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Le street pooling : un phénomène urbain source de désordres... et de solutions (1/3)

Les ouvertures intempestives de bouches et poteaux d'incendie durant les périodes de canicule pèsent sur l'organisation des services publics. Pression sur la ressource, inondations, risques de blessures… L'éventail des conséquences s'avère large.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Le street pooling : un phénomène urbain source de désordres... et de solutions (1/3)

« Par rapport aux années précédentes, nous avons constaté une baisse des ouvertures des bouches et poteaux d'incendie en 2021. L'été n'a pas été très chaud et des solutions ont été mises en place pour les limiter », indique Adeline Clifford, chargée de mission à l'Association scientifique et technique pour l'eau et l'environnement (Astee), responsable du suivi d'un groupe de travail sur la question.

 
Aux origines, la canicule Le street pooling trouve son origine aux États-Unis. Lors d'une importante canicule, en 1896, Theodore Roosevelt, alors maire de New York, met en place des mesures d'urgence pour essayer de prévenir les effets sanitaires de la chaleur. Il aurait ainsi autorisé l'ouverture des poteaux d'incendie. La population aurait alors renouvelé la pratique les années suivantes, mais de manière illégale.
En France, « la tradition s'est perpétuée, explique Sandrine Lemaire, responsable adjointe du service défense extérieure contre l'incendie et fontaines chez Eau de Paris. Des vidéos ont commencé à circuler en 2015, et des ouvertures sporadiques sont constatées. Puis le phénomène explose en 2017 : au mois de juin, trois jours caniculaires ont occasionné plus de 1 000 ouvertures à Paris, en Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne ».
Le phénomène est désormais répandu dans toutes les grandes agglomérations. « Cela se produit dans les quartiers où les parcs sont peu nombreux, où la population est dense et en souffrance par rapport à la chaleur, explique Sandrine Lemaire. Bien souvent, c'est également une période durant laquelle les piscines sont en entretien… »
 
L'objectif de ces ouvertures sauvages, dites de street pooling, serait, dans la plupart des cas, de rafraîchir les quartiers avec des jets d'eau improvisés. Si le phénomène semble en perte de vitesse, il a toutefois donné des sueurs froides aux collectivités, aux opérateurs ou encore aux services départementaux d'incendie et de secours à partir de 2015, et surtout lors du pic de chaleur de 2017. « Dans des villes comme Aubervilliers, plus d'une vingtaine de bouches à incendie ont pu être ouvertes de manière simultanée, souligne Xavier Carpentier, directeur régional Nord France de l'entreprise Bayard, spécialisée dans la gestion du débit d'eau, dont les poteaux et bouches d'incendie, également membre du groupe de travail de l'Astee. En région parisienne, les bouches débitent entre 150 et 220 m3 par heure. Lorsque l'une d'entre elles est ouverte, la collectivité, ou l'exploitant, va mettre en moyenne une dizaine d'heures avant de pouvoir la refermer. Au-delà du gaspillage de la ressource, l'un des problèmes rencontrés est la désorganisation des services publics, avec la dégradation des conditions de pression dans le réseau. »

Un réseau d'eau potable fragilisé

Les conséquences de ces ouvertures sauvages sont en effet multiples. La baisse de la pression et l'augmentation des volumes consommés peuvent, tout d'abord, entraîner des défaillances pour la défense contre les incendies, mais aussi pour l'approvisionnement en eau potable dans les étages supérieurs des bâtiments. « Certains opérateurs ont dû acheminer des bouteilles d'eau à des personnes à mobilité réduite, confrontées à des coupures d'eau en période de canicule ; des hôpitaux ont également été placés en zone rouge », détaille Xavier Carpentier.

 
Nous avons perdu près de 700 000 m3 d'eau par l'ouverture de ces points d'eau, ce qui représente une journée de production moyenne pour le Sedif  
Sébastien Fayon, Sedif
 
Durant ces périodes de tension sur la ressource, les réserves peuvent également être mises à mal. Le Syndicat des eaux d'Île-de-France (Sedif) a ainsi estimé la perte en eau pour une seule journée, en juin 2017 - particulièrement dense en ouvertures – à 150 000 m3. « Cette journée a été particulièrement rude, il avait fait très chaud, se souvient Sébastien Fayon, responsable du service gestion du patrimoine - schémas directeurs du Sedif. Cela a mis en tension nos moyens de production d'eau potable et nos réserves pour l'alimentation. Au total, sur l'année, nous avons perdu près de 700 000 m3 d'eau par l'ouverture de ces points d'eau, ce qui représente une journée de production moyenne pour le Sedif. C'est énorme. »

Autre impact potentiel : les ouvertures ou fermetures brutales des équipements engendrent des coups de bélier, qui peuvent fragiliser le réseau et entraîner des casses. Les bouches ou poteaux d'incendie peuvent également être endommagés par l'utilisation d'outils inadaptés lors des ouvertures sauvages. Du point de vue de la qualité de l'eau, les forts tirages peuvent également provoquer le décollement du biofilm présent dans la conduite d'eau potable.

Des dommages aux personnes et aux biens

Ces ouvertures peuvent également occasionner des dommages aux personnes et aux biens. Confrontés à des jets jusqu'à huit ou neuf mètres de haut, ceux qui ouvrent les poteaux ou les bouches sous pression s'exposent à des risques de blessures. Les écoulements d'eau sont susceptibles de gêner la circulation, notamment le passage de véhicules comme les ambulances, inonder les bâtiments à proximité ou encore provoquer des électrocutions. « Parfois, le point d'évacuation de l'eau n'est pas le réseau de la ville, mais la cave d'un restaurateur ou le parking d'une copropriété, des étages d'immeubles peuvent également être touchés, précise Xavier Carpentier. Et au bout du quatrième ou cinquième sinistre, solliciter les assureurs est parfois devenu impossible. »

Enfin, la fermeture des dispositifs s'avère parfois délicate. « Nos équipes d'intervention ont été confrontées à des agressions, regrette Sandrine Lemaire, responsable adjointe service défense extérieure contre l'incendie et fontaines chez Eau de Paris. Il est préférable, dans ces cas-là, de mobiliser une escorte policière. » Et, en définitive, l'ensemble des surcoûts occasionnés devra être assumé par les collectivités.

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