encore temps pour agir dans de nombreux pays en utilisant les périmètres irrigués sous utilisés. De même si nous le voulons, il est possible de produire localement des aliments riches en Vitamines A , C… comme le moringa , les feuilles de baobab, d’amarantes …
Je suis certain que si OXFAM le voulait, elle pourrait mobiliser l’ensemble de ces partenaires pour des actions de production rapides et efficaces. En passant des contrats avec les groupements de producteurs locaux comme le fait le PAM en Haïti pour approvisionner les cantines scolaires.
Pour produire du riz, du maïs, du soja sous des climats tropicaux nous avons besoin de moins de quatre mois et pour produire des légumes deux mois.
Pourquoi entendre des vivres de l’extérieur alors qu’il est possible d’en produire une grande partie sur place en favorisant l’agriculture locale et en faisant tourner à plein régime les infrastructures existantes.
Une telle initiative redonnerait une nouvelle vision des Organisations Caritatives qui ne savent pas se coordonner et agir pour anticiper les famines. Depuis octobre 2011 nous somme

clavreul | 24 janvier 2012 à 18h58
 
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