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Sommet sur le climat : les chefs d'Etat rivalisent de promesses

En vue de la cruciale conférence climatique de Paris en 2015, le secrétaire général Ban Ki-moon a organisé un sommet aux Nations unies qui a rallié un nombre sans précédent de dirigeants et abouti à une série d'engagements disparates.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Cinq ans après l'échec de la conférence de Copenhague, les Nations unies peuvent se targuer d'avoir enfin réussi à provoquer le plus grand rassemblement de chefs d'Etat jamais organisé sur le changement climatique, hier au siège des Nations unies, au lendemain de la manifestation géante qui a rassemblé quelque 400.000 personnes dans les rues de New York et 200.000 dans d'autres capitales, dont Paris. Quelque 120 dirigeants mondiaux se sont succédés à la tribune pour redonner une impulsion aux négociations qui devraient aboutir à un accord historique pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, lors de la COP 21 de Paris, en décembre 2015. Se sont également exprimées des personnalités telles que l'acteur Leonardo DiCaprio, tout nouveau messager de la paix sur la question du climat nommé par l'ONU, l'ancienne présidente irlandaise Mary Robinson, actuellement envoyée spéciale des Nations unies pour les changements climatiques, Li Bingbing, actrice chinoise et ambassadrice du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), qui milite pour la protection des forêts. L'ancien vice-président américain, Al Gore, a fait appel à la volonté politique des Etats et des autres acteurs mondiaux, qui, a-t-il dit, est une "ressource renouvelable".

Un Fonds vert timidement abondé

   
© Oxfam
 
   
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a engagé les dirigeants du monde à travailler de concert pour mobiliser les financements nécessaires et faire évoluer les marchés. Il a aussi interpellé les institutions financières publiques et privées, les appelant notamment à contribuer à la capitalisation du Fonds vert pour le climat. "Il faut tenir la promesse faite à Copenhague et mobiliser 100 milliards de dollars par an", a-t-il insisté avant de demander, comme plusieurs autres intervenants, que soit fixé un prix aux émissions de carbone. Au total, 1,3 milliard de dollars ont été promis pour financer le Fonds vert pour le climat de la part de la Corée du sud, du Danemark, de la France, du Luxembourg, du Mexique, de la Norvège, de la République Tchèque et de la Suisse. Les Etats-Unis, l'Angleterre, l'Australie, le Canada, le Japon et la Nouvelle-Zélande sont restés silencieux sur le sujet. Au total, les engagements pris à ce jour ne représentent qu'un sixième de la contribution à ce Fonds attendue des pays développés, souligne l'ONG Oxfam, qui estime que la contribution française d'un milliard de dollars (soit 776 millions d'euros) est "un timide premier pas".

Promesses tous azimuts

Une coalition formée de dirigeants de gouvernements, du monde des affaires et de la finance, des banques de développement et de la société civile a annoncé la mobilisation de plus de 200 milliards de dollars pour participer à ce financement, s'est félicité le Secrétaire général dans ses remarques de clôture. Les banques privées n'étaient pas en reste, avec l'annonce de l'émission prochaine d'obligations vertes de l'ordre de 20 milliards de dollars, tandis que les compagnies d'assurance, les investisseurs institutionnels et les maires ont également fait des promesses, a noté M. Ban. "L'intérêt croissant des investisseurs à verdir leurs investissements et à abandonner les énergies fossiles est bienvenu. Toutefois, l'établissement de standards impliquant les pays en développement et les communautés affectées doit devenir une priorité pour éviter que ces flux financiers ne soient de l'éco-blanchiment", a commenté sur place Romain Benicchio, d'Oxfam France.

Des initiatives volontaires

Plus de 130 gouvernements, compagnies, groupes représentant la société civile et les peuples autochtones se sont engagés à protéger le poumon de la planète en réduisant de moitié la déforestation d'ici à 2020 avant d'y mettre fin d'ici à 2030. Ces entités ont adopté une "Déclaration de New York sur les Forêts" qui appelle également à la restauration de 350 millions d'hectares de forêts et de terres agricoles, soit une superficie plus vaste que le territoire de l'Inde. Combinés, ces trois objectifs permettraient d'éviter l'émission d'une quantité de dioxyde de carbone estimée entre 4,5 et 8,8 milliards de tonnes par an d'ici à 2030, soit l'équivalent des émissions produites par le milliard de voitures circulant actuellement sur toutes les routes du monde.

Dans le domaine de l'agriculture, plus de 20 gouvernements et 30 organisations et compagnies ont annoncé qu'ils se joindraient à l'Alliance mondiale pour le climat et une agriculture intelligente, récemment constituée. De leur côté, les maires de plus de 2.000 villes dans le monde ont conclu un pacte par lequel elles s'engagent à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 454 mégatonnes d'ici à 2020. Le Président du Costa Rica, Luis Guillermo Solís Rivera, a annoncé que son pays projetait de devenir neutre en émissions de carbone d'ici à 2021.

Signaux faibles de la part des deux plus gros émetteurs

En l'absence remarquée du président Xi Jinping, Zhang Gaoli, Vice-Premier ministre de la Chine, a indiqué que son pays avait adopté des cibles de réduction de son intensité carbone, fixées à 40 à 45% d'ici à 2020 par rapport à 2005. Ces objectifs ne constituent pas des quantités absolues de réduction d'émissions. "Selon un rapport de la Banque mondiale, la Chine a contribué à hauteur de 58% à toute l'économie d'énergie sur la planète entre 1981 et 2010. L'énergie renouvelable utilisée en Chine représente 24% de l'énergie renouvelable mondiale", a-t-il ajouté, comme pour occulter le fait que les émissions chinoises per capita y ont dépassé celles des Européens, selon le rapport du Global Carbon Project publié le 21 septembre. "Nous essaierons aussi d'arriver à un pic des émissions de CO2 le plus rapidement possible". La Chine appuie la Conférence de 2015 qui se tiendra à Paris, "afin qu'elle soit couronnée de succès à travers la conclusion d'un accord", a déclaré le Vice-Premier Ministre, mais il a défendu le principe de la responsabilité commune mais différenciée, qui signifie que les pays du Sud restent exemptés d'engagements contraignants.

Quant au président Barack Obama, il a souligné que les pays émergents ont une contribution de plus en plus importante dans la production de gaz à effet de serre, et qu'ils devraient également agir en conséquence. A cet effet, M. Obama a annoncé que la COP 21 de Paris devrait permettre d'arriver à un accord qui reflète les réalités économiques de la prochaine décennie, et il a précisé qu'il s'attendait à un accord "à la fois inclusif et flexible". Il a assuré que les Etats-Unis allaient, pour leur part, respecter l'engagement qu'ils ont pris de réduire, à l'horizon 2020, leurs émissions de gaz à effet de serre de 17% par rapport au niveau de 1990, soit un objectif quasi inchangé depuis le protocole de Kyoto de 1997.

Une agrégation d'engagements ne fait pas un accord

Pour le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, "nous devrions avoir potentiellement quatre éléments à l'accord à la conférence de Paris : l'accord lui-même «legally binding» difficile à obtenir mais très important ; les engagements des nations : il faut que les pays les présentent avant mars ; ce sera le deuxième volet ; le troisième volet est un volet financier et technologique, en particulier c'est la contribution au Fonds vert. Et le quatrième point, tout à fait nouveau, est que nous allons essayer de rassembler les engagements à la fois des grandes régions, des grandes cités, par exemple New York, Paris, San Francisco, beaucoup d'autres, et d'un certain nombre de grandes entreprises qui sont prêts à dire "voilà notre programme". Nous travaillons sur ces quatre piliers, ce qui n'était pas du tout le cas à Copenhague. Je ne veux pas dire que cela rend les choses plus faciles, mais on voit bien que c'est à la fois réaliste et ambitieux".

Ainsi le monde risque de s'orienter vers un accord "top down" qui sera le réceptacle d'engagements nationaux sans cadre globalement contraignant. La question est de savoir si cette plate-forme de bonnes volontés suffira à combler le gigatonne gap, cet écart lancinant entre les émissions souhaitables, qui devraient impérativement être plafonnées à 44 gigatonnes d'ici à 2020 selon le PNUE, et la dérive des émissions réelles, prévues à 53 gigatonnes si rien ne change d'ici là.

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