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Les jeunes diplômés en environnement peinent toujours à accéder rapidement à un emploi durable

Alors que la croissance verte promet un afflux d'emploi, une étude du SOeS montre que les étudiants formés en environnement s'insèrent plus difficilement que les autres. La raison ? Une spécialisation qui ne colle toujours pas à la réalité du marché.

Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
   
Les jeunes diplômés en environnement peinent toujours à accéder rapidement à un emploi durable
   
Dans une note mise en ligne le 23 mars, le Service d'observation et statistiques (SOeS - ex IFEN) du Commissariat général au développement durable (CGDD) fait un point sur l'insertion professionnelle des étudiants issus de formations environnementales. En mai dernier, le service avait déjà publié des statistiques, provenant du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) sur leurs débouchés en 2007, trois ans après la sortie de leurs formations en 2004.

À la rentrée 2007-2008, 50.000 élèves et étudiants étaient inscrits en dernière année des formations
initiales en environnement allant du CAP au master, alors qu'ils étaient 10.700 en 2004. 15 % étaient inscrits dans des formations de master ou d'ingénieur en 2007-2008 et 13 % dans des licences professionnelles ou généralistes. Le passage au LMD (licence, master, doctorat) à partir de 2003, s'est en effet accompagné d'une augmentation de créations de formations supérieures environnementales. Le nombre de masters et diplômes d'ingénieur de niveau I a par exemple triplé depuis 1996 pour passer de 107 à 353 en 2007. Concernant les formations de niveau II, une licence professionnelle sur dix est également rattachée au domaine de l'environnement en 2007.

Protection de la nature : beaucoup d'inscrits en LMD

La protection de la nature reste en tête des formations universitaires de niveau I (DEA, DESS, Master, Diplôme d'ingénieur, Doctorat) et de niveau II (Licence généraliste et professionnelle) avec 4.610 inscriptions en 2007, soit 31% des effectifs qui augmentent dans ce domaine : + 8.000 étudiants entre 1996 et 2007. La protection de la nature est suivie de l'aménagement du territoire avec 4.340 inscriptions, soit 29 % des effectifs. Si 40% des étudiants des masters professionnels et recherche étaient inscrits dans les formations liées à la protection de la nature, ils étaient 36 % en troisième année de doctorat. 29 % des étudiants de masters suivaient des formations dédiées à l'aménagement du territoire et 17% celles liées à la gestion sociétale de l'environnement qui recueille au total 1.420 inscrits en 2007.

La prévention et réduction des pollutions, attire beaucoup moins d'étudiants qu'en 2002 et passe de 4.500 à 1.980 inscrits en 2007 alors que les formations des ingénieurs rassemblent la majorité des étudiants dans ce domaine (57 %). 30% d'entre eux suivent par ailleurs les formations dans le domaine de l'aménagement du territoire. En revanche, les formations dans la maîtrise de l'énergie et les énergies renouvelables (ENR) avec 1.280 inscriptions et dans l'hygiène-santé-sécurité (990 inscriptions) sont celles ayant recueilli les ''plus faibles'' effectifs à la rentrée 2007. Toutefois, les inscriptions dans le domaine de la maîtrise de l'énergie et des ENR, en plein essor, se sont accrues sur les onze dernières années : + 28 % par an entre 1996 et 2007, soit 600 étudiants supplémentaires.

Globalement, les masters et diplômes d'ingénieurs en environnement connaissent une croissance continue de leurs effectifs (+ 9 % par an), qui s'explique, outre l'attrait du secteur, par la multiplication des formations proposées. Au total, 2.800 étudiants étaient sortis des formations de Niveau I et II en 2007. Ces étudiants, issus de licences, masters et écoles d'ingénieurs, s'insèrent ''globalement mieux'' dans la vie active que ''les sortants des autres niveaux '' et ont souvent accès à des postes qualifiés, observe le SOeS. ''Généralement, plus le niveau d'études est élevé, meilleure est l'insertion professionnelle'', souligne-t-il, d'après les résultats d'une étude menée pendant 3 ans sur l'insertion des jeunes issus des formations environnementales de 2004 à 2007. Une constatation étonnante tant le nombre d'offres d'emploi concernant des techniciens est important…

Une insertion moins favorable que pour l'ensemble des sortants

Les jeunes diplômés de niveau I et II en environnement accèdent à leur premier emploi en moyenne 4,9 mois après avoir fini l'école. Une durée qui est néanmoins supérieure à celle des jeunes sortants de l'ensemble des formations de même niveau (3,3 mois). Trois ans après la sortie de leurs formations environnementales, ces jeunes connaissent en moyenne une période de chômage de 7,5 mois, contre 3,9 mois toutes formations confondues. Au total, sur la période 2004-2007, seuls 42% des étudiants ont bénéficié d'un accès ''rapide et durable'' à l'emploi (contre 65% pour les sortants des autres formations) et 33% ''de manière différée'' (contre 18%). 8% des étudiants étaient au chômage (contre 4% pour l'ensemble des sortants).

Concernant les débouchés, tout dépend du niveau du diplôme et des filières suivies. 79% des étudiants issus des formations des domaines ''pollutions, nuisances et risques : industrie et construction'' occupent un emploi, trois ans après leur sortie de formation. Mais l'insertion professionnelle de ces étudiants se déroule souvent de façon différée, après une période d'inactivité, de formation ou de chômage (9,3 mois). Ils sont également 50% des étudiants issus du domaine de l'aménagement du territoire et du cadre de vie à de leur côté avoir bénéficié d'un accès rapide et durable à l'emploi. En revanche, si beaucoup d'étudiants ont suivi des formations dans le domaine ''nature, milieux et équilibres écologiques'', 66 % accèdent seulement à l'emploi.

Un accès à des postes qualifiés, avec des salaires inférieurs en moyenne

Après 3 ans de vie professionnelle, 11% des jeunes ayant suivi ces formations supérieures sont fonctionnaires. 50% sont en CDI et 30% en CDD. 53% occupent un poste de cadres et professions intellectuelles supérieures tandis que 35% exercent une profession intermédiaire, 8% sont employés et 4% ouvriers. Côté salaire médian* : il s'élève à 1.280 euros brut pour un premier emploi mais reste inférieur à celui des formations de même niveau (1.300 euros). En revanche, pour les étudiants issus du domaine ''Pollutions, nuisances et risques : industrie et construction'', le premier salaire est plus élevé pour s'établir à 1.500 €/mois. Après 3 ans, le salaire médian des jeunes diplômés s'établit quant à lui à 1.600 €/mois (contre 1.670 toutes formations confondues). Le salaire médian pour les sortants des domaines ''Pollutions, nuisances et risques : industrie et construction'' reste supérieur (1.740 €/mois) alors que ceux issus du domaine ''Nature, milieux et équilibres écologiques'' qui présente des situations d'insertion ''les moins favorables'', ont pour salaire 1.480 €/mois. Inactivité durable, décrochage de l'emploi, retour en formation concernent 26 % des diplômés issus de ces formations. 21 % des jeunes issus des formations du domaine ''pollutions, nuisances et risques : services'' se trouvent dans la même situation.

Rappelons qu'entre 2004 et 2007, le SOeS a observé une augmentation des emplois environnementaux de 4,2% en moyenne annuelle, avec notamment la croissance des emplois inhérents à la gestion durable de l'eau (+ 9,5 % par an environ) ou au développement des énergies renouvelables (+ 30% par an environ). De toute évidence, cette croissance – même supérieure à la moyenne nationale – ne suffit pas à absorber l'excédent de nouveaux diplômés tous secteurs confondus sur la même période.


* Le salaire médian est, selon l'Insee, le salaire tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l'autre moitié gagne plus. Il se différencie du salaire moyen qui est la moyenne de l'ensemble des salaires de la population considérée.

Réactions2 réactions à cet article

 
Un bon article

L'environnement c'est "vendeur" même auprès des étudiants qui cherchent une formation adaptée à leurs ambitions professionnelles. Je ne compte plus les "mention développement durable" sur tout et n'importe quel diplôme.

Cet article est très bon et relatte très précisément ce que mes collègues ingénieurs et moi-même vivons en ce moment. Le secteur se développe mais pas l'emploi. Les chiffres annoncés me rassurent également sur feu ma traversée du désert au sortir des études.

Globalement, nous ne sommes pas spécialisés correctement pour la plupart. Nous sommes donc obligés de brader nos services au premier venu (souvent Bureau d'étude ou de Consulting). La crise aidant, le marché de l'emploi est très pauvre (malgré une relance actuelle que j'observe uniquement sur les énergies renouvelables).

Merci pour cet article qui donnent de vrais éléments d'informations sur un secteur souvent méconnu car enrobé de sucre.

FCKennedy | 01 avril 2010 à 11h32
 
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Re:Un bon article

*La protection de la nature reste en tête des formations universitaires de niveau I (DEA, DESS, Master, Diplôme d'ingénieur, Doctorat) et de niveau II (Licence généraliste et professionnelle) avec 4.610 inscriptions en 2007, soit 31% des effectifs qui augmentent dans ce domaine : + 8.000 étudiants entre 1996 et 2007.*

intelligent ça: c'est clairement des filières où les places sont rares et "chères". Aucune perspective de développement significatif de l'emploi en "protection de la nature". Mais l'université en forme à tour de bras!!!

Si on réfléchissait un minimum sur les besoins, nos universités cesseraient peut-être un jour de former sciemment de futurs chommeurs. Un rippeur n'a pas besoin d'un Bac +5 pour très bien faire son boulot.

dolgan | 01 avril 2010 à 14h29
 
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