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Le solaire photovoltaïque s'affranchit doucement des aides publiques

Les records d'installations s'enchaînent pour le solaire photovoltaïque et la hausse du prix de l'électricité lui offre l'occasion de moins compter sur les aides de l'État. Et de se tourner vers les grands consommateurs, avides d'électricité verte.

Décryptage  |  Energie  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
Le solaire photovoltaïque s'affranchit doucement des aides publiques
Actu-Environnement Le Mensuel N°423 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°423
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Avec un rythme de raccordement trois fois plus élevé en 2021 qu'en 2020, la filière du solaire photovoltaïque explose les records. Le dernier trimestre 2021 a atteint le plus haut niveau historique, avec 761 MW mis en service, soit presque autant en trois mois que sur toute l'année 2020. Résultat, le parc de production s'établit à 13 067 MW fin 2021, avec 2,57 GW installés en un an, ce qui en fait la troisième énergie renouvelable du pays derrière l'éolien (18 783 MW) et surtout l'hydraulique (25 718 MW).

« Le solaire est sorti de l'adolescence, c'est un tsunami, prévient Xavier Daval, président de la commission solaire du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Tous les secteurs de la filière sont en croissance, la mayonnaise prend. Le solaire se normalise, il n'est plus nécessaire d'expliquer pourquoi il est utile d'en mettre sur les toits. C'est une technologie dont la brique élémentaire est la même partout et dont les rendements progressent vite. En cinq ans, on est passé de 16 à 20 % de rendement et tous les segments en profitent », estime-t-il.

Une analyse que partage le cabinet Xerfi : « Toutes les conditions sont réunies pour un décollage effectif et massif du marché français, estime Pierre Paturel, directeur d'études. Le réservoir de projets en développement se trouve à un niveau record. L'afflux de liquidités, des taux d'intérêt au plancher et l'intérêt inédit des banques et des fonds d'investissement pour les actifs verts devraient, en outre, permettre de boucler le montage financier des projets des développeurs. »

Des centrales qui remboursent l'État

La flambée des mises en service en 2021 s'explique aussi par une année 2020 en berne, avec des projets ralentis par la crise sanitaire, et des conditions redevenues plus favorables en 2021. Ainsi, la fiscalité a été allégée au 1er janvier, avec la réduction de l'impôt forfaitaire des entreprises des réseaux (Ifer) dont les propriétaires des centrales solaires doivent s'acquitter chaque année. Cette taxe est passée de 7,82 euros le kilowatt de puissance à 3,25 euros.

Par ailleurs, un nouvel arrêté tarifaire, publié en octobre et très attendu par la filière, a, pour sa part, ouvert au tarif d'achat les projets solaires sur toiture de 100 à 500 kilowatts (kW), en lieu et place des appels d'offres précédents. De nombreux projet se sont ainsi débloqués avec la sortie du texte.

 
Avant, l'achat d'électricité était relégué à l'acheteur de l'entreprise. Avec un prix de l'énergie élevé, le sujet arrive en comité de direction  
Sébastien Clerc, Voltalia
 
Autre élément notable : la hausse des prix de l'électricité, que la guerre en Ukraine ne va pas ralentir, améliore la compétitivité de la filière. Et, pour la première fois au cours du troisième trimestre 2021, des centrales solaires en fonctionnement ont remboursé de l'argent à l'État. Les contrats d'achat garantissent aux exploitants de centrales un tarif d'achat prédéterminé. Avec la hausse des prix de l'électricité, les exploitants ont réussi à vendre plus cher leur production. Ils doivent ainsi rembourser le surplus à l'État. « Le complément de rémunération peut aller vers le plus ou le moins. Si le prix de marché est au-dessus de ce tarif, la différence va à l'État, ce qui revient à lui faire un chèque », explique Antoine Huard, président du laboratoire d'idées France Territoire solaire. Cette nouveauté avait été observée au 3e trimestre 2021 sur les grandes installations (entre 1 et 12 MW), mais le phénomène s'intensifie. Le dernier baromètre de France Territoire solaire publié le 23 mars constate une inversion sur les charges publiques et sur tous les segments allégeant de ce fait les finances publiques. Un bon point pour la filière, qui se voit d'ailleurs confortée par les dernières annonces du chef de l'État. En déplacement à Belfort, le 11 février, Emmanuel Macron souhaite une multiplication par dix de la puissance installée, pour dépasser les 100 gigawatts (GW) d'ici à 2050, soit 5 GW supplémentaires par an.

La prévisibilité a du bon

Ces éléments conjoncturels se conjuguent à des éléments structurels. Selon France Territoire solaire, cette vague est « l'aboutissement d'une politique pérenne avec les appels d'offres de la CRE. On a un calendrier clair, des volumes et des centrales éligibles ; c'est réconfortant pour un développeur », explique Antoine Huard, de France Territoire solaire. Résultats, de nombreuses centrales au sol sortent de terre. Et celles qui font gonfler les statistiques de mises en service sont, pour la plupart, des projets lancés en 2016 et lauréats des appels d'offres du début de 2019.

Et cette dynamique ne demande qu'à se poursuivre, grâce aux appels d'offres réguliers mis en place depuis trois ans. Le stock de projets dépassait d'ailleurs les 10 GW. « Les demandes de raccordement en fil d'attente sont satisfaisantes. Ces projets devraient sortir d'ici un à trois ans, même si des freins persistent : engorgement sur l'attribution des permis de construire, dérogation, financement. » Le rythme de mise en service ne devrait donc pas mollir, il faudrait même qu'il s'intensifie pour répondre aux objectifs de la PPE. « Il faudrait faire deux fois plus pour la PPE, mais on a compris le chemin », rappelle Antoine Huard. Le cabinet Xerfi anticipe, d'ici à 2024, un triplement du rythme annuel de raccordement, qui passera alors le cap des 3 GW, pour atteindre une puissance installée cumulée de 20,1 GW, soit avec un an de retard sur l'objectif de la PPE.

Accélération en vue pour les CPPA

À ces vagues de projets issus des appels d'offres de l'État, s'ajoute les projets financés par d'autres acteurs. Si les appels d'offres sont rassurants et biens connus des développeurs, ces derniers peuvent se tourner vers d'autres financeurs à travers les Corporate Power Purchase Agreement (CPPA). Ils signent ainsi des contrats d'achat d'électricité verte avec de gros consommateurs, des entreprises la plupart du temps, sur des durées d'engagement qui, de plus en plus, se calent sur plusieurs dizaines d'années, à l'instar des PPA de l'État. C'est le cas du producteur Valeco, qui vient de signer avec le groupe de distribution Fnac Darty un contrat de vente d'électricité verte portant sur la production d'un futur parc solaire en région Centre-Val-de-Loire, à Argent-sur-Sauldre. D'une puissance de 20 MW, ce futur parc verra le jour en 2023 et couvrira 16 % de la consommation énergétique annuelle des sites de Fnac Darty en France.

Le développeur Voltalia a aussi fait ce choix pour une centrale solaire de 56 MW à venir dans le sud de la France. Innovation à la clé : le contrat est signé avec plusieurs acheteurs, sous l'égide de la banque LCL. « Avec LCL, ce partenariat donne accès à des entreprises de taille normale au monde du PPA, encore essentiellement réservé aux Gafa et aux États, explique Sébastien Clerc, dirigeant de Voltalia. La banque est elle-même acheteuse et apporte des garanties pour améliorer le risque. Elle est aussi allée chercher les entreprises parmi ses clients, dont elle connaît les finances. » Résultats, onze PME vont acheter de l'électricité verte en direct à Voltalia pendant vingt ans.

Les entreprises ne cachent pas leur intérêt

« Ce contrat d'achat d'électricité verte est l'occasion, pour nous, de renforcer nos engagements environnementaux, tout en sécurisant et diversifiant nos approvisionnements dans un contexte de prix haussiers et volatils », explique Nicolas Roux, directeur des achats de la société Paprec, signataire du CPPA de Voltalia. Séduit par la relation directe producteur-consommateur et l'origine française de l'électricité verte, la société n'a pas hésité longtemps. Côté prix, la satisfaction semble de mise, même si le sujet est confidentiel. « On est dans un prix globalement pas déconnecté du prix de marché avant la flambée des prix », dévoile prudemment M. Roux.

Côté développeurs, on sent le sujet monter. « Ça suscite beaucoup d'intérêt. Avant, l'achat d'électricité était relégué à l'acheteur de l'entreprise. Désormais, avec un prix de l'énergie élevé, le sujet arrive en comité de direction », constate Sébastien Clerc, de Voltalia. La dynamique pourrait ainsi s'intensifier et c'est une bonne chose, selon la CRE, qui appelle à une accélération du développement des énergies renouvelables. « Avec des prix de l'électricité et du carbone élevés et dont beaucoup pensent qu'ils le resteront, cela va favoriser le développement des CPPA », confirme Dominique Jamme, directeur général de la CRE.

Reste aux développeurs à tenter l'expérience et quitter la sécurité apportée par les appels d'offres de la CRE. Si les conditions d'obtention des autorisations sont les mêmes sous appels d'offres CRE ou en dehors, « les quantités appelées par les pouvoirs publics sont très élevées dans les appels d'offre de la CRE, rappelle Dominique Jamme, qui plaide pour un rôle renforcé des CPPA afin d'atteindre les objectifs de la PPE. Les appels d'offres sont limités aux projets de moins de 30 MW sauf pour les terrains dégradés. « La question se pose dès aujourd'hui pour les développeurs, estime-t-il, car la valorisation de l'électricité sur le marché est meilleure aujourd'hui. »

Certains développeurs ont d'ores et déjà choisi de voir les choses en grand et, par conséquent, de s'affranchir des aides de l'État. C'est le cas d'Arkolia Energies, avec son projet Solarzac, qui prévoit une centrale de 150 à 200 MW intégrée à un projet agropastoral sur la commune du Cros (Gard), en plein Parc national des Cévennes. « Ce sera un CPPA ou plusieurs CPPA, on aura les acheteurs, les acheteurs sont là », déclare confiant Mickaël Scudeller, responsable développement chez Arkolia Energies. Pour un projet d'une telle ampleur, qui figure dans le top 10 des plus grandes centrales solaires en développement en France et dont la mise en service est prévue en 2026, la prudence est à mettre ailleurs. Tout se joue sur l'acceptabilité locale du projet, un autre enjeu de taille pour la filière solaire.

Réactions1 réaction à cet article

 

"Le solaire photovoltaïque s'affranchit doucement des aides publiques" : exactement l'inverse de l'industrie du nucléaire donc. Qui, sans sa perfusion perpétuelle et abondante de subsides de l’État, serait morte depuis bien longtemps déjà.

Pégase | 30 mars 2022 à 14h25
 
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