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Street pooling : il est urgent de mettre sous contrôle l'eau des bornes d'incendie

Notre système de protection incendie est affaibli par le phénomène des ouvertures illégales des bornes d'incendie. M. Lahoche, directeur commercial de LSI, fait le point sur les dispositifs pour reprendre le contrôle d'un bien commun peu respecté.

Avis d'expert  |  Eau  |    |  Actu-Environnement.com

Le street pooling est un phénomène qui prend de l'ampleur en France depuis 2015. Il consiste à détourner illégalement l'usage des bornes d'incendie pour rafraîchir un quartier l'été et s'amuser, ou à voler la ressource en eau à des fins privées.

Ouvrir une borne d'incendie… c'est dangereux et c'est coûteux !

Cette ouverture sauvage de poteaux incendie n'est pas sans poser de problèmes. Tout d'abord pour les fauteurs de trouble et les riverains. Ouvrir une bouche d'incendie, c'est s'exposer à une pression d'eau à la sortie de 10 bars et un jet projeté de 10 mètres minimum, de quoi provoquer des traumatismes crâniens et des chutes violentes. La proximité d'installations électriques aériennes ou enterrées peut être une cause d'électrocution, tandis que l'eau répandue peut provoquer des glissades de piétons, l'aquaplaning de véhicules ou encore des inondations de commerces, caves et sous-sols.

Cette pratique urbaine prenant de l'ampleur, les services de sécurité incendie tirent le signal d'alarme. L'ouverture d'une seule bouche d'incendie ponctionne 60.000 litres d'eau par heure sur le réseau. Sur une période de 4 jours de canicule en 2017, un millier de bouches d'incendie ont été ouvertes à Paris, dans les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. Les volumes d'eau gaspillés sont pour l'instant approximativement évalués : 250.000 m3 en 2015, 450.000 m3 en 2016 et plus de 600.000 en 2017… à 4 euros le mètre cube, la note pour l'usager est salée.

Les services de l'eau et de sécurité incendie sont perturbés

Ces événements simultanés occasionnent une perturbation majeure des équipes techniques du réseau, et compromettent des délais d'intervention courts. Plusieurs heures sont parfois nécessaires avant d'arriver sur site et fermer la bouche d'incendie. Pire, les gestionnaires du réseau d'eau - régie publique ou délégataire de type Veolia, Suez, Saur - déplorent des casses de canalisations du fait des fluctuations brutales de pression.

Il en résulte également un épuisement des stocks tampon d'eau. Les pompiers s'inquiètent d'un risque de pénurie d'eau lors d'une intervention sur un incendie, tandis que les gestionnaires du réseau déplorent une dégradation du service rendu aux usagers en matière d'eau de consommation.

La responsabilité des bornes d'incendie incombant aux collectivités, ainsi que les éventuels accidents ou dégâts associés, nombreux sont les maires à alerter les pouvoirs publics face à l'ampleur de la solution à trouver.

La sensibilisation et la pédagogie ne suffisent pas !

La pédagogie à l'attention des jeunes a été mise en oeuvre via des campagnes de sensibilisation locales et l'organisation d'événements artistiques sur le thème de l'eau. Certaines municipalités favorisent l'accès aux piscines municipales l'été, organisent sur leur territoire des zones ludiques de brumisation. Pour l'instant, ces efforts sont vains. Par ailleurs, pour les industriels tentés de voler la ressource en eau, ce type de comportement délictueux les expose à 5 ans d'emprisonnement et à 75.000 euros d'amende (art. 311-4 du code pénal). Là encore, les incivilités existent bien.

Face aux inquiétudes, les équipementiers et fournisseurs de bouches d'incendie font évoluer leur offre. De la mise en place d'un carré d'ouverture spécifique, requérant des outils d'intervention également spécifiques, à l'installation d'une électrovanne permettant le contrôle à distance du débit d'eau, les innovations vont bon train.

Les poteaux d'incendie connectés vont aider à reprendre le contrôle

Le marché de la modernisation des bornes d'incendie se développe. Pour des raisons d'efficacité, les solutions les plus abouties, apparues en début d'année 2018, doivent être installées prioritairement dans les zones à risques : grands ensembles urbains et zones industrielles. Le coût pour faire évoluer un poteau incendie existant en poteau connecté revient aux alentours de 8.000 à 9.000 euros pièce.

La solution consiste à installer une électrovanne communicante sur la conduite d'eau, dans un regard béton sécurisé et enterré, qu'il faut construire au préalable. De l'ordre de 2 jours de chantier sont nécessaires par borne d'incendie, le gros de l'intervention concernant les travaux de génie civil.

Responsable de l'opérationnalité des bouches d'incendie, les clients de ce type de solutions sont les régies municipales et les délégataires de service public. Dès lors, leurs équipes sont alertées en temps réel des consommations d'eau sur chaque borne du réseau qu'elles gèrent. Une vérification auprès du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) suffit pour décider de couper l'arrivée d'eau ou non, via un smartphone ou un terminal, et faire intervenir un technicien sur place.

Comme dans beaucoup de domaines du secteur de l'environnement - énergie, bâtiment, mobilité…-, les nouvelles technologies contribuent à mieux utiliser les ressources. Pour le secteur de la sécurité incendie, elles permettront de stopper les gaspillages tout en renforçant la sécurité.

Avis d'expert proposé par Monsieur Lahoche, directeur commercial de LSI - Le Savoir Industriel à Argenteuil, Val-d'Oise (95).

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