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La Stratégie nationale du fret ferroviaire suffira-t-elle à le remettre sur les rails ?

Le ministère des Transports a publié sa nouvelle Stratégie nationale du fret ferroviaire, qui profitera de 300 millions d'euros de soutien annuel pendant quatre ans. Jugée comme un bon début, cette ambition paraît insuffisante sur le long terme.

Transport  |    |  Félix Gouty  |  Actu-Environnement.com
La Stratégie nationale du fret ferroviaire suffira-t-elle à le remettre sur les rails ?

Le lundi 13 septembre, Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des Transports, a ouvert la Semaine de l'innovation du transport et de la logistique avec la publication de la nouvelle Stratégie nationale du fret ferroviaire (SNFF). L'objectif : « Faire du fret ferroviaire un mode de transport attractif, fiable et compétitif. » L'intention du gouvernement consiste surtout à remettre sur pied un mode de transport de marchandises décarboné et délaissé depuis des années afin de rattraper son retard sur ses voisins européens.

Doubler la part du fret, une nécessité environnementale

En novembre 2020, la Fondation Nicolas-Hulot (FNH), s'adressant aux pouvoirs publics, rappelait la pertinence de favoriser le rail à la route dans une perspective de lutte contre le réchauffement climatique et contre la pollution. « À la tonne-kilomètre transportée, le rail émet huit fois moins de particules nocives que la route, consomme six fois moins d'énergie et émet neuf fois moins de CO2. » Seulement, selon Eurostat, en 2018, le transport sur rail représentait environ 19 % du fret en Europe, contre seulement 6 % en France. Actuellement, le gouvernement l'estime aux alentours de 9 %. « En 2019, nous nous sommes rendu compte d'un déclin inéluctable du fret ferroviaire, alors qu'il y avait une saturation de l'espace autoroutier par les camions de livraison, nous explique Nicolas Imbert, directeur exécutif de l'association Green Cross – France Territoires, à l'origine d'un rapport sur le fret ferroviaire en novembre 2020. En France, le fret ferroviaire travaillait encore avec des outils du siècle dernier. »

La SNFF présentée par le gouvernement souhaite non seulement moderniser le fret ferroviaire, mais aussi exercer un doublement de sa part dans le secteur du transport de marchandises : jusqu'à 18 % d'ici à 2030. En comparaison, « l'objectif européen est d'atteindre les 30 % à la même date », rappelle Marie Chéron, responsable mobilités à FNH. Selon Green Cross, du point de vue de la qualité de l'air, doubler la part du fret ferroviaire en France et réduire, de fait, celle du transport routier abaisserait de 2 à 3 % les émissions d'oxydes d'azote (NOx) et de 1,5 à 3 % les émissions de CO2 en zone urbaine. « Chez Fret SNCF en France, 90 % du transport de marchandises (en tonnes-kilomètres) sont réalisés en électrique, contre 70 % en moyenne en Europe, ce qui fait du ferroviaire le meilleur mode de transport terrestre en termes d'externalités », ajoute Green Cross.

« (Le doublement du fret) suppose un triplement des trafics de combiné et une augmentation de 50 % des trafics de fret conventionnel, soit un volume de trafic d'environ 60 à 65 milliards de tonnes-km en 2030 », détaille le ministère des Transports. Inscrite dans l'article 131 de la loi Climat et résilience, cette cible a été validée par l'alliance 4F (pour Fret ferroviaire français du futur), composée de SNCF Réseau et de l'Association professionnelle des chargeurs (AUTF).

Le budget du fret : un bon début ?

Pour y parvenir, le gouvernement déploie une aide supplémentaire de 170 millions d'euros, arrondissant à 300 millions le total de ses subventions annuelles au fret ferroviaire jusqu'en 2024. S'ajoute à cela un plan d'investissement à hauteur de 1 milliard d'euros, financé pour moitié par l'État dans le cadre du Plan de relance. « Ce niveau d'aide, six fois plus élevé qu'en 2015, est totalement inédit dans l'histoire du pays, affirme le ministre Jean-Baptiste Djebbari dans un communiqué. Il traduit, en actes, l'immense ambition de ce gouvernement pour le fret ferroviaire, au service de la transition écologique. »

 
Ce niveau d'aide, six fois plus élevé qu'en 2015, est totalement inédit dans l'histoire du pays.  
Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des Transports
 

Pour Marie Chéron, le montant de l'aide d'État n'est « pas énorme », mais le délivrer sur quatre ans, « au lieu d'un an comme auparavant », est « déjà mieux ». En novembre dernier, FNH avait recommandé la mobilisation annuelle de 1,8 milliard d'euros, sur dix ans, pour relancer le fret ferroviaire français. Quant à Nicolas Imbert, de Green Cross, le plan d'investissement avancé par le gouvernement est « essentiel » et « parfaitement légitime » dans le cadre du Plan relance, mais « ne doit surtout pas être un plan de papier » s'il ne veut pas s'arrêter au simple « effet d'annonce ».

Besoin d'information et de modernisation

Pour relancer le fret ferroviaire, la SNFF fixe 72 mesures sur le court terme, dont la mise en œuvre est prévue en moyenne dans les deux années à venir. Ces dispositifs, dont la plupart croise les propositions faites par Green Cross en novembre 2020, prennent en compte des recommandations émises par le Conseil d'orientation des infrastructures (COI) et bénéficient d'un avis favorable du Haut Comité du système de transport ferroviaire. Ils concernent, entre autres, le développement d'outils informatique et numérique pour moderniser le réseau : telle qu'une application « permettant de fournir une réponse plus rapide voire automatique aux demandes de sillons » et même un « outil de réalité virtuelle pour simplifier les procédures de reconnaissance de lignes ». Ces mesures de modernisation informatique sont « très pragmatiques », commente Marie Chéron, de FNH, mais il est important selon elle que « leur mise en œuvre présente des résultats concrets ».

Un grand nombre des mesures restantes s'attèle à la création de groupes de travail et de comités de suivi ainsi qu'au lancement de nouvelles cartographies du réseau et d'études prospectives. Ces dernières ont pour but d'« élaborer une expression de besoins de fret, territoire par territoire et pour chaque type de service concerné, à cinq et dix ans, et construire sur cette base de premiers plans d'exploitation ».

Vers une réanimation immédiate du réseau ?

Le 20 septembre à Limoges, le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé la réouverture de la ligne de fret liant Perpignan à Rungis pour acheminer des fruits et légumes en wagons frigorifiques. Cette liaison surnommée « le train des primeurs » était à l'arrêt depuis l'été 2019, en conséquence de la vétusté des wagons. Nicolas Imbert, de Green Cross, et Marie Chéron, de FNH, qualifient tous deux cette décision d'« excellente nouvelle ». Cela montre, comme avec la SNFF, que le gouvernement « va dans le bon sens », selon la responsable mobilités de FNH.

 
Vers un écolabel du fret ferroviaire ? Parmi les 72 mesures de relance fixées par la Stratégie nationale du fret ferroviaire, l'une d'elles instaure la création d'un « écolabel pour les flux logistiques valorisant le transport de marchandises par des modes massifiés ferroviaires et fluviaux ». Ce dispositif fait référence à l'une des recommandations émises par le Conseil d'orientation des infrastructures (COI), soulignant que « a sensibilisation et l'information des consommateurs est la première des priorités ». D'après Nicolas Imbert, directeur exécutif de Green Cross – France Territoires, l'idée d'une telle étiquette mentionnant les critères environnementaux du transport d'un produit alimentaire sera gage d'une « transparence très forte » de l'impact des mesures du gouvernement sur le transport des produits achetés par le consommateur.
 

La SNFF prévoit justement l'émergence de nouvelles « autoroutes ferroviaires » de transport combiné, dont trois à court terme. Le lancement d'appels à projets vise également à en faire émerger d'autres, sur l'appui d'une aide au démarrage à hauteur de 15 millions d'euros par an pendant quatre ans. D'autre part, la SNFF entend définir une « stratégie d'aménagement du réseau ferré national pour viser la couverture de l'ensemble du territoire par un réseau d'autoroutes ferroviaires à horizon 2030 ».

Si, pour le directeur de Green Cross, de telles initiatives territoriales et de coordination entre échelons européens, nationaux et régionaux sont évidemment nécessaires, il préfère rester « très attentif » à leur mise en œuvre. Selon lui, favoriser une vision à long terme serait une « erreur » : « Il y a déjà une vraie mobilisation des transporteurs routiers, des donneurs d'ordres, des filières logistiques dans une logique de transformation rapide. Ils ne sont pas là pour passer dix-huit à vingt-quatre mois à peigner la girafe. » Nicolas Imbert appelle plutôt à ce que les travaux structurants escomptés soient lancés au plus vite, « dans les six à douze mois à venir », et apportent des retours rapides – notamment, à l'aune de la présidence du Conseil de l'Union européenne, prise par la France pour six mois dès le 1er janvier 2022.

Marie Chéron, de FNH, quant à elle, regrette que cette SNFF n'ait pas plus « de plan ou de vision à long terme » concernant le fret ferroviaire. « Pour atteindre la décarbonation, nous avons besoin d'aller plus loin, avec une vision à long terme sur dix, quinze, voire vingt ans. Quand on sait où on va, on injecte plus facilement les moyens qu'il faut pour y parvenir. »

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