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L'avenir des solvants en question à l'aune de REACH

Phytosanitaire, peintures, cosmétiques… Les solvants d'origine pétrochimique sont omniprésents dans notre quotidien. A la veille de l'entrée en vigueur de REACH, quel est l'avenir de ces substances et quelles sont les alternatives à leur usage ?

Risques  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
La consommation des solvants d'origine pétrochimique est très diversifiée. On répertorie autour de 300 substances aujourd'hui et des applications à l'infini. Il est très difficile de saisir ce marché dans sa globalité, de connaître la consommation réelle de solvants, notait Jacques Parmentier lors de la journée technique de l'ADEME consacrée aux Biosolvants, solvants et environnement, le 27 mai dernier. Selon cet ingénieur chimiste actuellement consultant, il y aurait près de 4 millions de tonnes de solvants sur le marché européen en 2002. 41 % dans le secteur de la peinture, 6 % dans le secteur des cosmétiques, 8,4 % dans l'imprimerie, 6 % dans les produits domestiques, 3,2 % dans l'industrie phytosanitaire… Ces substances sont omniprésentes dans notre quotidien, non sans danger.
Les solvants, substances utilisées dans l'industrie pour dissoudre d'autres substances en solution, ont souvent de nombreux impacts sur l'environnement et la santé. Leur utilisation est très réglementée. Trois directives européennes encadrent leur usage : la directive 1999/13/CE, relative aux émissions de COV, la directive 67/548/CEE, relative aux substances dangereuses et la directive 1999/45/CE relative aux produits dangereux. Et depuis le 1er juin 2007, les solvants d'origine pétrochimique sont également concernés par REACH. Ce règlement européen, qui entre en vigueur le 1er juin prochain, vise à connaître la toxicité et les conséquences sur la santé humaine et sur l'environnement des produits chimiques. Dans un premier temps, REACH permettra de faire un vaste inventaire des produits chimiques utilisés ou vendus sur le marché européen et donc d'avoir une meilleure connaissance de ces substances chimiques et de leurs divers usages dans l'industrie. Les solvants n'échappent pas à cette nouvelle réglementation. Chaque producteur ou importateur devra désormais apporter la preuve de l'innocuité de la substance utilisée. Ce renversement de la charge de preuve constitue une révolution dans le secteur de l'industrie chimique. Une révolution qui n'est pas sans causer des inquiétudes…

L'impact de REACH sur l'industrie

« Pas de données, pas de marché ». C'est le principe inscrit dans l'article 5 de REACH. Les producteurs et importateurs de substances chimiques ont 6 mois, du 1er juin 2008 au 1er décembre 2008, pour pré enregistrer les substances qu'ils utilisent auprès de l'agence européenne ECHA. Dans le cas contraire, ces derniers se verraient dans l'impossibilité de produire. Un défaut d'enregistrement causerait un arrêt de la production d'au minimum 3 semaines.
A la veille de l'entrée en vigueur de REACH, l'inquiétude pointe chez tous les acteurs concernés… Il faudra réaliser un inventaire de toutes les matières premières utilisées, ce qui demande un travail assez conséquent, commente Stéphane Fouquay, docteur en chimie organique et Global Product Integrity Manager chez Bostik (branche adhésifs du groupe Total). Fabricants, importateurs, fournisseurs sont concernés, ce qui peut poser des problèmes de confidentialité. REACH entraîne également de nombreux frais, que ce soit pour l'enregistrement, les tests… Et de conclure : REACH constitue une menace pour l'industrie mais aussi une opportunité pour ceux qui proposeront une autre voie…La sélection naturelle va opérer !
Car une autre voie est possible… En substituant aux solvants d'origine pétrochimique des biosolvants, c'est-à-dire des molécules dérivées de produits végétaux ou animaux, renouvelables et biodégradables.

Vers des solvants plus verts…

Trois catégories de biosolvants (agro ?) sont actuellement présents sur le marché : les esters d'origine végétale (colza, tournesol, soja), les esters d'acides organiques fermentaires (acides acétique, citrique, gluconique, lactique, succinique), l'éthanol et les terpènes. 120 milliards de tonnes seraient disponibles dans la nature aujourd'hui et seulement 5 % seraient utilisés en 2006, soit 6 milliards de tonnes, selon Alain Le Mor, ingénieur en chimie organique et responsable technique et R&D chez Novance.
Les biosolvants connaissent aujourd'hui des applications industrielles en quantités importantes dans certains secteurs : le revêtement de bitumes des routes, le secteur phytosanitaire, celui de l'imprimerie offset, celui du nettoyage et dégraissage et enfin dans une moindre mesure, au sein des peintures. Outre les qualités environnementales révélées (biodégradabilité, absence de toxicité), ces solvants d'origine végétale ou animale ont également révélé d'autres vertus lors de leur utilisation : facilité d'usage voire dans certains cas, une meilleure efficacité que les solvants d'origine pétrochimique …
L'alternative existe bel et bien et les solutions industrielles existent, note Alain Le Mor. Des avantages spécifiques ont été trouvés dans les biosolvants utilisés, notamment au niveau de la sécurité.

Les biosolvants, solution miracle ?

Pourtant des réserves existent aujourd'hui quant à une utilisation massive des biosolvants. Mais comme pour les biocarburants, un usage intensif des biosolvants provoquerait une forte utilisation d'engrais, de pesticides, une grande consommation d'eau douce… L'analyse du cycle de vie de ces solvants d'origine végétale ou animale ne se révèle pas toujours positive. Les chercheurs manquent encore de données et de recul aujourd'hui. Les études doivent se poursuivre afin de mieux appréhender les avantages et les inconvénients des biosolvants et d'optimiser leur usage.

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