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Actu-Environnement

''Sensibiliser à la biodiversité, les étudiants qui seront un jour aux manettes''

Alors que vient d'être lancé le Prix Epe-Métro 2010 sur la biodiversité, Bruno Lafont, Président d'Entreprises pour l'environnement (EpE) et PDG de Lafarge, revient pour Actu-Environnement sur les raisons qui poussent un groupement de grandes entreprises à réfléchir sur ce thème.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
   
''Sensibiliser à la biodiversité, les étudiants qui seront un jour aux manettes''
Bruno Lafont
Président de EpE, PDG de Lafarge
   
Actu environnement : Quelles sont vos motivations à choisir le thème de la biodiversité pour le prix étudiant 2010 d'Entreprises pour l'environnement que vous organisez en partenariat avec Métro ?
Bruno Lafont :
Il y a plusieurs raisons à ce choix. D'abord, c'est l'actualité, puisque 2010 sera l'année de la biodiversité. Deuxième raison, c'est parce que la biodiversité est un sujet de préoccupation des Français : quand on parle d'environnement, c'est une source d'inquiétude qui n'est pas mineure. Il faut donc en parler d'autant que les rapports Chevassus-au-Louis et Sukhdev récemment publiés, proposent de fixer une valeur économique aux services écologiques rendus par la nature.
La biodiversité est aussi un enjeu pour les entreprises. Il y a celles qui s'y impliquent, notamment Lafarge. Pour le Groupe que je dirige, s'il y a bien sûr les émissions de CO2, la biodiversité est un nouveau thème sur lequel on a choisi de travailler avec le WWF dans le cadre de notre nouvelle étape de partenariat. C'est aussi une nouvelle thématique pour la 5ème édition de ce concours, puisqu'Entreprises pour l'Environnement avait pris pour thème, le changement climatique, pour les quatre premières éditions.
Dans le Grenelle, la biodiversité constitue également un volet important. L'action de l'homme, comment il modifie les écosystèmes, est un sujet important qui s'inscrit dans une problématique globale. Les carrières que nous exploitons chez Lafarge pourraient effectivement constituer des trames vertes. Pour certaines d'entre elles, on aide faire à vivre des espèces que l'on ne trouve nulle part ailleurs !

AE : L'objectif du concours est-il de concrétiser les bonnes idées au sein des entreprises adhérentes d'Entreprises pour l'environnement ?
BL :
Le premier objectif du prix est de sensibiliser les étudiants qui seront un jour aux manettes. Ils vont apporter un regard neuf en tant que non spécialistes et, je l'espère, des pistes de solutions originales qui vont pouvoir alimenter la réflexion des entreprises sur la biodiversité.

AE : Quelles sont les propositions d'Entreprises pour l'environnement (EPE) pour empêcher la dégradation des écosystèmes ? Un groupe comme le vôtre prend-il en compte la biodiversité dans la gestion de ses sites d'activités ?
BL :
La mission d'EpE est, en premier lieu, d'inviter les entreprises à connaître l'impact de leurs activités et d'échanger sur les outils les plus adaptés pour comprendre et aborder la biodiversité. Et l'on s'aperçoit que la connaissance des impacts est ce qu'il y a de plus important. Deuxième mission : montrer ce que les entreprises font pour apporter des solutions positives à cette question de la biodiversité.

AE : Et ça marche ?
BL :
Oui, quand on s'en occupe. C'est par exemple un enjeu important pour Lafarge, car cela permet de maintenir l'accès aux ressources naturelles dans des sites qui sont de plus en plus protégés, de gérer nos implantations dans le long terme : si on a une idée de la manière dont on gère la biodiversité quand on ouvre une carrière, on a beaucoup plus de chance de bien traiter le sujet, d'être exemplaire et par voie de conséquence, d'être en mesure d'exercer un effet d'entraînement sur le secteur. On a plusieurs exemples : pour la carrière de Sandrancourt dans les Yvelines, nous avons créé un conservatoire des milieux naturels de la vallée de la Seine, qui nous permet d'évaluer la faisabilité de la création de milieux caractéristiques de cette vallée pour les réaménagements futurs. En Espagne, nous développons un programme de recherche et d'éducation fondé sur la connaissance des vitesses de recolonisation de la carrière par les espèces voisines. En Grèce, on met en culture dans une pépinière installée sur la carrière, les espèces les mieux adaptées à la replantation des zones qui sont réaménagées. En France, nous avons un partenariat avec le conservatoire botanique national de Brest pour l'étude des espèces à Madagascar et dans plusieurs pays du pourtour méditerranéen. En Afrique et au Maghreb, d'anciennes carrières sont redevenues des parcs naturels. On s'est engagé dans nos ambitions ''développement durable 2012'', dans toutes nos carrières. Nous publions tous les ans un reporting régulier de la proportion de nos carrières actives qui ont mis en place un plan de réaménagement avec prise en considération systématique de la sensibilité des milieux dans lesquels nous opérons. Par exemple, aujourd'hui, Lafarge exploite plus de 25 carrières dans des sites classés Natura 2000 en Europe.
Comme on a commencé très tôt, on est capable de montrer des aménagements de qualité qui ont déjà plus de 20 ans. Le point clé de notre démarche : nous ne voulons pas que tout ce que nous montrons repose seulement sur ce que nous disons. Aussi, comme on n'est pas toujours les meilleurs juges de l'intérêt écologique d'un milieu, le mieux est de faire appel à des parties prenantes extérieures et compétentes. C'est le cas avec le WWF avec qui nous développons un système de management de la biodiversité - évaluation, consultation, gestion. On a pris des engagements chiffrés sur la biodiversité : le WWF nous aide à construire les bons outils.

AE : Le secteur industriel est soumis au système européen des quotas à travers lequel il s'engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Quelle est votre appréciation sur le fonctionnement de ce système depuis son démarrage en 2005 ?
BL :
Nous avons toujours été partisans de toute initiative qui avait pour objet la réduction du CO2. Le groupe Lafarge, pour sa part, a pris des engagements unilatéraux à l'époque où il n'avait aucune obligation de réduire ses émissions. Aussi quand les gouvernements nous demandent de réduire les émissions de CO2, nous y sommes naturellement favorables. Nous l'appliquons aussi là où il n'y a pas de règle, c'est-à-dire même dans les zones où il n'y a pas d'obligation de le faire : vous savez que les systèmes de quotas pour l'instant ne s'appliquent qu'à l'Union européenne.
Mais bien entendu, la réduction des émissions de CO2 implique des conséquences économiques potentielles sur le management des entreprises. Si nous sommes favorables aux régulations sur les émissions de CO2, nous sommes soucieux que celles-ci permettent à l'entreprise de s'adapter et de rester compétitive. En même temps qu'on établit ces règles, il faut permettre à l'entreprise de continuer à prendre des décisions, notamment des décisions de long terme.
Certains investissements nécessitent d'être prévus sur 50 ans. Avec un cadre réglementaire sur trois ans, on ne peut pas anticiper. Il faut créer une zone de prédictabilité qui soit suffisamment longue pour que l'entreprise puisse continuer à investir. A ce titre, le système européen correspond à nos attentes puisqu'il couvre une période – 2013-2020 – qui va assez loin. Il incite les entreprises à progresser puisqu'il nous entraîne à réduire nos émissions de CO2 de plus de 20% entre 2005 et 2020. En même temps, il a pris en compte les spécificités de certains secteurs en établissant une liste des entreprises plus intensives en énergie et pour lesquelles il pourrait y avoir des conséquences en termes de pertes de compétitivité.

AE : Les cimentiers sont-ils concernés par cette liste ?
BL :
Les cimentiers sont effectivement concernés par cette liste, mais aussi par l'obligation de réduire les émissions de CO2. C'est un vrai combat mais nous allons continuer nos efforts. Notre objectif est bel et bien de transformer la contrainte en opportunité et de faire en sorte que les progrès que nous faisons dans ce domaine soient aussi des opportunités dans la façon de gérer notre business. Selon le prix du CO2, il y a une vraie différence de coût qui peut distordre la concurrence. Même avec un prix faible, pour les industries intensives en énergie, le prix du CO2 constitue tout de suite un facteur. C'est la raison pour laquelle nous sommes en faveur d'une régulation la plus mondialisée possible. C'est également pourquoi Lafarge, avec d'autres cimentiers mondiaux, dans le cadre du World Business Council for Sustainable Development, a créé la Cement Sustainable Initiative qui regroupe 18 grands cimentiers de 11 pays dont des pays émergents. L'idée est de participer ensemble à des actions qui conduisent chacun à bien s'auto-évaluer, car il n'y a pas de régulation sans mesure, puis à s'engager sur des progrès. Avec les engagements qu'ils ont pris, ces cimentiers sont parvenus à une réduction de 70 millions de tonnes de CO2.

Réactions3 réactions à cet article

 
Green washing ?

On aimerait croire un gars si plein de bonne volonté mais il faudrait pour ça oublier les décennies précédentes où ces industriels ont détruit l'environnement -y compris social, dans pas mal de pays d'Afrique et d'ailleurs.

Le green washing continue mais on imagine difficilement ces groupes gérés par des actionnaires qui ont les yeux rivés sur le taux de rendement de leur investissement, porter un quelconque interet à l'environnement, surtout si ça veut dire moins d'argent pour eux. Je me trompe ?

Pat | 30 octobre 2009 à 20h10
 
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Les jeunes seront aux manettes de quoi ???

"D'abord, c'est l'actualité," pour ne pas dire c'est la mode !

"transformer la contrainte en opportunité et de faire en sorte que les progrès que nous faisons dans ce domaine soient aussi des opportunités dans la façon de gérer notre business ..." et la concurrence et la compétitivité à long terme ...

Tout y est pour continuer le processus de croissance même avec 20 % de CO2 en moins, le système va droit dans le mur!

Relisez l'article précédent de de Monsieur COCHET et posons nous la question: Les jeunes seront aux manettes de quoi ???

Yves

Yves | 04 novembre 2009 à 12h58
 
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process industriels des cimentiers et pollution

Bonjour,
Je ne vois pas en quoi l'activité des cimentiers
intéresse la BIODIVERSITE. à la qualité de l'air sans doute avec des rejets de fumées, de poussières.
Qu'elle s'occupe donc de ses process industriels pour éviter de se retrouver au tribunal pour pollution. Ce sera déjà un premier pas dans le processus vertueux.
Qu'elle s'intéresse à l'efficacité énergétique dans les bâtiments par la recherche dans de nouveaux matériaux oui.(qui serviront à artificialiser de nouvelles surfaces agricoles !!!!) De toutes façons, il n'y a pas le choix (l'Europe s'est engagée dans la lutte contre le CO2 et la France aussi). Ce débordement d'intérêt des cimentiers pour les bêbêtes dont les habitats régressent à toute vitesse, (nous sommes des mauvais élèves européens avec l'emploi des pesticides)est ridicule.
Par contre, l'éducation à l'environnement se fait et doit se faire à la maison et devrait se faire à l'école, dès le plus jeune âge) et d'ailleurs les enseignants y sont sensibles.

Marjolaine | 18 novembre 2009 à 11h16
 
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