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Pour une société durable, sobre et résiliente… Osons le low-tech !

Dans sa nouvelle note, la Fabrique écologique, s'intéresse au "low-tech". Que recouvre ce concept ? Quels sont les atouts de ces technologies ? Comment accélérer leur déploiement ? Philippe Bihouix, président du groupe de travail, répond à ces questions.

Avis d'expert  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com

Une innovation low-tech ? Quel est cet étrange oxymore ? Chacun sait que l'innovation c'est justement le high-tech, les applications numériques, les drones autonomes, l'intelligence artificielle, les biotechnologies, les nanomatériaux ! Drôle d'idée de réfléchir à ce concept qui semble nous proposer le retour à la bougie ou à l'âge des cavernes !

Certes, le terme low-tech ne fait pas rêver comme le high-tech et ses applications futuristes. Et pourtant, si c'était là que se situait la vraie modernité et le courage d'innover ? Le constat ne fait plus de doute, notre système technique et économique se heurte aux limites de la planète, qui n'a plus la capacité à lui fournir des ressources – essentiellement fossiles et non renouvelables – et à en absorber les rejets, comme le démontrent le changement climatique et la pollution généralisée irréversibles. Si ce constat ne fait plus débat, les divergences persistent tant dans l'appréciation de la gravité de la situation que dans les réponses à mettre en place.

Les low-tech, accélérateur de la transition écologique

Parmi les solutions envisagées, le rôle des technologies "vertes" et intelligentes est central. Elles sont souvent présentées comme la clé pour résoudre le défi planétaire : énergies renouvelables terrestres et marines, smart cities optimisées, outils numériques, nano-bio-technologies, etc. Mais à y regarder de plus près, il serait dangereux de faire reposer la transition écologique uniquement sur l'innovation technologique. Les high-tech nécessitent aussi des ressources naturelles et ont bien souvent tendance à accélérer notre modèle "extractiviste" : souvent composées de matériaux rares et difficiles à recycler, elles rendent les espoirs d'une économie circulaire peu probables. De plus, le système high-tech provoque son lot de problématiques sociales, humaines et politiques (populations expulsées ou exploitées, dépendance aux multinationales, évasion fiscale, etc.).

Si le tout high-tech n'est pas l'eldorado promis par certains, il est indispensable de penser différemment et de développer, en parallèle, le concept et les initiatives dites "low-tech". Ce terme formé par antonymie des high-tech, au contour encore flou, désigne des innovations durables (produits ou services) prenant mieux en compte les contraintes sur les ressources, se focalisant sur le développement de technologies sobres, agiles et résilientes. Ces solutions alternatives émergent et suscitent un intérêt croissant dans de nombreux secteurs : industrie et services (mouvement des fab labs ou "do it yourself"), réemploi et réparation ("recycleries – ressourceries", ateliers de réparation locaux), agriculture et alimentation (permaculture, mouvement slow food), etc.

Les exemples sont nombreux, l'engouement est réel, mais cette innovation low-tech peine à se généraliser et à être reconnue. Pourtant, elle pourrait être un véritable accélérateur de la nécessaire transition écologique et énergétique, basée sur une technique au service de l'homme, créatrice d'emplois locaux, participant à la résilience des territoires et porteuse d'un nouveau récit positif.

Comment développer les technologies sobres et résilientes ? Comment lever les freins à leur déploiement ? Trois propositions concrètes et volontaristes sont avancées dans la note de La Fabrique Ecologique "Vers des technologies sobres et résilientes – Pourquoi et comment développer l'innovation low-tech ?".

Trois propositions pour les développer

Basculer les cotisations sociales vers une fiscalité environnementale ambitieuse en faisant porter progressivement le coût de la protection sociale par une fiscalité environnementale. Dans les entreprises et les administrations, les arbitrages sur les choix d'organisation, les modes de production, la rentabilité des projets, l'utilité des investissements, s'en trouveraient profondément modifiés, en faveur de l'emploi humain et des effets environnementaux bénéfiques. Cette évolution permettrait l'émergence d'une économie "post-croissance" plus riche en travail et plus économe en ressources. L'augmentation prévue pour la contribution climat-énergie d'ici 2022 est un bon signal, mais il faut aller beaucoup plus loin, la taxe carbone représentant pour l'instant moins d'1% du montant des cotisations sociales.

Faire de la France la première "low-tech nation", championne de la réparation, du réemploi et du zéro déchet en impulsant une véritable dynamique à toutes les échelles territoriales pour soutenir les démarches low-tech. L'ambition pourrait être d'ouvrir, dans chaque agglomération, dans chaque commune ou dans chaque quartier, un lieu de réparation citoyenne et une "recyclerie – ressourcerie" favorisant le réemploi. Des initiatives zéro déchet / zéro gâchis pourraient être lancées dans toutes les administrations, les écoles et les entreprises publiques. Citoyennes, citoyens, face à l'urgence climatique, tous à vos composts de combat ! Des actions de sensibilisation, d'éducation et de formation appuieraient cette dynamique.

Créer une "Cour de défense du bien commun" qui aurait notamment pour rôle d'autoriser ou d'interdire la production ou la commercialisation des produits et services, sur la base de leur impact environnemental. Composée par exemple de jurés tirés au sort pour garantir leur indépendance, elle pourrait statuer selon une grille d'évaluation à définir, qui devrait au moins mettre en balance "l'utilité" sociale et les impacts environnementaux portés par la collectivité.

Prendre le parti de la lucidité et de la responsabilité

Certains jugeront que ces propositions et la volonté de bâtir une nouvelle société plus durable et résiliente relèvent de l'utopie. Nous leur rappellerons que de nombreux progrès de l'humanité ont commencé par être des utopies ; ainsi du droit de vote pour les femmes, ou de la fin de la traite et de l'esclavage par exemple. Et n'est-il pas plutôt utopique de croire que nos sociétés peuvent continuer sur leur trajectoire "accélérationniste" – avec des courbes de consommation exponentielles – jusqu'à la nuit des temps, grâce au progrès technologique ? Et si non, quel autre scénario "d'atterrissage" envisager ?

Il est plus que temps de prendre le parti de la lucidité et de la responsabilité : envisager et construire des alternatives, ouvrir des pistes, expérimenter d'autres modèles plus sobres, développer la diversité, l'autonomie et les approches locales, facteurs de résilience, d'inclusion, de réalisation personnelle et collective… en un mot, d'oser le low-tech !

Avis d'expert proposé par Philippe Bihouix, président du groupe de travail sur les low-tech à la Fabrique Ecologique

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