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Stratégie nationale bas-carbone : la France rate la première marche

La France ne parvient pas à réduire ses émissions conformément à l'objectif de sa stratégie nationale bas-carbone. Les investissements publics et privés restent trop faibles. Le retard est particulièrement criant dans les transports et le bâtiment.

Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Stratégie nationale bas-carbone : la France rate la première marche

Lundi 22 janvier, le ministère de la Transition énergétique a publié le premier suivi de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Pour l'instant, la France ne parvient pas à atteindre les objectifs qu'elle s'est fixée. En 2016, les émissions de CO2 françaises ont dépassé de plus de 3% la cible fixée fin 2015, sur la base des chiffres de 2013. La forte progression des investissements attendue pour réduire les émissions de CO2 n'est pas au rendez-vous. Deux secteurs sont particulièrement en retard : les transports et le bâtiment. Les politiques mises en œuvre dans ces domaines "nécessitent des renforcements très substantiels pour atteindre l'ambition voulue", prévient le ministère de la Transition écologique.

Ce suivi s'appuie sur un tableau de bord de 184 indicateurs et une revue régulière de la prise en compte des recommandations de la SNBC. Il est publié alors que le gouvernement veut réviser la stratégie d'ici la fin de l'année. La nouvelle trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre visera la neutralité carbone à l'horizon 2050, conformément aux engagements du Plan climat gouvernemental.

Quatorze milliards d'euros manquent à l'appel

Le suivi des indicateurs de résultat montre que les émissions françaises de gaz à effet de serre de 2015 correspondaient exactement au budget indicatif du scénario de référence de la SNBC. Par contre, les émissions de 2016 dépassent de 3,6% la cible. La baisse de la consommation énergétique finale a été de l'ordre de 1% par an entre 2013 et 2015. Le scénario de référence envisage une baisse d'environ 1,5% par an, rappelle le document, suggérant que le rythme n'est pas à la hauteur de l'ambition.

Ces mauvais résultats s'expliquent notamment par l'absence d'effort en terme d'investissements. En 2014 et 2015, les investissements publics et privés en faveur d'une société bas-carbone étaient d'un peu plus de 30 milliards d'euros par an. Les besoins "sont estimés à 14 milliards d'euros supplémentaires, par rapport au montant 2015, chaque année sur la période 2015-2018", explique le document qui appelle à suivre "attentivement" cet indicateur.

La consommation des voitures reste trop élevée

Du côté des émissions par secteur économique, le rapport note les mauvais résultats dans le domaine des transports. "On observe dès 2015 des résultats déviant de la trajectoire SNBC", constate le document, précisant que le dépassement de l'objectif pour 2016 est de 6%. Plutôt que de diminuer, les émissions du secteur transports affichent une très légère hausse (moins de 1%) entre 2013 et 2015. Elles s'établissent à 140 millions de tonnes de CO2 (MtCO2) par an, soit environ un tiers des émissions françaises (environ 450 MtCO2).

Comment expliquer ce retard ? Les indicateurs de suivi des recommandations sectorielles livrent quelques pistes. L'amélioration de l'efficacité énergétique des véhicules, pour atteindre notamment les 2L/100 km en moyenne pour les véhicules particuliers vendus en 2030, est qualifiée d'insuffisante. En outre, la mise en œuvre de certaines recommandations de la SNBC est insuffisante. C'est le cas, entre autres, des engagements volontaires dans le domaine du transport de marchandises (telle que la démarche Objectif CO2), le déploiement des infrastructures de ravitaillement en carburant alternatif (bornes de recharge électriques, points de livraison de gaz, notamment) ou encore du développement du report modal vers les transports en commun, la marche ou le vélo.

Un rythme de rénovation des bâtiments préoccupant

Le secteur du bâtiment constitue un deuxième point noir de la politique climatique française. "On observe dès 2015 des résultats déviant de la trajectoire SNBC et supérieures à la part sectorielle indicative des budgets-carbone malgré des conditions climatiques favorables", déplore le ministère. Ce dépassement est estimé à 11% par rapport à l'objectif annuel. En 2015, les émissions du secteur sont de l'ordre de 90 MtCO2. Selon les données corrigées des variations climatiques, "la consommation finale des énergies carbonées et notamment des pétroles raffinés s'écarte du scénario de référence dès 2011". En 2015, cet écart est de 40% pour les pétroles raffinés. Dans le domaine du tertiaire, "l'évolution la plus préoccupante est celle du développement des énergies renouvelables, beaucoup moins rapide qu'attendu, engendrant un écart de -45 % par rapport au scénario en 2015".

"Cette contre-performance s'explique pour partie par des éléments conjoncturels, tels que le faible prix des produits pétroliers (…) qui incite à la consommation et donc à la hausse des émissions", explique le suivi des indicateurs de résultat, ajoutant que le rythme de rénovations lourdes des bâtiments existants suscite des "préoccupations".

A noter que l'agriculture obtient elle aussi de piètres résultats : en 2016, le secteur affiche un dépassement de 
3% par rapport à l'objectif annuel d'émission de CO2. En revanche, les résultats 2015 et les prévisions 2016 pour le secteur de l'industrie sont proches des objectifs visés. Globalement, la consommation finale d'énergie du secteur industriel évolue dans le bon sens : les courbes pour le charbon et le gaz sont en-deçà des trajectoires envisagées (marge de 11% et 12%) et la consommation d'électricité suit la trajectoire envisagée. Reste la consommation d'énergies renouvelables thermiques qui progresse moins vite que le scénario de référence (20% de moins qu'attendu en 2015).

Réactions10 réactions à cet article

 

Totalement dans le sujet, comme contribution au débat, et en ne plaisantant qu ‘à moitié avec cette offre de prise de conscience un peu particulière.

Combien de rouleaux de PQ double épaisseur pour 200 « usages » peut transporter un gros camion tirant une grosse remorque sur 500 km ?

Quel est le bilan carbone de ce transport, même sans ajouter le bilan carbone de la fabrication ?

« Je vois encore mon père « d’mon temps » (que les moins de 55 ans ne peuvent pas connaître) couper au couteau en douze chaque page de notre quotidien, percer un trou au coin du paquet obtenu, y passer un fil de fer et aller suspendre le chef d’oeuvre obtenu dans le lieu ad hoc »

Surtout que la question ne vous trouble pas lors de vos prochains passages dans vos lieux d'aisances :-)

Sagecol | 24 janvier 2018 à 10h37
 
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Tant que le PIB sera indexé sur le niveau de la consommation de pétrole ou des mètres cube de béton coulés, il y a du souci à se faire...

philippeb81 | 24 janvier 2018 à 13h31
 
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Comment peut-on sans cesse invoquer la Déesse Croissance à tout propos et "en même temps" proposer des objectifs absolument impossibles en termes d'émissions en l'état actuel des connaissances et performances énergétiques ?
Quoi qu'on en pense, le niveau d'activité est fortement corrélé à l'utilisation d'énergies et, malheureusement pour nos pays désindustrialisés, à l'utilisation croissante de transports. Par exemple, pour satisfaire l'injonction (légitime) d'isolation des bâtiments (pas forcément avec du béton), il faut déplacer de la matière et de la main d'oeuvre.
Mais comme on a dit au bon peuple, avec l'imbécile loi dite de "transition énergétique" que "YAKAFOKON pour atteindre la "neutralité carbone" en même temps (encore!!!) assurer le plein emploi, et comme notre Jupiter connaît la thermodynamique autant que moi la haute finance (celle des fusions-acquisitions), on fait croire qu'il est possible d'appliquer les scénarios absurdes et scientifiquement infondés élaborés par les Aliborons de l'ADEME. Ben non, c'est pas possible...
Cherchons ensemble. Abandonnons injonctions et invectives. Au travail...

Albatros | 24 janvier 2018 à 18h59
 
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Il est vraiment non seulement interrogeant, mais de plus en plus inquiétant, voire nuisible, que des personnes supposées compétentes, voire bardées de diplômes d’économie, continuent de baser leurs analyses , propos, voire enseignement sur cet indicateur de fait incalculable sérieusement, donc totalement non fiable, qu’est le sacro-saint PIB, soi-disant baromètre de notre encore plus sacro-sainte croissance.

Déjà parce que le PIB intègre passablement de productions non éthiques et aussi passablement de productions non-enviro-défendables, voire des productions présentant ses deux « qualités » mortifères et mortigènes.

Combien de nos concitoyens et même de nos parlementaires se rendent compte qu’une « bonne » catastrophe météo ou un « bon » carambolage bien saignant sur autoroute joue «positivement » sur le PIB ?

Et malheureusement son premier « successeur » l’IDH (indice du développement humain) n’est pas davantage fiable puisqu’incluant le PIB.

Pour commencer à évoluer ne faudrait-il pas faire apprendre par cœur aux lycéens de seconde la « tirade » de Bob Kennedy sur le dit-PIB prononcée le 18 mars 1968 à Atlanta à l’université du Kansas ?

Sagecol | 25 janvier 2018 à 07h02
 
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Tant qu'il y a confusion entre énergie et électricité et que la priorité est l'éolien et la fermeture de Fessenheim, les autres domaines dorment tranquilles !!!!

jjherou | 25 janvier 2018 à 08h36
 
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@ jj : confusion entretenue par qui ?

Christophe Vieren | 25 janvier 2018 à 11h07
 
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Presse et politiques, bien sur ....

jjherou | 25 janvier 2018 à 15h57
 
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Il est exact qu'en France, quand on parle d'énergie, au bout de 30 secondes, on ne parle plus que d'électricité et un peu de diesel, 45 secondes plus tard, il n'est plus question que de nucléaire et d'éoliennes.
Les notions liées à l'énergie ne sont jamais abordées sérieusement.

Albatros | 25 janvier 2018 à 16h32
 
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Alors on est d'accord, jj.
Le fait que l'on ait fait dans le tout nucléaire (nous fallait la bombe. ou plutôt des bombes) et y avons persisté, risque de peser encore bien lourd dans le débat sur notre avenir énergétique.

Christophe Vieren | 25 janvier 2018 à 16h46
 
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Presse et politique, bien sûr JJ mai saussi le premier interessé (dont l'état est l'actionnaire à 83 % !!!).
Sur cette page* EdF met bien en évidence la part de 45% d'électricité consommée dans la conso d'énergie PRIMAIRE
Alors qu'en réalité, elle n'en représente (selon les sources officielles SOeS) mois que la moitié en terme de consommation finale, celle qu'il faut soit supprimer, soit substituer par de l'électricité plus propres et renouvelables (éolien, PV, cogénération, biomasse, ...).
Perso je suis chez Enercoop depuis que c'est possible (juillet 2007) et au moins je ne suis plus complice de l'électronucléaire. Reste que le résidentiel (chaufage) et les transports (routiers) sont les secteurs où il y a le plus de marge de manoeuvre en terme de sobriété et efficacité énergétique, bref des Negawatts réellement propres.

*https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/l-energie-de-a-a-z/tout-sur-l-energie/le-developpement-durable/la-consommation-d-electricite-en-chiffres
*

Christophe Vieren | 26 janvier 2018 à 12h10
 
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