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Smart grids en Afrique : le nec plus ultra à partir de rien

Thierry Legrand, consultant spécialisé sur les smart-grids, revient sur l'opportunité que constituent ces technologies pour les pays d'Afrique alors même que les infrastructures électriques de ces pays sont le plus souvent restées au stade embryonnaire.

Avis d'expert  |  Energie  |    |  Actu-Environnement.com

Le déploiement des smart grids est au coeur des politiques énergétiques de la majorité des pays. Ceux d'Afrique ne font pas exception. Pourtant, si cette dynamique semble aller de soi auprès de pays convertis aux bienfaits de la notion de "transition énergétique", il reste incongru sur un continent où le réseau électrique en est toujours au stade embryonnaire. Comment parler de "transition" quand il n'y a pas eu de réel stade préalable ?

Des réseaux de smart grids ex nihilo ?

24% seulement des populations sub-sahariennes ont accès au réseau électrique, selon la Banque mondiale. C'est peu, d'autant que ces "privilégiés" font souvent les frais de pannes importantes. Si la précarité économique de nombre de pays d'Afrique explique naturellement le faible taux de raccordement de leurs habitants, le continent sommeille pourtant sur des réserves d'hydrocarbures considérables, mais possède aussi d'importants gisements éolien, hydraulique et, surtout photovoltaïque. Par endroits, l'ensoleillement est tel qu'un même panneau photovoltaïque est capable de produire deux fois plus d'électricité qu'en Europe centrale.

Reste que malgré des ressources tous azimuts, les Africains sont encore sous-alimentés. L'opulence en énergies des pays ne fait pas celle des populations. En 2008, 588 millions d'Africains n'avaient pas accès à l'électricité.

Quand réseau il y a, il est souvent défectueux, vieillissant, parfois daté de l'ère coloniale. Bref, tout reste à faire. L'émergence d'une réelle volonté du continent Africain de s'inscrire de plain-pied dans une course au développement socio-économique, dont l'électricité est un vecteur primordial, correspond à celle des smart grids. Pourquoi s'en passer ?

Les avantages que peut tirer l'Afrique d'une telle technologie sont nombreux : diminution du temps de coupure, meilleure qualité d'approvisionnement, calibrage au cordeau de la distribution et de la consommation, préférence accordée aux énergies renouvelables...

Bien, mais comment s'y prendre ? Des investissements colossaux sont nécessaires. L'Afrique n'a pas le droit de s'en passer, si elle veut éviter tout phénomène de "verrou technologique", qui l'ostraciserait encore davantage sur la scène internationale. L'installation de nouvelles lignes doit en outre se faire en ne négligeant pas certains paramètres, notamment climatiques. Une "tropicalisation" du matériel semble de mise, pour lui permettre de résister aux fortes chaleurs et à l'humidité omniprésente dans le centre du continent.

Il est intéressant de remarquer que l'approche qu'auront la plupart des Africains de cette technologie ne se basera sur aucune expérience préalable de l'électricité. Quelques pays du continent ont déjà opté pour l'installation de compteurs communicants (Cameroun, Djibouti...) Comme pour Linky en France, l'intérêt de ces compteurs repose sur l'interaction qu'ils proposent avec les consommateurs. Autrement dit, chacun se doit de surveiller sa consommation, en pratiquant par exemple l'effacement, ou en ne sollicitant que les appareils électriques réellement nécessaires. Intelligents, les smart grids ne le sont que parce qu'ils mettent à profit les petites cellules grises de leurs utilisateurs.

Toute la question est de savoir si des consommateurs n'ayant jamais eu accès à l'électricité auront le réflexe de l'économiser. On aurait plutôt tendance à croire que non. La découverte d'une technologie s'accompagne rarement d'assez de recul pour mesurer la dimension néfaste de son utilisation excessive. Les conditions semblent réunies pour faire du continent Africain un territoire énergivore, se bâfrant d'une ressource dont il a été privé si longtemps. Et pourtant...

Et pourtant la découverte de l'électricité par le biais des smart grids ne se fera pas sans un certain accompagnement pédagogique. Inconcevable. Ce serait annuler a priori tout l'intérêt des réseaux intelligents. Il y a de fortes chances, au contraire, que l'Afrique s'érige en laboratoire géant, en parangon de la façon dont consommer mieux. Pourquoi ? Parce que prendre les bons réflexes d'emblée est sans doute le meilleur moyen de ne jamais passer outre. Par ailleurs, l'architecture des réseaux telle qu'elle s'annonce devrait encourager un comportement responsable.

Les microgrids à la rescousse

Le continent africain est immense. De nombreuses zones y ont une densité de population faible. Avec 582 millions de ruraux, ce sont plus de 50% des habitants qui vivent à la campagne. Si l'installation de super grids, c'est à dire de réseaux intelligents transfrontaliers, semble exclue dans un premier temps, il en va souvent de même pour celle de smart grids plus traditionnels, échafaudés à l'échelle d'un pays. Difficile de raccorder les zones les plus marginales à un réseau centralisé.

D'autant que les sources d'énergie privilégiées ne s'y prêtent pas. En plus d'être intermittentes, les EnR ont pour caractéristique première d'être "éclatées", diffuses. A l'inverse d'une centrale nucléaire, dont la capacité de production est suffisante pour pourvoir aux besoins d'une vaste région, panneaux photovoltaïques ou éoliennes sont implantés en bouquets modestes.

Un maillage électrique clairsemé, des sources d'énergie elles-aussi dispersées, tous les ingrédients semblent réunis pour faire de l'Afrique le terreau idéal d'un type de smart grids un peu particulier : les microgrids. Ces modèles ont ceci de spécifique qu'ils mettent en place un réseau à petite échelle, où les zones de production se trouvent à proximité de celles de consommation, ce qui permet d'optimiser la distribution.

L'Afrique l'a bien compris. En Ouganda, la compagnie Village Energy encourage les entrepreneurs locaux à installer des réseaux photovoltaïques domestiques. Même chose au Sénégal et au Maroc, où la firme espagnole Trama TecnoAmbiental a relié entre eux de nombreux utilisateurs d'énergie solaire. Au Rwanda, une micro centrale solaire est en activité depuis 2007, et il est prévu que la capacité de production augmente significativement, atteignant à terme les 250 MW. L'hydraulique n'y est pas en reste. La capacité totale de toutes les petites centrales cumulées est de 50 MW.

Autant d'exemples de locavorisme énergétique qui devraient encore se multiplier dans les années à venir aux quatre coins de l'Afrique. En plus de doper l'économie rurale, ils permettront au continent de s'inscrire à l'avant garde du développement durable, sans être passé par toutes les étapes intermédiaires. Ou comment témoigner d'une forme de futurisme énergétique sans avoir connu de passé, en somme.

Là où les pays possédant déjà un réseau performant rencontrent des problèmes de resynchronisation (les caractéristiques de tension, de fréquence et de puissance devant être respectées), mais aussi de réglementation (les lois en vigueur n'étant pas favorables à cette forme d'autonomie énergétique), la plupart des pays africains partent libres de tout obstacle - si ce n'est le coût. On s'en doute, l'avenir de ce beau projet est directement corrélé à la capacité qu'aura le continent à attirer les investisseurs.

Pour une consommation annuelle moyenne de 128 kWh par habitant en Afrique de l'Ouest, le coût d'installation des équipements solaires ad hoc reviendrait à 750 € par tête de pipe. Un peu cher à l'origine, mais très vite rentable. D'autant plus pour les systèmes à chaleur thermique dans les pays sahéliens, ou les températures atteignent des sommets. Investisseurs, vous êtes prévenus, aucune raison d'être frileux !

Avis d'expert proposé par Thierry Legrand, consultant spécialisé sur les smart-grids, rédacteur en chef de les-smartgrids.fr

Réactions5 réactions à cet article

 

des petites coopératives d'énergies basées sur des renouvelables me paraissent tout a fait adaptées à la fois aux infrastructures(quasi inexistantes) mais également à la responsabilisation (gaspillage)des populations.
Le pire serait la réalisation de gros moyens de production et de distribution centralisés(nucléaire et autres).

lio | 10 mars 2014 à 11h35
 
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En principe les experts font la différence entre minigrids qui sont des réseaux autonomes qui servent à électrifier les zones isolés et les microgrids qui sont des moyens de production raccordés à un réseau électrique et qui peuvent en cas de problème sur celui ci le remplacer jusqu'à ce que le problème soit résolu. Les microgrids installés par des scientifiques spécialisés dans les énergies renouvelables ont prouvé leur résilience lors du tremblement de terre au japon ou lors de l'ouragan Sandy à New York par exemple où ils ont pu continuer à assurer les besoins électriques en continu en sauvant même des vies dans le cas du Japon.

(bon après le problème de cette terminologie c'est qu'aujourd'hui les microgrids sont plus grande que les minigrids!)

Tilleul | 11 mars 2014 à 01h07
 
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Vendre des smartgrids est'il vraiment la priorité? Si on déjà on s'interessait a accroître les moyens de production et a simplement entretenir des réseaux trop souvent dans un état de délabrement affligeant, a lutter aussi contre le vol d'électricité, bref remettre de l'ordre on aurait fait de grands progrés. Selon les modes de productions retenus il faudra ,ou non, develloper des réseaux a Haute tension supplémentaires.
Aujourdhui les smart grids sont un gadget de riches qui peine a démontrer son intérêt. voir https://www.actu-environnement.com/ae/news/deploiement-smart-grids-attentisme-concurrence-consommateur-21035.php4 A la base ce système sert acompenser les défaillances des producteurs d'électricité, il ne sert pas vraiment aux abonnés qui doivent pourtant le financer.

ami9327 | 12 mars 2014 à 14h41
 
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A votre question il y a une réponse évidente : si vous renforcez le réseau existant vous allez continuer a vider les campagnes et augmenter les inégalités. Les mini et micro grids sont une réponse adaptée au déploiement de l'énergie électrique en Afrique et de fait créateurs d'emplois. Pour ceux qui voudrait aborder le coût du kWh on peut en parler mais c'est un faux problème : lorsque il n'y a que des groupes diesel ou rien du tout l'installation d'un mini grid et de compteurs a pré-paiement permet immédiatement d'élever le niveau de vie de l'ensemble des habitants. Le kWh à 45 cents soit 300 Fr cfa ce sera le double que en ville mais 3 à 4 fois moins cher qu'un groupe électrogène (chiffres Banque mondiale).
Reste a convaincre des investisseurs ...

casamansun | 07 septembre 2014 à 21h00
 
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A votre question il y a une réponse évidente : si vous renforcez le réseau existant vous allez continuer a vider les campagnes et augmenter les inégalités. Les mini et micro grids sont une réponse adaptée au déploiement de l'énergie électrique en Afrique et de fait créateurs d'emplois. Pour ceux qui voudrait aborder le coût du kWh on peut en parler mais c'est un faux problème : lorsque il n'y a que des groupes diesel ou rien du tout l'installation d'un mini grid et de compteurs a pré-paiement permet immédiatement d'élever le niveau de vie de l'ensemble des habitants. Le kWh à 45 cents soit 300 Fr cfa ce sera le double que en ville mais 3 à 4 fois moins cher qu'un groupe électrogène (chiffres Banque mondiale).
Reste a convaincre des investisseurs ...

casamansun | 08 septembre 2014 à 10h18
 
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